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07/08/2015

Balise 93-

« Le blanc sonne comme un silence, un rien avant tout commencement. Le noir est comme un bûcher éteint, consumé, qui a cessé de brûler, immobile et insensible comme un cadavre sur qui tout glisse et que rien ne touche plus. La couleur provoque une vibration psychique. Et son effet psychique superficiel n'est, en somme, que la voie qui lui sert à atteindre l'âme. Ainsi l'âme de l'artiste, si elle vit vraiment, trouve par elle-même quelque chose à dire. La peinture est un art, et l'art dans son ensemble n'est pas une création sans but qui s'écoule dans le vide. C'est une puissance dont le but doit être de développer et d'améliorer l'âme humaine.»

 Kandinsky

19:53 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : kandinsky

Balise 92-

« On écrit pour orienter son inspiration et l’arracher aux conditions de l’écriture (…) et je cherchais l’anneau de vérité qui rend les mots invisibles dans les phrases - ; celles que l’on ne comprend que quand on a le cœur à les entendre. »

Joë Bousquet, Le meneur de lune

18:58 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joë bousquet

03/05/2015

Balise 91 - A propos du nom de Dieu

« Leur raisonnement, c’était que Dieu ne peut désirer que nous lui donnions un nom, car l’idée de nom suggère celle de sujet, de verbe, de prédicat, on va donc vouloir que Dieu soit ceci ou cela, on le cherchera pour ce faire dans une de nos perceptions, qui s’opposera à d’autres, on se battra pour l’une ou l’autre, on s’entredéchirera en son nom ! Un nom pour l’absolu, ce n’est pas la désignation, encore moins la célébration, c’est le piège que nous tend , hélas, le langage. Le nom de Dieu est le mal. Dès que Dieu a nom le blé brûle, on perce le cou de l’agneau. »

Yves Bonnefoy, extrait de Les noms divins in L’heure présente et autres textes, Poésie/Gallimard, 2014

09:38 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

05/07/2014

Balise 90 - Vous avez dit flâner?

La foule est son domaine, comme l’air est celui de l’oiseau, comme l’eau celui du poisson. Sa passion et sa profession, c’est d’épouser la foule. Pour le parfait flâneur, pour l’observateur passionné, c’est une immense jouissance que d’élire domicile dans le nombre, dans l’ondoyant dans le mouvement, dans le fugitif et l’infini. Etre hors de chez soi, et pourtant se sentir partout chez soi ; voir le monde, être au centre du monde et rester caché au monde, tels sont quelques-uns des moindres plaisirs de ces esprits indépendants, passionnés, impartiaux, que la langue ne peut que maladroitement définir.

Charles Baudelaire, Le Peintre de la vie moderne, 1859.

 

17:02 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : baudelaire, flâneur

15/02/2014

Balise 89 - Perdre la tête

( Cette balise Venu  provient par l'intermédiaire de Jean-Marie Barnaud (Lire son article sur remue.net) des « Philippines, prédelles" d’Hélène Cixous ; Galilée )

 

Ainsi les livres réactivent le désir, et parlent à l’âme d’une voix plus intime encore que la sienne propre. Et c’est sans doute qu’ils se confondent en elle avec la « voix de source ». Elle n’est pas, cette voix-là, celle de l’intelligence…
Car toute vraie lecture, sachons-le bien, fait perdre la tête :

 Oui il y a une tête qu’il faut perdre, la tête qui sait c’est-à-dire qui croit savoir, trop vite, celle que Proust dénonce et fuit, cette tête à intelligence qui empêche la sensation de trouver son nom et les arbres aux tendres bras tendus en supplication de ressusciter. Car ce sont ceux qui croient savoir qui sont les vrais crédules, les croyants, les arrivés, les immobiles. Alors que ceux qui sont en promenade et ne savent pas, et sont tentés par les sirènes de l’oubli et de la mémoire, et scrutent le morceau de rideau vert tendu devant l’écran de verre brisé en se demandant ce qui leur arrive, ceux-là approchent du point d’apocalypse. Une ivresse leur souffle qu’elle va avoir lieu, elle va avoir lieu... Les temps sont proches. Voici : les prisons s’écroulent. Les grilles ouvrent grand leurs barreaux.

