22/01/2026
Exposition Franta - La condition humaine- Vernissage le samedi 24 Janvier 2026 à 11hs
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Exposition Tôle Ondulée - Galerie Itinéraire àç Vallauris)- Vernissage le samedi 31 janvier à partir de 11hs
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Balise 102-
"Voir c'est oublier le nom de la chose que l'on voit" - Paul Valéry
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A propos de Daniel Biga
Aux deux notes que je viens de mettre en ligne, je renvoie les lecteurs à mon "Lu-114" de 2015 à propos de son livre Bienvenue à l'Athanée publié aux éditions de l'Amourier.
Je mettrai prochainement en ligne l'entretien que Daniel Biga m'avait accordé et qui fut publié dans la revue Friches en 2013.
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LU 128- Daniel Biga, L'Amour d'Amirat, éditions Unes, 2025
Daniel Biga, retour à Amirat*
Pour commencer, je souhaiterais rappeler ce que j’écrivais ici même en mai 2018 dans le N° 240 du PCA qui consacrait à Daniel Biga un important dossier dirigé par Raphaël Monticelli : « Daniel Biga, c’est Nice. C’est un amour douloureux de Nice. Et même s’il en a souffert et souffre encore bien des colères par manque d’air, caractéristique essentielle de toutes les erreurs, les catastrophes, voulues ou pas, fruits des incompétences parfois et de l’avidité de quelques-uns toujours, il en aime toujours la beauté doublée de cette fragilité qui la rend si précieuse et si poignante. Il en aime toujours la langue qui erre, aujourd’hui, fantomatique sur les lèvres de quelques ombres. Qui toujours plus s’effacent. »
Voilà que L’Amour d’Amirat vient de paraître aux Editions Unes. C’est la troisième édition de ce titre. Les deux premières l’ont été au Cherche midi éditeur en 1984 puis en 2013. Celle-ci se présente avec bandeau portant la reproduction d’un portrait déjà ancien de Daniel Biga par son ami de toujours Ernest Pignon-Ernest accompagné d’un jugement de JMG Le Clezio : « Une grâce est venue, une luminosité », tiré d’un article que ce dernier fit paraître dans le journal Le Monde lors de sa première édition en 1984. Ce livre aujourd’hui s’ouvre sur un dessin inédit d’Ernest Pignon-Ernest qui place d’entrée de jeu celui-ci dans l’atmosphère d’un érotisme naturel, fait d’écart, de jeunesse et de fraîche lumière.
L’Amour d’Amirat relate une année passée - 1977-1978 - dans la solitude des hauteurs d’un arrière-pays niçois. Cette solitude into the wild au Barlet va être l’occasion de retrouvailles : d’abord ce corps qu’on oublie au sein des densités urbaines et qu’il s’agit de remettre au diapason des rythmes naturels et au travail physique : maçonneries diverses, débroussaillages difficiles ; ensuite celle de tous les vivants qui peuplent les entours : animaux comme végétaux et bien sûr parmi eux hommes aussi, rares et de ce fait uniques, hommes simples, à leur place sur ce bout de terre, avec qui toute parole prenait sens au point que Daniel Biga pourra écrire : « je devins l’enfant adoptif du domaine (…) oui, une vraie renaissance avec les autres » (extraits des entretiens avec Jean-Luc Pouliquen publiés dans Sur la page chaque jour, paru chez Z’éditions en 1990 dans la collection « Aux archipels de la mémoire », dirigée par Marcel Alocco).
Amirat, ce lieu montagnard fut une expérience : la traversée risquée du « naufragé volontaire », du fuyard contemplatif, du nomade immobile, de l’ermite qui s’émerveille et retrouve le grand dans le petit, l’infini dans le fini, le lointain dans le proche. D’où la présence dans l’Amour d’Amirat des poèmes zen tels que « Quelle surnaturelle merveille ! / Et quel miracle ! voici / je tire de l’eau et je porte du bois ». Ainsi L’Amour d’Amirat est-il fait de « paroles courtes, denses, simples, ordinaires et qui pourtant soulèvent l’évidence », fulgurances où se mêlent instants et souvenirs, proches souvent de l’aphorisme ou du haï-ku.
