10/12/2008
Turbulence 25 - Sécurité quand tu nous tiens...
Ceux qui nous gouvernent surfent sur la peur. Mauvaise vague! L'asphyxie menace. On entend ramener la psychiatrie à ses heures les plus sordides; on fouille au corps ici ou là; on arrête sans ménagement un journaliste; on fait donner les chiens : dans les "jungles" autour de Calais mais aussi dans un établissement scolaire du Gers; on accuse de terrorisme sans discernement...Faut-il continuer le tas? Les libertés publiques sont bafouées. Et l'inhumain progresse. Même plus en douce! Le tournant vers un ordre nouveau semble s'amorcer. Vigilance!
19:12 Publié dans Dans les turbulences | Lien permanent | Commentaires (0)
Balise 36 -
N'oubliez pas ces mots de Al-Mutamar Ibn Al-Farsi, poète soufi de Cordoue (1118-1196):
« Les émissaires qui frappent à ta porte, c’est toi même qui les as appelés et tu ne le sais pas. »
18:53 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, littérature
Lu 29: Alvaro Mutis - Et comme disait Maqroll el Gaviero
Vous aimez les histoires ? Les romans ? Les romans latino-américains, cette littérature de ports perdus et misérables des Caraïbes avec leurs perroquet criards, leurs crocodiles furtifs, ces brumes sur les fleuves, cette humidité dévastatrices, ces personnages typiques - femmes dangereuses, hommes interlopes - pris dans un univers animiste et primitif, popularisés par Gabriel Garcia Marquez ? Alors vous avez sûrement aimé la saga narrative d’Alvaro Mutis, les aventures et tribulations de Maqroll et Gabiero : La neige de l’Amiral, Ilona vient avec la pluie, un bel morir et suite à ce tryptique, La dernière escale du tramp steamer, Ecoute-moi Amirbar, Abdul Bashur, le rêveur de navires et le rendez-vous de Bergen, tous publiés chez Grasset et tous tournant autour de ce personnage Maqroll et Gabiero, marin aux aventures terrestres,homme de vigie, veilleur aux confins, arpenteur des frontières, familier des précipices…figure même du poète.
Il n’est pas inutile de savoir que tous ces romans sont comme des excroissances de la poésie d’Alvaro Mutis, qu’ils sont sortis de son œuvre poétique, celle-là même que la collection Poésie / Gallimard nous donne aujourd’hui à lire avec ce volume Et comme disait Maqroll el gaviero. En effet, Alvaro Mutis est le poète qui contribua à sortir dans les années cinquante la poésie colombienne d’un lyrisme traditionnel, prisonnier de vers à la structure et au rythme convenus sous l’influence conjuguée du surréalisme et de Pablo Neruda.
Dès 1953 avec Les éléments du désastre, l’univers poétique d’Alvaro Mutis est en place, univers de désespérance où terminer importe peu, où il faut toujours poursuivre avec l’échec pour aiguillon . Le personnage de Maqroll et Gabiero en occupe déjà le centre nerveux. Il y tient la place du conteur : « Il déversait sur ses auditeurs la mélancolie de ses longs voyages et la nostalgie des lieux qui étaient chers à sa mémoire, et dont la distillation lui donnait la raison de sa vie ». Celle aussi de l’errant, toujours battu mais jamais abattu dont le désespoir n’est jamais un renoncement à vivre tant il tient de partout à la « réalité rugueuse » d’ici-bas mais force levée contre le monde et son cours.
Il est une figure de la poésie, celle qui ne vit que du désir et de la mort, forces qui la soulèvent et la dressent, l’adressant à l’autre de tout lecteur, celle qui se tient dans « l’imminence d’une révélation qui ne se produit pas » selon l’affirmation de Borgès, attente de ce miracle entrevu quand l’âme est invitée à la fête des sens ; la même qui rend ses amours transparents et libres avec Flor Estevez , Ilona, Ampara maria ou Dora estella ou qui préside à ces rencontres improbables avec ce qui en lui attend « l’effondrement de son être » dans les gorges d’Aracuriante par exemple ou ce sentiment de plénitude où « tout (serait) accompli pour lui » comme dans une rue de Cordoue, moments où « échapper au trafic des ports et de l’étoile toujours contraire de son errance insasiable », moments où s’opère un changement intérieur lui permettant de gagner en lumière, en lucidité.
