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11/11/2008

Jean-Max Tixier - Gloire et défaite

A l'occasion de la sortie de notre livre d'entretien Les chants de l'évidence, j'ai demandé à Jean-Max Tixier de me confier un texte inédit. J'en profite pour faire une rapide présentation de celui qui se définit parfois "par provocation" dit-il comme "polygraphe"!

tixier_jean_max.jpgJean-Max Tixier est né en 1935 à Marseille. Etudes de sciences et de lettres. Thèse de IIIè cycle : "Poésie et Mathématique". Poète, critique, romancier, il s'intéresse à l'écriture sous tous ses aspects et aux rapports entre la littérature et les sciences.
Il est l'auteur de plus de 70 ouvrages dans des genres divers (certains en collaboration ou sous pseudonymes), dont une quinzaine de plaquettes et recueils de poèmes.Grand prix Littéraire de Provence en 1994 pour l'ensemble de son oeuvre.
Il est membre du comité de rédaction des revues "Autre Sud" (après la revue "Sud" 1970-1996), "Encres Vives", "Poésie 1 Vagabondages".

 

 

GLOIRE ET DEFAITE

 

1-

Ce n'est pas le hasard si parti d'un lieu qui ne m'habite plus j'ai traversé la plaine d'une seule traite inspirée de l' aurore au couchant.

Je portais sur mon dos le fardeau de la nuit. La pesanteur impalpable du songe qui rend le pas hésitant. A l'heure de l'éveil.



2-

Maintenant debout au bord de la falaise. Dressé dans Fhypnose du ressac. Mon cœur qui se délite sous les coups. Dans le fracas me vient l'image lancinante de la roche. Dans l'unisson violente de l'assaut.



3-

Le vent surgit de tous les horizons. Son souffle sur mon souffle. Ah ! si belle la vie d'avoir atteint son terme ! Les phrases de tous les jours anciens s'écrasent dans l'éclatement de l'écume. Les basses nuées se déchirent au premier cri de démence sous le crâne.



4-

La terre tremble. Imperceptiblement. Une longue déchirure entame le silence. Quelque chose en moi s'ouvre et vomit de l'obscur. Le vide
attend un geste qui ne vient. Exaltation des limites, le bonheur fut dur sous mes pas.

© Jean-Max Tixier

Lu 28 - Philippe Jaccottet - Ce peu de bruits

Couv Jaccottet707 - copie.jpgCe peu de bruits (NRF, Gallimard, 12 euros), dernier livre de Philippe Jaccottet s’ouvre sur un « obituaire », ce registre où l’on écrit le nom des morts. Entrer par la mort, faire d’elle le guide sombre de cet âge cassant dans lequel est entré le poète avec le siècle nouveau, c’est faire d’elle l’éclaireuse de ce qui reste. Comme c’est mettre sous sa lumière les pages qui suivent ces saluts aux ami(e)s disparus.
Suivent au fil des pages des brins d’existence comme de langue : « des bribes ultimes sauvées dans un ultime effort du désastre » par un survivant. Soit des miettes, des touches, des fragments de choses vues, des bouts d’images, autant de mots que l’on peut dire quand on revient des contrées de l’absence et de la perte, quand on remonte du « ravin » ces « notes » tirées de la mort comme de l’oubli et du silence pour, grimpant, se sentir encore un peu léger à parier toujours pour la transparence et le délié et « jusqu’au bout, dénouer, même avec des mains nouées ».
Ce peu de bruits est donc celui que fait cet ensemble de notes, de citations, de morceaux de poèmes, d’impressions de lectures. C’est un murmure que l’on entend. Quelque chose de rasant, une lumière de bas de porte mais qui insiste et trouve à passer, à faire encore danser les poussières. Un chuchotis endurant, cette musique même de l’âme quand elle défroisse ses plis sous les souffles des mots que tisse encore ce « vieux chinois anonyme » sous les traits duquel se peignait le jeune poète Philippe Jaccottet dans ses Remerciements pour le prix Rambert, toujours là, dans sa cave, à peindre des « riens », « débris » qui seraient comme d’un « nouveau livre des Morts » et tels que nous pourrions les brandir au moment de franchir le mince ruisseau de la fin. Et passer « sans peur ni regrets le seuil du très sombre espace qui (nous) attend pour nous engloutir ou nous changer ».
On est là, dans ce livre,  comme sur un site archéologique, ces fragments épars ici rassemblés sont autant de témoignages que la fouille a arraché au silence et à la nuit de la terre des jours et qui, de façon terriblement intempestive à mesure que le pas se fait plus « caduc », comme le dit Luis de Gongora, affirment qu’il y a encore bien des occasions d’être surpris par cet insaisissable qu’est la beauté lorsque nous en faisons l’expérience dans une rencontre soudaine et hasardeuse.
Je ne me lasserai jamais de remercier Philippe Jaccottet de nous apprendre à « être ouvert » aussi bien à l’enfer et au malheur qu’à ce qui devant nous, persiste, dans le cours du monde, cette lumière qui coule comme l’eau d’un ruisseau inverse – « Cela ruisselle vers le haut », écrit Jaccottet  - dans le chant du rossignol.
Mon ami Hans Freibach sait que « les beaux chemins » de Philippe Jaccotet – son étude parue dans le N°110/111 de la revue Sud en 1995, a été reprise sur le blog lapoesieetsesentours.blogspirit.com le 12/09/2006 - sont des chemins de vie. Mon salut au seuil de l’été pour lui. Et vous !