 C’est qu’il y a aussi ce « livre secret » - « chacun d’entre nous a un livre secret (…) c’est un livre chéri » - Peter Ibbetson, de George du Maurier.
C’est ce livre dont la présence est toujours opérante comme une grâce efficace ; elle inspire la passion de l’origine, des premiers temps, donne sens et réalité au désir du retour au « Jardin », qui n’est pas une nostalgie, mais quelque chose de beaucoup plus puissant et dynamique qu’une nostalgie, fût-elle « prospective », comme celle que souhaitaient les surréalistes : il s’agit au contraire de cet improbable « enthousiasme de mélancolie ».
Autrement dit d’un certain rapport au temps qui se résume dans la belle formule selon laquelle certaines lectures réactivent la présence de « l’enfant-qui-joue-en-moi-sur-les ruines ».

 

Balise 88 - A propos du bonheur (1)

« En vérité, le bonheur qui prend élan sur la misère, je n'en veux pas. Une richesse qui prive un autre,je n'en veux pas. Si mon vêtement dénude autrui, j'irai nu. Il y a sur la terre de telles immensités de misère, de détresse, de gêne et d'horreur, que l'homme heureux n'y peut songer sans prendre honte de son bonheur. Et pourtant ne peut rien pour le bonheur d'autrui celui qui ne sait être heureux lui-même. Je sens en moi l'impérieuse obligation d'être heureux. Mais tout bonheur me paraît haïssable qui ne s'obtient qu'aux dépens d'autrui et par des possessions dont on le prive... Pour moi, j'ai pris en aversion toute possession exclusive; c'est de don qu'est fait mon bonheur, et la mort ne me retirera des mains pas grand'chose. Ce dont elle me privera le plus c'est des biens épars, naturels, et communs à tous; d'eux surtout je me suis soûlé. »

André GIDE - Les Nouvelles Nourritures, Gallimard, Paris, 1960.

 

16:45 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : andré gide, bonheur

29/12/2013

Balise 87- Lettre à Madame et Monsieur Emile Straus

Vendredi ( vers janvier 1908)

 

Madame.

 

Je vous remercie infiniment de votre lettre si ravissante, si drôle,si gentille...Les seules personnes qui défendent la langue française ( comme l'Armée pendant l'affaire Dreyfus) se sont celles qui "l'attaquent". Cette idée qu'il y a une langue française, existant en dehors des écrivains et qu'on protège ,est inouïe. Chaque écrivain est obligé de se faire sa langue, comme chaque violoniste est obligé de se faire son "son". Et entre le son de tel violoniste médiocre, et le son, (pour la même note ) de Thibaut, il y a un infiniment petit , qui est un monde! Je ne veux pas dire que j'aime les écrivains originaux qui écrivent mal. Je préfère - et c'est peut-être une faiblesse - ceux qui écrivent bien. Mais ils commencent à écrire bien qu'à condition d'être originaux, de faire eux-mêmes leur propre langue. La correction, la perfection du style existe, mais au-delà de l'originalité, après avoir traversé les faits,non en deçà. La correction en deçà "émotion discrète " "bonhomie souriante " " année abominable entre toutes " cela n'existe pas. La seule manière de défendre la langue, c'est de l'attaquer, mais oui, madame Straus! Parce que son unité n'est faite que de contraires neutralisés, d'une immobilité apparente qui cache une vie vertigineuse et perpétuelle. Car on ne "tient" , on ne fait bonne figure, auprès des écrivains d'autrefois qu'à condition d'avoir cherché à écrire autrement. Et quand on veut défendre la langue française, en réalité, on écrit tout le contraire du français classique. Exemple: les révolutionnaires Rousseau, hugo, Flaubert, Maeterlinck "tiennent" à côté de Bossuet. Les néo-classiques du dix-huitième et commencement du dix-neuvième siècle, et la "bonhomie souriante" et l'"émotion discrète " de toutes les époques, jurent avec les maîtres. Hélas les plus beaux vers de Racine

"Je t'aimais inconstant, qu'eussé-je fait fidèle!"

Pourquoi l'assassiner? Qu'a-t-il fait? A quel titre?

qui te l'a dit?"

n'auraient jamais passé, même de nos jours dans une revue...Note, en marge, pour la" Défense et l'illustration de la langue française."

" Je comprends votre pensée; vous voulez dire je t'aimais inconstant, qu'est-ce que cela aurait été si tu avais été infidèle. Mais c'est mal exprimé. Cela peut signifier aussi bien que c'est vous qui auriez été fidèle. Préposé à la défense de la langue française je ne puis laisser passer cela."