Les routes du gabier sont géographiques, elles s’enfoncent dans le continent américain mais enlacent aussi bien les autres continents et les peuples d’Europe, d’orient comme du Moyen-Orient. Spatiales, elles sont aussi temporelles. Sur les routes de Maqroll, le passé et l’histoire sont présents. À ces routes du monde et de l’histoire, Alvaro Mutis ajoute les routes du sacré tant il sait mêler approche rationnelle et approche mythique du monde. Si l’âme est ce qui se joue entre les mots, les routes de Maqroll et Gabiero, en la poésie, cette propédeutique aux romans, sont routes de l’âme. Routes qui jamais ne sont de simples moyens mais toujours fin en elles-mêmes. Comme pour Antonio Machado : « caminante, no hay camino / se hace camino al andar ». Marcher fait le chemin. En route !
© Alain Freixe
18:50 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie
12/11/2008
Turbulence 24 -
Ce blog a connu une interruption. Un long silence. L’été certes mais aussi l’absence de rentrée, comme disent ceux qui n’enseignent plus, l’heure de la retraite ayant sonnée. Le temps s’est dis-joint. Hors rythme.
J’en suis encore à balbutier mes activités.
Ce jour est de reprise. De relève.
00:07 Publié dans Dans les turbulences | Lien permanent | Commentaires (2)
Balise 35 -
« Chacun dans sa langue peut exposer des souvenirs, inventer des histoires, énoncer des opinions ; parfois même il acquiert un beau style, qui lui donne les moyens adéquats et font de lui un écrivain apprécié. Mais quand il s'agit de fouiller sous les histoires, de fendre les opinions et d'atteindre aux régions sans mémoires, quand il faut détruire le moi, il ne suffit certes pas d'être un « grand » écrivain, et les moyens doivent rester pour toujours inadéquats, le style devient non-style, la langue laisse échapper une étrangère inconnue, pour qu’on atteigne aux limites du langage et devienne autre chose qu’écrivain, conquérant des visions fragmentées qui passent par les mots d’un poète, les couleurs d’un peintre ou les sons d’un musicien. »
Gilles Deleuze
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11/11/2008
Jean-Max Tixier - Gloire et défaite
A l'occasion de la sortie de notre livre d'entretien Les chants de l'évidence, j'ai demandé à Jean-Max Tixier de me confier un texte inédit. J'en profite pour faire une rapide présentation de celui qui se définit parfois "par provocation" dit-il comme "polygraphe"!
Jean-Max Tixier est né en 1935 à Marseille. Etudes de sciences et de lettres. Thèse de IIIè cycle : "Poésie et Mathématique". Poète, critique, romancier, il s'intéresse à l'écriture sous tous ses aspects et aux rapports entre la littérature et les sciences.
Il est l'auteur de plus de 70 ouvrages dans des genres divers (certains en collaboration ou sous pseudonymes), dont une quinzaine de plaquettes et recueils de poèmes.Grand prix Littéraire de Provence en 1994 pour l'ensemble de son oeuvre.
Il est membre du comité de rédaction des revues "Autre Sud" (après la revue "Sud" 1970-1996), "Encres Vives", "Poésie 1 Vagabondages".
GLOIRE ET DEFAITE
1-
Ce n'est pas le hasard si parti d'un lieu qui ne m'habite plus j'ai traversé la plaine d'une seule traite inspirée de l' aurore au couchant.
Je portais sur mon dos le fardeau de la nuit. La pesanteur impalpable du songe qui rend le pas hésitant. A l'heure de l'éveil.
2-
Maintenant debout au bord de la falaise. Dressé dans Fhypnose du ressac. Mon cœur qui se délite sous les coups. Dans le fracas me vient l'image lancinante de la roche. Dans l'unisson violente de l'assaut.
3-
Le vent surgit de tous les horizons. Son souffle sur mon souffle. Ah ! si belle la vie d'avoir atteint son terme ! Les phrases de tous les jours anciens s'écrasent dans l'éclatement de l'écume. Les basses nuées se déchirent au premier cri de démence sous le crâne.
4-
La terre tremble. Imperceptiblement. Une longue déchirure entame le silence. Quelque chose en moi s'ouvre et vomit de l'obscur. Le vide
attend un geste qui ne vient. Exaltation des limites, le bonheur fut dur sous mes pas.
© Jean-Max Tixier
20:41 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1)
Lu 28 - Philippe Jaccottet - Ce peu de bruits
Ce peu de bruits (NRF, Gallimard, 12 euros), dernier livre de Philippe Jaccottet s’ouvre sur un « obituaire », ce registre où l’on écrit le nom des morts. Entrer par la mort, faire d’elle le guide sombre de cet âge cassant dans lequel est entré le poète avec le siècle nouveau, c’est faire d’elle l’éclaireuse de ce qui reste. Comme c’est mettre sous sa lumière les pages qui suivent ces saluts aux ami(e)s disparus.