(article paru dans le Patriote Côte d'Azur N°2128 du 11-17 juillet 2008))

Balise 34 -

Aujourd'hui n'est pas un jour comme un autre. Non, parce que j'ai la possibilité de relancer ce blog mais bien parce que nous sommes un 11 novembre. Et que notre société commémore l'armistice de 14-18.

Je le ferai à ma manière. En convoquant un qui a payé de sa chair : Joë Bousquet qu'une "abeille de plomb" allemande blessa un 28 mai 1918 devant Vailly, sur le front de l'Aisne. Bousquet dont on a quelque peu reparlé ces temps derniers suite à la publication chez Grasset de "Lettres à une jeune fille", ouvrage sur lequel je reviendrai.

"La société, dira Bousquet dans Traduit du silence,  dont je fais partie chasse les hommes bons ou les gâte: elle sépare la pensée d'elle-même, assigne la vérité comme solitude à quelques individus dont elle ne fait aucun cas. C'est la honte du temps où je vis qu'il fasse l'existence la moins lourde à ceux qu'il a, comme moi, aux trois quarts démolis. La vie, en me déshumanisant,m'a séparé de ce qu'il y avait de plus abject sous le ciel."

19:35 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

Jean-Max Tixier - Les chants de l'évidence (entretien avec Alain Freixe)

Cet entretien devait paraître dans la collection "Visages de ce temps" que dirigeait Jean Digot chez Subervie. La mort de ce dernier remit tout en question. Thierry Renard et ses "Paroles d'aube" voulut reprendre le projet. Mais l'économie eut raison de cette maison d'édition. Les années passaient. Enfin, les éditions "Autre temps" accueillirent ce qui était devenu, au fil des lettres échangées, des questions posées, des réponses engrangées et discutées, un vrai livre. Il vient de paraître (Autre temps éditions, Parc d'activités de la plaine de Jouques,200 avenue de Coulins, 13420 Gémenos - 16 euros).Couv Tixier-Evidence789.jpg

Je reproduit ci-dessous la quatrième de couverture signée par notre ami Jacques Lovichi:

"Pour qui croit vraiment le connaître, Jean-Max Tixier apparaît, poétiquement, politiquement, affectivement, comme le lieu privilégié d'un affrontement permanent, d'une inextricable et inconcevable mais féconde contradiction qui le fonde et le meut dans une effervescence continue dont il domine les sursauts et les apparentes incohérences par l'usage constant d'une implacable logique.
Son humour est celui du doute qu'il doit à son maître Montaigne, sa violence est celle de l'éternelle jeunesse domptée par un cartésianisme très relatif et spécifique, sa poésie - diverse et multiple en sa
somptuosité verbale - n'appartient qu'à lui. Refermant le présent livre, dans lequel Alain Freixe (il y fallait un autre poète) exerce une maïeutique serrée qui tente de cerner l'homme et l'œuvre, en saura- t-on davantage sur le phénomène Tixier ?
Oui, sans nul doute. Mais le cœur du mystère résiste à toute investigation. Dans cette « mise en scène » qu'organise subrepticement le principal intéressé, on frôlera parfois de si près la vérité (existe-t-elle
en ces matières, du moins n'est-elle pas multiple, insaisissable ?) que l'on croira avoir tout compris de la poésie, des poètes, et spécialement de celui-là.
Fort heureusement, il n'en est rien.
Peut-être même l'énigme s'épaissit-elle dans l'ambiguïté qui fouaille, constitue, détermine le funambule, lui tenant lieu de balancier.
Ci-gît l'éternel paradoxe.
Et c'est très bien ainsi."