J’aime à lire ce livre comme un éloge de la fuite. Déguerpir : se jeter à l’écart, faire le pas de côté, quitter un monde qui se ferme toujours plus sur lui-même, sur ses conventions, ses menteries multiples, ses mots et images privés de sens, sa violente latente ou déclarée - guerres et morts à la clé -, cette asphyxie générale qui gagne. Fuir, devenir indien, pour se retrouver et « tenter d’être soi-même à plein temps ». Fuir afin de ne pas oublier, afin de tenir ouvert le chemin de la source, celui de l’eau, de la circulation et de la fluidité qui fait du monde une présence nue et pure, occasion d’une de ces extases matérielles qu’aimait DB chez son ami JMG Le Clezio.
Bientôt 50 ans, vous me direz. Est-ce bien raisonnable de s’intéresser à cette aventure singulière ? N’y-a-t-il pas là vaine nostalgie ? Oh ! que non !
Il est urgent de lire Daniel Biga, de lire ou relire cet Amour d’Amirat pour son amour de la saveur mortelle du monde, son goût de l’intériorité, son sens tout particulier de la recherche spirituelle à partie du plus physique, sa pratique singulièrement jouissive de l’écriture poétique qui ouvre le poème sur émotions et vie nouvelle.
Oui, Il faut lire Daniel Biga. Il faut le lire soit dans ce mouvement d'amitié qui fut le sien lorsqu'il rencontra et écouta pour la première fois, Julien C., berger d'Amirat, sur l'alpage, "immobilisé dans une sorte de charme" et qui vous porte "au plus proche, au plus lointain", vous pousse plus haut, vous élargit vers plus grand ; soit dans l'urgence, comme quand on a froid, que la nuit tombe et qu'il faut vite installer un campement même précaire dans quelques ruines de rencontre.
L’Amour d’Amirat est un refuge, mieux un ref(o)uge comme il l’écrira dans ce Carnet des refuges que publieront en les éditions l’Amourier, un de ces lieux de passage où les fous que nous sommes aussi pourraient refaire leur plein d'énergie avant d'affronter la route qu'éclaire la lumière indécise du matin. Car il y aura un matin, un demain de luttes où relever épaules et tête. Ce livre est un livre fraternel.
(Publié dans le Patriote Côte d'Azur du 16 janvier 2026)
14:54 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daniel biga, éditioins unes
Lu 127- Daniel Biga, Quodlibets, 2018, éditions de l'Amourier
Daniel Biga, c’est Nice. C’est un amour douloureux de Nice. Et même s’il en a souffert et souffre encore bien des colères par manque d’air, caractéristique essentielle de toutes les erreurs, les catastrophes, voulues ou pas, fruits des incompétences parfois et de l’avidité de quelques-uns toujours, il en aime toujours la beauté doublée de cette fragilité qui la rend si précieuse et si poignante. Il en aime toujours la langue qui erre, aujourd’hui, fantomatique sur les lèvres de quelques ombres. Qui toujours plus s’effacent.
Daniel Biga, c’est une vie artistique exemplaire. Deux sources l’alimentent : les arts plastiques d’une part – on oublie souvent sa participation, au début du moins, à ce que l’on a fini par appeler l’école de Nice – et la poésie, la littérature d’autre part – je pense à sa participation dès 1962 à la revue Identités de Marcel Alocco, Jean-Pierre Charles, Régine Lauro… Là, la modernité se trouvait convoquée et interrogée. La pratique du cut-up – héritée des poètes de la beat generation – et du collage – héritée des surréalistes - a toujours correspondu pour lui à la rumeur de fond du monde, à la multiplicité des voix, au tohu-bohu des images. Dans son œuvre : tons, idées, accents, langues se mêlent, s’entremêlent pour favoriser l’émergence d’un drôle de millefeuille, produit d’une écriture épaisse, crémeuse et craquante à la fois, une écriture en volume au relief tourmenté, au souffle ravageur « entre zut et zen ».