Suivent au fil des pages des brins d’existence comme de langue : « des bribes ultimes sauvées dans un ultime effort du désastre » par un survivant. Soit des miettes, des touches, des fragments de choses vues, des bouts d’images, autant de mots que l’on peut dire quand on revient des contrées de l’absence et de la perte, quand on remonte du « ravin » ces « notes » tirées de la mort comme de l’oubli et du silence pour, grimpant, se sentir encore un peu léger à parier toujours pour la transparence et le délié et « jusqu’au bout, dénouer, même avec des mains nouées ».
Ce peu de bruits est donc celui que fait cet ensemble de notes, de citations, de morceaux de poèmes, d’impressions de lectures. C’est un murmure que l’on entend. Quelque chose de rasant, une lumière de bas de porte mais qui insiste et trouve à passer, à faire encore danser les poussières. Un chuchotis endurant, cette musique même de l’âme quand elle défroisse ses plis sous les souffles des mots que tisse encore ce « vieux chinois anonyme » sous les traits duquel se peignait le jeune poète Philippe Jaccottet dans ses Remerciements pour le prix Rambert, toujours là, dans sa cave, à peindre des « riens », « débris » qui seraient comme d’un « nouveau livre des Morts » et tels que nous pourrions les brandir au moment de franchir le mince ruisseau de la fin. Et passer « sans peur ni regrets le seuil du très sombre espace qui (nous) attend pour nous engloutir ou nous changer ».
On est là, dans ce livre, comme sur un site archéologique, ces fragments épars ici rassemblés sont autant de témoignages que la fouille a arraché au silence et à la nuit de la terre des jours et qui, de façon terriblement intempestive à mesure que le pas se fait plus « caduc », comme le dit Luis de Gongora, affirment qu’il y a encore bien des occasions d’être surpris par cet insaisissable qu’est la beauté lorsque nous en faisons l’expérience dans une rencontre soudaine et hasardeuse.
Je ne me lasserai jamais de remercier Philippe Jaccottet de nous apprendre à « être ouvert » aussi bien à l’enfer et au malheur qu’à ce qui devant nous, persiste, dans le cours du monde, cette lumière qui coule comme l’eau d’un ruisseau inverse – « Cela ruisselle vers le haut », écrit Jaccottet - dans le chant du rossignol.
Mon ami Hans Freibach sait que « les beaux chemins » de Philippe Jaccotet – son étude parue dans le N°110/111 de la revue Sud en 1995, a été reprise sur le blog lapoesieetsesentours.blogspirit.com le 12/09/2006 - sont des chemins de vie. Mon salut au seuil de l’été pour lui. Et vous !
(article paru dans le Patriote Côte d'Azur N°2128 du 11-17 juillet 2008))
20:23 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (1)
Balise 34 -
Aujourd'hui n'est pas un jour comme un autre. Non, parce que j'ai la possibilité de relancer ce blog mais bien parce que nous sommes un 11 novembre. Et que notre société commémore l'armistice de 14-18.
Je le ferai à ma manière. En convoquant un qui a payé de sa chair : Joë Bousquet qu'une "abeille de plomb" allemande blessa un 28 mai 1918 devant Vailly, sur le front de l'Aisne. Bousquet dont on a quelque peu reparlé ces temps derniers suite à la publication chez Grasset de "Lettres à une jeune fille", ouvrage sur lequel je reviendrai.
"La société, dira Bousquet dans Traduit du silence, dont je fais partie chasse les hommes bons ou les gâte: elle sépare la pensée d'elle-même, assigne la vérité comme solitude à quelques individus dont elle ne fait aucun cas. C'est la honte du temps où je vis qu'il fasse l'existence la moins lourde à ceux qu'il a, comme moi, aux trois quarts démolis. La vie, en me déshumanisant,m'a séparé de ce qu'il y avait de plus abject sous le ciel."
19:35 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)
Jean-Max Tixier - Les chants de l'évidence (entretien avec Alain Freixe)
Cet entretien devait paraître dans la collection "Visages de ce temps" que dirigeait Jean Digot chez Subervie. La mort de ce dernier remit tout en question. Thierry Renard et ses "Paroles d'aube" voulut reprendre le projet. Mais l'économie eut raison de cette maison d'édition. Les années passaient. Enfin, les éditions "Autre temps" accueillirent ce qui était devenu, au fil des lettres échangées, des questions posées, des réponses engrangées et discutées, un vrai livre. Il vient de paraître (Autre temps éditions, Parc d'activités de la plaine de Jouques,200 avenue de Coulins, 13420 Gémenos - 16 euros).