Lu 27 -"La poésie, c'est autre chose", sous la direction de Gérard Pfister

Couv Poésie, autre chose791.jpgLa poésie, mais qu'est-ce ? Une inconnue délaissée ? Il faut dire qu'elle joue perdant. Rebelle à tous les attributs dont on voudrait l'affubler, on ne peut la saisir. Les poètes ne se sont pas privés de lui proposer, parfois de manière péremptoire, des définitions. Mais voilà, elle est toujours autre chose !
Oui, Gérard Pfîster a raison de rappeler le mot de Guillevic : "la poésie, c'est autre chose » et d'en faire le titre de son anthologie où sont recensées « 1001 définitions de la poésie », publié dans la collection « Les Cahiers d'Arfuyen », éditions Arfuyen (15 euros). Bien sûr tout tient dans ce « 1000 + 1 » qui maintient la voie ouverte vers quelque soleil futur !
C'est ce vacillement que nous donne à lire Gérard Pfîster. On feuillettera ce livre comme on tournerait un cristal. Huit facettes, huit approches défînitionnelles : Affirmation, Connaissance, Emotion, Licorne, Musique, Objet, Révélation, Vie. Le tout réunissant quelques 650 citations de quelques 250 auteurs d'époques, de langages et de sensibilités très diverses.
C'est un sacré service que Gérard Pfîster rend à la poésie contemporaine tant il est vrai que ce livre aide à nous la faire comprendre et aimer. Les passionnés sont toujours passionnants ! Gérard Pfîster est de ceux-là !
Parce que nous fêtons cette année le centenaire de sa naissance dans un silence assourdissant, j'aimerais souligner ce chemin ouvert par René Daumal dans ce toujours fameux débat entre prose et poésie : « la prose parie de quelque chose, la poésie fait quelque chose par des paroles ». Le poète est celui qui fait. Que ce sens grec du mot reste à notre horizon et nous comprendrons que là où l'on a « rythmé la langue dans l'émoi », comme le rappelait Pierre Michon, à Mouans-Sartoux le 5 octobre dernier, là se trouve la poésie.

© Alain Freixe

04/11/2008

Les errances de l'écouflé

Un oiseau ami traverse la toile, c'est l'écouflé. Cet oiseau de proie proche du milan entend "partager (ses) découvertes quelles qu'elles soient". Ainsi vole-t-il entre entre in formations sur la littérature - présentation de la collection Métive des éditions Tipaza - , la peinture - présentation du site artvif et du travail de Patrick Lanneau - et la gastronomie - recettes que la plume de l'écouflé aère de sesbattements nerveux.

Rendez-vous à http://ecoufle.unblog.fr

01/07/2008

Balise 33

"Les pensées déposées sur le papier ne sont rien de plus que la trace d'un piéton sur le sable. On voit bien la route qu'il a prise mais pour savoir ce qu'il a vu sur la route, on doit se servir de ses propres yeux."

Schopenhauer 

15:59 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

René Daumal aurait cent ans

 "La porte de l'invisible doit être visible." René Daumal

 

Né le 16 mars 1908 à Boulzicourt dans ce pays des Ardennes, on lui doit ce clin d'oeil à Arthur Rimbaud : "Oui, nous sommes tous de la race d'Antée, et pour mon compte, je dépérirais vite si je n'allais chaque semaine piétiner, palper et souvent fouiller, râcler, retourner le ventre maternel. Paysan!" ( le 29/07/1932 à Rolland de Renéville).