Hélas, Madame Straus, il n'y a pas de certitudes, même grammaticale. Et n'est-ce pas plus heureux? Parce qu'ainsi une forme grammaticale elle-même peut être belle, puisque ne peut être beau que ce qui peut porter la marque de notre choix, de notre goût, de notre incertitude,de notre désir, et de notre faiblesse. Madame, quelle sombre folie de me mettre à vous écrire grammaire et littérature! Et je suis si malade! Au nom du ciel "pas un mot" de tout ceci.Au nom du ciel...auquel nous ne croyons hélas ni l'un ni l'autre.

 

Respectueusement à vous

 Marcel Proust

 

 

 

Balise -André Gorz

En sortir?

Ces mots d'André Gorz: "On sortira du capitalisme si ce n'est par la raison et le bon sens, ce sera par la barbarie".

04/06/2013

Balise 85 - sur le désespoir humain

"Qui sont-ils les hommes qui peuvent insulter les hommes? Qui sont-ils les ricaneurs pantalonnés? De quoi est-ce que je parle? Je parle du désespoir humain, de l'incroyable solitude de la naissance et de la mort ténébreuse et je pose la question : « En quoi cela prête-t-il à rire? Comment peut-on faire le malin quand on est dans le hachoir à viande? Qui nargue la misère? "

Jack Kerouac, Les anges vagabonds

18:45 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kérouac

24/04/2013

Balise 84 - Francis Ponge, parler contre les paroles

"N’en déplaise aux paroles elles-mêmes, étant donné les habitudes que dans tant de bouches infectes elles ont contractées, il faut un certain courage pour se décider non seulement à écrire mais même à parler. Un tas de vieux chiffons pas à prendre avec des pincettes, voilà ce qu’on nous offre à remuer, à secouer, à changer de place. Dans l’espoir secret que nous nous tairons ? Eh bien ! Relevons le défi !
Pourquoi, tout bien considéré, un homme de telle sorte doit-il parler ? Pourquoi les meilleurs, quoi qu’on en dise, ne sont pas ceux qui ont décidé de se taire ? Voilà ce que je veux dire.
Je ne parle qu’à ceux qui se taisent (un travail de suscitation), quitte à les juger ensuite sur leurs paroles. Mais si cela même n’avait pas été dit on aurait pu me croire solidaire d’un pareil ordre de choses.
Cela ne m’importerait guère si je ne savais par expérience que je risquerais ainsi de le devenir.
Qu’il faut à chaque instant se secouer de la suie des paroles et que le silence est aussi dangereux dans cet ordre de valeurs que possible.
Une seule issue : parler contre les paroles. Les entraîner avec soi dans la honte où elles nous conduisent de telle sorte qu’elles s’y défigurent. Il n’y a point d’autre raison d’écrire. Mais aussitôt conçue celle-ci est absolument déterminante et comminatoire. On ne peut plus y échapper que par une lâcheté rabaissante qu’il n’est pas de mon goût de tolérer."

Extrait de Proêmes, 1948


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22/03/2013

Balise 83 -

"Nous autres sans patrie. Nous autres étrangers sur la terre étrangère nous sommes chacun dans notre propre asile comme un sanglier apeuré, perdu au centre de la grande ville à l'heure où les chevaux vont boire, à l'heure où les assassins s'éveillent. Mais nous ne dormons pas, nous n'avons pas le droit de dormir: le sommeil serait l'apprentissage de la mort et il faut que nous mourions debout dans l'innocence du devenir".

Maurice Blanchard

17:37 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : maurice blanchard

03/03/2013

Balise 82 - à propos de la signification poétique

"Dans l'usage de la vie pratique, le langage est un instrument et un moyen de compréhension, il est la voie qu'emprunte la pensée et qui s'évanouit au fur et à mesure que s'accomplit le parcours. Mais, dans l'acte poétique, le langage cesse d'être un instrument et il se montre dans son essence qui est de fonder un monde, de rendre possible le dialogue authentique que nous sommes nous-mêmes et, comme dit Hölderlin, de nommer les dieux. En d'autres termes, le langage n'est pas seulement un moyen accidentel de l'expression, une ombre qui laisse voir le corps invisible, il est aussi ce qui existe en soi-même comme ensemble de sons, de cadences, de nombres et, à ce titre, par l'enchaînement des forces qu'il figure, il se révèle comme fondement des choses et de la réalité humaine."

Maurice Blanchot

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