Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

08/01/2008

Balise 24 - La lettera Amorosa de Julien Gracq

( Dans une édition hors commerce tirée à 63 exemplaires en juillet 1952, Julien Gracq publiait cette Prose pour l’étrangère, suite de 12 poèmes en prose que l'on trouvera dans La Pléiade, tome I. J'ai choisi le premier de cette suite pour rendre hommage à l'auteur d'Au château d'Argol, un de mes grands souvenirs de lecture de jeune homme et pour lier le thème de la "Lettera amorosa" du Printemps des poètes de l'an passé à "l'éloge de l'autre" à venir entre le 3 et le 16 mars 2008 )

 

J'ai respiré ton air acide, je suis entré dans ta saison hasardeuse comme un voyageur qui reconnaît les routes à l'heure imprudente où tout craque encore dans la montagne d'avril tigrée de jacinthes et d'avalanches. Tu m'as giflé de ton printemps sans tiédeur, tu m'as ameubli de ton sourire enfondu de perce-neige, tu traverses ma prévoyance comme la fleur désastreuse épanouie aux doigts mêmes des saints de glace. J'aime ton visage qui brouille les repères du cœur et les saisons de la tendresse — ton visage en désarroi, plus frais, plus emmêlé, plus trouble que les chantiers bousculés du dégel, pareil à la mue du ciel de juin et à l'alpage qui boit sa neige — ton front buté de voleuse de cerises, et ta bouche court bridée de jeune épouse — ton rire qui secoue toute la neige des jardins de mai, et ta voix sombrée de parterre nocturne — et, comme un creux d'eau de glacier au bord d'une joue de prairie neuve, le bleu durci de tes yeux de pensionnaire qui saute le mur du couvent.

 

15:10 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

18/11/2007

Balise 23 - Voyager en intensité

Vertigineuse, cette phrase de l'homme immobile de Carcassonne Joë Bousquet : "l'immobile est toujours ailleurs"!
Tournant autour, c'est encore une fois Gilles Deleuze qui m'a mis sur la voie de la deterritorialisation de Joë Bousquet:
« On sait bien que dans nos régimes les nomades sont malheureux : on ne recule devant aucun moyen pour les fixer, ils ont peine à vivre. Et Nietzsche vécut comme un de ces nomades réduits à leur ombre, allant de pension meublée en pension meublée. Mais aussi, le nomade, ce n'est pas forcément quelqu'un qui bouge ; il y a des voyages sur place, des voyages en intensité, et même si historiquement les nomades ne sont pas ceux qui bougent à la manière des migrants, au contraire ce sont ceux qui ne bougent pas, et qui se mettent à nomadiser pour rester à la même place en échappant aux codes. »
Gilles Deleuze, Pensée nomade, L’île déserte et autres textes, Les éditions de Minuit

20:00 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (2)

10/10/2007

Balise 22 - Approche de la poésie

Ces mots de Louis Aragon pour aider à faire toujours plus vaciller la définition de la poésie :

"J'appelle poésie cet envers du temps, ces ténèbres aux yeux grands ouverts, ce domaine passionnel où je me perds, ce soleil nocturne, ce chant maudit aussi bien qui se meurt dans ma gorge, où sonnent à la volée les cloches de provocation." 

22:55 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

27/06/2007

Balise 21 - Qu'est-ce que partir?

«  - Où vas-tu, maître ?
-Je ne sais pas, dis-je, je ne veux que partir d’ici, seulement partir d’ici. Sans cesse partir d’ici, ce n’est qu’ainsi que je pourrai atteindre mon but.
-Donc tu connais ton but ?
-Oui, répondis-je, ne te l’ai-je pas dit : partir d’ici, tel est mon but. »

Franz Kafka

22:50 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

19/06/2007

Balise 20 - S'en sortir?

Quelques cairns pour un chemin possible:

Cairn de Scott Fitzgérald:

"On devrait pouvoir comprendre que les choses sont sans espoir et cependant être décidé à les changer."

 Cairn de Maurice Blanchot:

"Je crois que nous le savons : que les choses en leur fond soient sans issue, je ne vois rien qui me détournerait de le dire avec vous (Il s'adresse à Georges Bataille); j'ajouterai seulement que ce "sans issue" ne peut s'affirmer que par la nécessité de toujours chercher une issue, par la décision, inexorable, de ne jamais renoncer à en trouver une."

 Cairn de Henri Michaux:

"Ne désespérez jamais : laissez infuser davantage."

 Cairn d'Antonin Artaud:

"Nul n'a jamais écrit ou peint, scupté ou modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l'enfer."