Avant Le mont analogue - cette ascension inachevée d'un sommet inaccessible", ce voyage vers la Réalité, vers la "vraie vie" - on relira La vgrande beuverie - cette satire du monde des "hommes-creux", critique féroce des postures et des impostures de ses contemporains; on s'efforcera de prendre la mesure des efforts par lesquels, dans cette expérience qu'est la poésie, le poète René 494dfbb61a7eac9f702992c5bef0d959.jpgDaumal essaya d'être un "poète blanc", s'arrachant aux rivages où il fut "poète noir", tout en reconnaissant que "de fait, toute poésie humaine est mêlée de blanc et de noir" : mais l'une tend vers le blanc, l'autre vers le noir" (cf. Poésie noire et poésie blanche in Le contre-ciel, Poésie/Gallimard); on visitera cette période des années adolescentes (1926-1932) qui le verra en compagnie de Roger-Gilbert Lecomte, Roger Vailland et quelques autres "phrères simplistes" tels que Pierre Minet du lycée de Reims créer le groupe - se joindront alors à eux à Paris Hendrik Cramer, Artur Harfaux, Maurice Henry, André Rolland de Renéville, Josef Sima...- et la revue Le grand jeu - 3 numéros entre 1928 et 1930 - et débattre avec son aîné André Breton et le groupe surréaliste.

Que cet anniversaire soit l'occasion de redonner à lire le René Daumal de Joë Bousquet qui, à Carcassonne, créa en 1928 la revue Chantiers laquelle accueillera, malgré son ancrage dans le surréalisme via Paul Eluard, quelques membres du Granjeu comme André Delons, josef Sima...Cet ouvrage que vous trouverez au catalogue des éditions Unes comprend outre la fin de Traduit du silence - Attention! Non le texte que Jean Paulhan tirera en 1941 des quelques mille pages qu'il emportera de la chambre de Carcassonne mais celui publié en date du 20 mai 1939 et constituant le N°65 des Cahiers du journal des poètes - ; un hommage paru dans le N°272 des Cahiers du sud et enfin une lettre inédite du 2 juin 1932 de Bousquet à Jean Ballard, directeur des Cahiers du sud; le tout mis en situation par Bernard Noël dont je relèverai l'affirmation selon laquelle finalement il importe peu que le temps n'ait rendu justice ni  au Grand Jeu, ni à Bousquet "car c'est la mort qui fixe et statufie: nous, les vivants, ne savons jamais ce qu'elle mettra à notre place pour déguiser l'absence. Le Grand Jeu n'est pas plus un sous-groupe surréaliste que Bousquet n'est "un" écrivain, lui qui cache sous son nom tout un mouvement anonyme, dont les voix multiples n'en finissent pas de troubler l'eau du regard trop chargée de présence et n'en finissent pas non plus de faire fleurir des visages au bord de l'amour devenu, par lui, énergie de la langue." On ne saurait mieux dire. Ces hommes se tiennent comme des rôdeurs, en bordure des routes, adossés aux fossés, les yeux perdus dans "les confins de la lumière et de la nuit impénétrable", là où le regard se traverse de son propre coeur.

Ce que Bousquet dit de Daumal, je le dirais des deux, et volontiers des trois - Bernard Noël compris! -: n'en perdons aucun de vue, la vertu de poésie est intacte chez eux! C'est qu'avec Bousquet, ils considèrent comme une véritable et redoutable entreprise le fait de ne plus séparer vie artistique et vie morale, de ne plus admettre comme oeuvre littéraire digne de ce nom, c'est-à-dire capable de faire oeuvre de vie, et non de donner du rêve à consommer aux anesthésiés que nous sommes, que celles où la personne morale se trouve engagée. 

Turbulence 24 - Mort d'Aimé Césaire

 Le 27 avril 2008 Aimé Césaire décédait à Fort-de-France. Des circonstances privées du même ordre expliquent ma réaction tardive. Aucune originalité dans ma prise de parole juste l'idée que les morts ont besoin de tous nos mots pour continuer à nous tenir debout.

Deux paroles de 1943. Deux paroles d'André Breton dans "un grand poète noir" in Martinique charmeuse de serpents:

"Mais ce serait réduire impardonnablement la portée de l'intervention de Césaire que de vouloir s'en tenir, si foncier qu'il apparaisse, à ce côté immédiat de sa revendication. Ce qui à mes yeux rend cette dernière sans prix, c'est qu'elle transcende à tout instant l'angoisse qui s'attache, pour un Noir, au sort des Noirs dans la société moderne et que, ne faisant plus qu'une avec celle de tous les poètes, de tous les artistes, de tous les penseurs qualifiés, mais lui fournissant l'appoint du génie verbal, elle embrasse en tout ce que celle-ci peut avoir d'intolérable et aussi d'infiniment amendable la condition plus généralement faite à  l'homme par cette société."