Daniel Biga, c’est l’homme du mesclun. C’est là sa « nissardise » ou sa « nissardité », ce goût du mélange : érotisme et mystique, registre soutenu et registre familier, noblesse et trivialité, intérêt pour les Traditions et pour la modernité, pour les connaissances les plus diverses…ce goût de mettre ensemble ce qui a priori n’avait rien à faire ensemble.
Daniel Biga, c’est le poète de la PoéVie. On lui doit ce mot valise. Il l’a inventé pour signifier cette fusion, cette relation d’infusant-infusé entre la poésie et la vie/la vie et la poésie – cette force qui va de l’avant contre toutes les aliénations que notre monde secrète à l’envi. C’est cette force d’insoumission que Daniel Biga installe au cœur de la langue, c’est elle qu’il jazze. Dans son oeuvre, on a ce tissage-métissage de tons, de sons, de langue; ces ruptures de syntaxe, ces jeux de mots, ces collages-citations. C’est par là que la vie entre en force dans la langue. La vie, toujours première. La vie, ça va et ça vient, ça vient et ça va, « entre les deux se prépare pour les deux parties, le bienfaisant orgasme » dit Daniel Biga. La PoéVie, une puissance germinative, une « germinaction » contre tous les empêcheurs de jouir en rond, pour « se libérer de son cadavre ».
Il est urgent de lire Daniel Biga, pour son sens de l’ange. Cet archétype qui se retrouve dans toutes les Traditions, livres sacrés, mythologies. L’ange que l’on trouve du côté des ombres, des plantes, des reflets, des parfums, des eaux vives, des caresses : légèreté et imperceptibilité. Ange, « à l’écart du compromis religieux » aurait ajouté René Char, ce qui, à l’intérieur de l’homme, tient l’homme, résistant et debout.
Alors lisons son dernier livre publié. C’est dans le fonds poésie des éditions de l’Amourier. Son titre : QUODLIBETs signifie ce qui plaît. Et ce qui plaît à Daniel Biga, c’est ce saccage de langue, encore et toujours. Jamais, peut-être – en quoi il se montre toujours jeune ! – il n’avait mené cette lutte amoureuse dans la langue contre la langue elle-même aussi radicalement que dans ce livre. Il y brise les mots, joue des sonorités, heurte les significations, les démultiplie. Dans cette mise en flottement du texte qui se développe comme une écharpe trouée se déplierait sous rafales de vent plus ou moins violent, ainsi se crée la langue-Biga. Elle combat le cliché en jouant des clichés, en les parodiant, en les sapant. Elle construit en détruisant. Daniel Biga fait jouer les mots et se joue d’eux avec la jubilation de « l’enfant analphabète, ou le peuple », selon les mots de José Bergamin. C’est une « Docte ignorance » (Nicolas de Cuse) qui voit le poète avoir la nostalgie de l’enfance, de l’innocence, de cette « vie imaginative de la pensée » que José Bergamin appelait « analphabétisme » où l’esprit souffle et passe tel Hermès. Ce qui nous plaît, c’est de voir/entendre cette langue-Biga comme une langue trouée, hachée, désarticulée qui va s’étirant, sautant blanc sur blanc. Avec la mort qui rôde, le silence qui menace, c’est la vie qui va, qui gagne. QUODLIBETs ne parle pas du monde mais de ce monde dans lequel vit, aime, souffre, vieillit Daniel Biga et c’est alors le monde qui se lève. Comme Maïakovski, Daniel Biga écrit « selon des motifs personnels sur l’existence générale ».
Il est urgent de lire Daniel Biga !
(Publié dans le Patriote Côte d'Azur en mai 2018)
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