 Cairn de Gilles Deleuze:

"Il n'y a pas d'oeuvre qui n'indique une issue à la vie, qui ne trace un chemin entre les pavés."

 

 

11:35 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

08/06/2007

Balise 19

J’étais dur et froid, j'étais un pont, un pont jeté sur un ravin. Les orteils plantés d'un côté, les mains s'agrippant de l'autre, je m'étais encastré fermement dans l'argile gluante. Les basques de ma veste me battaient les flancs. Glacé, au fond du gouffre, grondait le torrent à truites. Nul touriste ne s'aventurait à ces hauteurs inaccessibles; le pont n'avait jamais encore été mentionné sur aucune carte. J'étais donc là et j'attendais; je ne pouvais qu'attendre. À moins de s'écrouler, aucun pont, une fois jeté, ne saurait cesser d'être un pont.

Franz Kafka, extrait de  Le pont

09:06 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

06/05/2007

Balise 18

    Faire passerelle avec la Balise 8. Phrase de Montaigne sur la beauté de la poésie.

 

"Les livres quand ils sont beaux font tomber non seulement les défenses de l'âme mais toutes les falsifications de la pensée qui se voit prise  de court soudain."

Pascal Quignard 

19:34 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

05/05/2007

Balise 17

"Quand l'argent a toute la force, les hommes ne sont plus touchés que par les écrits qui les font pâlir. Il faut que l'écrivain leur prenne la vie avec le coeur"

Joë Bousquet, Notes d'inconnaissance, Rougerie 

12:42 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

02/05/2007

Balise 16

"Plus l'homme attelle de chevaux devant soi, plusnombreuses les chambres dans lesquelles il s'enferme, plus est grand le nombre des seviteurs qui l'entourent, et plus il a profondément creusé la tombe où il gît, mort vivant, de sorte que les autres ne l'entendent plus et qu'il n'entend plus les autres, en dépit de tout le vacarme que font lui-même et les autres."

Hölderlin 

15:45 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

02/04/2007

Balise 15

Nous sommes dans Le meneur de lune, ORC, T II, Albin Michel et Joë Bousquet parle de cette chambre où il vécut, noyé dans les couleurs des plus belles toiles du monde:

"C'était le calme de l'abîme et du danger, un endroit où tout était possible et où rien n'arrivait : peut-être le lieu où s'élaborait une nouvelle idée de l'amour." 

Et vous diriez qu'il ne parlait pas aussi de la littérature? 

22:35 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (1)

11/03/2007

Balise 14

 ( Quand le printemps n'est pas la cinquième saison. Celle qui opère syncope dans la quaternaire. Et brise le cercle des saisons. Leur ronde. Quand il n' est pas bris de clôture, déchirure, clé des champs sous les nuages.Alors...)
 
« À chacun sa saison maléfique (« je hais l'été qui me tue» écrit quelque part Rimbaud). Pour moi, c'est le printemps qui me mine et me désunit de fond en comble : l'aigre printemps de France, acide, mordant, quinteux, giflé de grêle et d'orages. Ni la débâcle sauvage de la vie au travers des eaux et des airs qui est le printemps du Canada, ni la tiédeur fleurie des collines de l'Ombrie ou de la Galilée, mais seulement un entre-deux-gelées balayé de grains cinglants, le culte du printemps est en France un stéréotype d'emprunt, un implant pur, en milieu étranger, de la poésie de l'Antiquité et de la Bible. Je n'en excepte que les quelques jours de juin, juste avant la fenaison, où la terre tout entière est devenue tendrement pelucheuse, et quelques fins d'après-midi de mai couvertes où au soir tombant la pluie cesse et où une tiédeur surnaturelle qui se dilate sous le ciel brouillé me fait penser au mot d'Aragon dans Le Paysan de Paris: «J'en étais là de mes réflexions lorsque, sans que rien en eût décelé les approches, le printemps entra subitement dans le monde. »

Julien Gracq, Carnets du grand chemin, La Pléiade, T.II,p.1022/1023

23:05 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (2)

07/01/2007

Balise 13

« Il n’est pas à la beauté d’autre origine que la blessure, singulière, différente pour chacun, cachée ou visible, que tout homme garde en soi, qu’il préserve et où il se retire quand il veut quitter le monde pour une solitude temporaire mais profonde (…) l’art de Giacometti me semble vouloir découvrir cette blessure secrète de tout être et même de toute chose, afin qu’elle les illumine. »

Jean Genet

18:15 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)