 "La parole d'Aimé Césaire, belle comme l'oxygène naissant"par cette société."

30/06/2008

Balise 32 -Roger-Gilber Lecomte et l'amont de la création

 (Venu du "phrère simpliste" de René Daumal, ces mots sur l'amont du travail artistique. À méditer!)

 "Pour écrire les poèmes de Rimbaud ou de Nerval, pour peindre les tableaux de Chirico, Masson ou de Sima, il faut avoir vécu la grande aventure, donné le coup de couteau dans les décors en toc du sensible, savoir que les formes se métamorphosent, que le monde s'évapore dans le sommeil, que l'hallucination ne se différencie pas de la perception, et qu'on ne peut opposer un état de santé qui serait la norme à d'autres états dits pathologiques (...) Il faut croire ainsi que nous pouvons avoir du réel une autre expérience que celle que nous donnent nos sens."

22:36 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

24/06/2008

Ricochets-Poésie N°0

dcfafe17685994217e79db0165246890.jpgNouvelle revue de poésie, Ricochets-poésie est un nouveau lieu où se croisent de jeunes voix en quête de singularité.Ce N°0 est un N° de lancement. Au coeur de cette aventure qui commence, l'idée qu'un poème cela s'écoute de l'intérieur. Un poème entre en nous, plus ou moins violemment. Là en galet indiscipliné, il ricoche. Fusant, il décroche ici ou là des étincelles de sens. "Réapprendre à écouter" et la plume à la main semble être une posture prometteuse.

Le sommaire de ce N° 0 - Le N°1 est pour novembre 2008 - se décline entre les "cailloux" de l'édito, les "gouttes" des poèmes, les "miroirs", ces poèmes écrits à partir d'oeuvres d'art; les "résonances" d'un entretien avec Claude Vigée; les "rebonds" d'un essai critique et les "éclats" de quelques notes de lecture.

Adossés à la rive de Paris IV-Sorbonne, Blandine Douailler, Cathia Fabre et Nicolas Ployart sont à la lancée! 

12/06/2008

Bruno Thérasse à Coaraze, le 6 juin 2008

2137bcc65161b26a1597fffce483e19b.jpg ( Bruno Thérasse est né en Belgique en 1961. Formation de comédien à Bruxelles, à Paris.  Films, Courts métrages, Pièces de théâtre, et l’écriture qui en est à ses débuts …
Ce texte a été écrit dans le cadre d’un atelier d’écriture dirigé par Jeannine Bastide, à l’occasion de la 10ème Fête des Amis de l’Amourier : Voix du Basilic, à Coaraze. C'est là que je l'ai rencontré ce vendredi soir 6 juin, entre deux averses et trois éclairs. )

 Derrière la porte


J’ai pourtant choisi d’être là,
de vivre dans une pièce,
avec une table, une assiette, une cruche,
un couvert … avec moi, je suis sur une chaise.

(photo Roger Guion)

Le seul contact humain qui ouvre la porte de mon alcôve, c’est une dame sans visage.
Elle a une robe noire de la tête aux pieds.
Elle m’apporte deux ou trois bouchées, cela me suffit amplement.
En fait, je ne cherche plus à savoir.
J’ai perdu la notion du temps,
mais pourtant, j’ai l’impression d’avoir grandi.
Je suis sûr d’avoir été plus gros.
J’avais du mal à m’asseoir sur cet espace à quatre pattes que l’on glisse sous la table.
Je me souviens de mon souffle laborieux,
j’avais des difficultés à mettre un pas devant l’autre.
« Espèce de gros patapouf. Attends ! …  On va chercher une aiguille … On va te péter !»
Le jour où j’ai senti la peau sur mes os, je n’ai plus été le même.
J’étais devenu marcheur, mes yeux étaient plus forts que tout,
et je transperçais les murs épais de ma chambre.
Depuis, je marche beaucoup, au dehors.
Tous les jours, je sors.
Et aujourd’hui, la campagne est habillée de blanc.
Depuis combien de temps ?

© Bruno Thérasse