Je reproduit ci-dessous la quatrième de couverture signée par notre ami Jacques Lovichi:
"Pour qui croit vraiment le connaître, Jean-Max Tixier apparaît, poétiquement, politiquement, affectivement, comme le lieu privilégié d'un affrontement permanent, d'une inextricable et inconcevable mais féconde contradiction qui le fonde et le meut dans une effervescence continue dont il domine les sursauts et les apparentes incohérences par l'usage constant d'une implacable logique.
Son humour est celui du doute qu'il doit à son maître Montaigne, sa violence est celle de l'éternelle jeunesse domptée par un cartésianisme très relatif et spécifique, sa poésie - diverse et multiple en sa
somptuosité verbale - n'appartient qu'à lui. Refermant le présent livre, dans lequel Alain Freixe (il y fallait un autre poète) exerce une maïeutique serrée qui tente de cerner l'homme et l'œuvre, en saura- t-on davantage sur le phénomène Tixier ?
Oui, sans nul doute. Mais le cœur du mystère résiste à toute investigation. Dans cette « mise en scène » qu'organise subrepticement le principal intéressé, on frôlera parfois de si près la vérité (existe-t-elle
en ces matières, du moins n'est-elle pas multiple, insaisissable ?) que l'on croira avoir tout compris de la poésie, des poètes, et spécialement de celui-là.
Fort heureusement, il n'en est rien.
Peut-être même l'énigme s'épaissit-elle dans l'ambiguïté qui fouaille, constitue, détermine le funambule, lui tenant lieu de balancier.
Ci-gît l'éternel paradoxe.
Et c'est très bien ainsi."
18:31 Publié dans Du côté de mes publications, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
Lu 27 -"La poésie, c'est autre chose", sous la direction de Gérard Pfister
La poésie, mais qu'est-ce ? Une inconnue délaissée ? Il faut dire qu'elle joue perdant. Rebelle à tous les attributs dont on voudrait l'affubler, on ne peut la saisir. Les poètes ne se sont pas privés de lui proposer, parfois de manière péremptoire, des définitions. Mais voilà, elle est toujours autre chose !
Oui, Gérard Pfîster a raison de rappeler le mot de Guillevic : "la poésie, c'est autre chose » et d'en faire le titre de son anthologie où sont recensées « 1001 définitions de la poésie », publié dans la collection « Les Cahiers d'Arfuyen », éditions Arfuyen (15 euros). Bien sûr tout tient dans ce « 1000 + 1 » qui maintient la voie ouverte vers quelque soleil futur !
C'est ce vacillement que nous donne à lire Gérard Pfîster. On feuillettera ce livre comme on tournerait un cristal. Huit facettes, huit approches défînitionnelles : Affirmation, Connaissance, Emotion, Licorne, Musique, Objet, Révélation, Vie. Le tout réunissant quelques 650 citations de quelques 250 auteurs d'époques, de langages et de sensibilités très diverses.
C'est un sacré service que Gérard Pfîster rend à la poésie contemporaine tant il est vrai que ce livre aide à nous la faire comprendre et aimer. Les passionnés sont toujours passionnants ! Gérard Pfîster est de ceux-là !
Parce que nous fêtons cette année le centenaire de sa naissance dans un silence assourdissant, j'aimerais souligner ce chemin ouvert par René Daumal dans ce toujours fameux débat entre prose et poésie : « la prose parie de quelque chose, la poésie fait quelque chose par des paroles ». Le poète est celui qui fait. Que ce sens grec du mot reste à notre horizon et nous comprendrons que là où l'on a « rythmé la langue dans l'émoi », comme le rappelait Pierre Michon, à Mouans-Sartoux le 5 octobre dernier, là se trouve la poésie.
© Alain Freixe
16:54 Publié dans Du côté de mes interventions, Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0)
04/11/2008
Les errances de l'écouflé
Un oiseau ami traverse la toile, c'est l'écouflé. Cet oiseau de proie proche du milan entend "partager (ses) découvertes quelles qu'elles soient". Ainsi vole-t-il entre entre in formations sur la littérature - présentation de la collection Métive des éditions Tipaza - , la peinture - présentation du site artvif et du travail de Patrick Lanneau - et la gastronomie - recettes que la plume de l'écouflé aère de sesbattements nerveux.
Rendez-vous à http://ecoufle.unblog.fr
17:51 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
01/07/2008
Balise 33
"Les pensées déposées sur le papier ne sont rien de plus que la trace d'un piéton sur le sable. On voit bien la route qu'il a prise mais pour savoir ce qu'il a vu sur la route, on doit se servir de ses propres yeux."
Schopenhauer
15:59 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

