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01/06/2007

Luna Miguel, la poésie à 16 ans

Jeune fille, salut! medium_mi2.jpg

Luna Miguel est du genre "Claire"! Allez donc relire les bandeaux que rédigea René Char pour sa pièce de théâtre "Claire" en 1948. Cette jeune "almeriense" - habitante d'Alméria! - a seize ans. Son activité poétique est multiple. Elle dirige un fanzine, anime un blog - www.lunamiguel.blogspot.com -écrit et publie des poèmes en revues. El grito et Menù de sombras sont ses deux recueils publiés. Après avoir passé un an en Première L au Lycée Masséna à Nice, elle retourne en Espagne. De Mundo fantasma manuscrit qu'elle a écrit et mis au point au cours de son séjour niçois , j'ai extrait  et risqué la traduction de ces deux poèmes:

La plage de la réserve 

 Un lugar entre el cielo y el infierno

un punto exacto, càarcel,

espacio sin aire, agua o fuego.

Me encuentro tendida en las sabanas

del otono donde huele a papel quemado

y pegamento

No puedo mirar atras

no puedo girar la cabeza

no puedo decir hola ni adios,

no puedo pensar.

Y aunque en frio haya llegado

antes de lo previsto

sé que estoy en alguna parte. 

 

La plage de la Réserve

 Un lieu entre le ciel et l'enfer

un point exact, une prison,

un espace sans air, eau et feu.

Me voilà étendue dans les draps

de l'automne où ça sent le papier brûlé

et la colle.

Je ne peux regarder en arrière

je ne peux tourner la tête

je ne peux dire ni bonjour ni adieu

je ne peux penser.

Et même si le froid est arrivé

avant l'heure

je sais que je suis de quelque part.

 

Les choses et les poèmes sont inconciliables (Francis Ponge)

 No te estoy hablando de las cosas

del dia

minuto

no te hablo del momento

del espacio

de mis manos

 

mira los aviones

comprende qué te digo

 

todo es verde

 

no queda poema.

 

Les choses et les poèmes sont inconciliables (Francis Ponge)

 Je ne te parle pas de la chose

du jour

min ute

je ne te parle pas du moment

de l'espace

de mes mains.

 

Rezgarde les avions

comprends ce que je te dis

 

tout est vert

 

Plus de place pour le poème. 

08/05/2007

Jean-Gabriel Cosculluela- La proche attente de la lumière

medium_Cosculluela_Jean-Gabriel.jpg(Né en 1951 à Rieux-Minervois (Aude). Origines aragonaises (Pyrénées espagnoles). Vit en Haute-Ardèche. Conservateur territorial des bibliothèques. Écrivain, traducteur de l’espagnol, éditeur (directeur de la collection Lettre Suit, maintenant aux éditions Jacques Brémond, après une co-édition Atelier des Grames-Brémond) ). Membre du comité de rédaction de la revue Faire Part (dernier N° sur Jacques Dupin-mars 2007)Ses livres: De  L’Affouillé  (Jacques Brémond, 1980) à   Une prière nue, d’emblée  (Atelier des Grames, 2005),  une trentaine de livres. Parmi les plus récents

Terre d’ombre (éd. Voix d’encre, 2001) avec des monotypes d’Anne Slaci

Âpre aveuglement (éd. La Porte, 2002) avec un dessin de Claire Dumontei

Buée (éd .Jacques Brémond, 2003) avec des encres de Joël Frémiot

L’Envers de l’eau (éd. Fata Morgana, 2005) avec des photographies de Jacqueline Salmon      

Stèle du seul encore (éd. La Sétérée, 2005) avec des gravures de Jacques Clerc

Une prière nue , d’emblée (Éd. Atelier des Grames, 2005) avec une mise en livre et des gravures d’Anik Vinay

À paraître

À fleur de lumière  (éd. Mano à Mano / Les Cahiers du Museur) avec des travaux d’Albert Ràfols-Casamada)

 

Jean-Gabriel me confie ce poème dont je ne puis respecter ici toutes les blanches respirations.

Jean-Gabriel est un lecteur. Il a fait sienne l'affirmation de Andrès Sanchez Robayna: "L’écrivain est d’abord un lecteur"

On trouvera ainsi dans Dans La proche attente de la lumière, des mots  d’Andrea Zanzotto, Christian Dotremont, Andrés Sanchez Robayna, Joë Bousquet  

 

 La proche attente de la lumière

 

 

 

Journalier de lumière
tu regardes le feu blanc
tu regardes le feu noir
pour brûler l’invisible







 

Braises, cendres sur le sable, sur les rochers
pour garder encore le secret
tu regardes toujours la lumière
sur le seuil







L’ordre du jour où tu écris
la terre nue de la terrasse
où la lumière a soif
de la lumière obscure






La terre nue de la terrasse
 tu écris la terre de loin
et chaque mot est manque







L’eau s’éteint ce soir d’été
l’île est la terre de personne
elle se donne
dans le silence au-delà de chaque mot









Tu bois la lumière
où la terre ce soir
veille l’invisible
là sur la terrasse et plus loin
dans l’air et son silence
un oiseau s’abandonne







L’air et l’eau, les rochers
chaque mot à traverser
chaque manque

la proche attente de la lumière









Vienne le jour l’air
en une sorte de pluie de baisers offerts
à l’eau par les mouettes

dit Andrea Zanzotto
dans Au-delà de la brûlante chaleur





aux marges qui quoi qu’il en soit sont parmi
et aux marges qui quoi qu’il en soit sont dehors
dit Christian Dotremont
dans  Commencements lapons






Comment  dire le silence avant un seul mot,
comment   dire le silence après un seul mot,
le temps qu’il fait du rien, de la nudité,
la suite d’une saison bleue et blanche
de trop regarder le bleu et le blanc,
le temps qu’il fait du vide sur la pierre extrême,
comment trouver les noms ?



 

 

 

a. gravé de corps bas de casse
sur la pierre extrême
pour nu le recommencement:
tu épelles la lumière, a.,
tu épelles le gravier sous le pas
la grève les rochers
a. où bat le bleu où bat le blanc
le recommencement
l’eau de roche

           quand la lumière même
s’approchera des bords de la lumière



les rochers l’eau l’été
la soif la nuit
les cordes d’écume et de nuit noire sur les rochers

           l’oeuvre de la nuit, mais de la nuit
qui nous donne des yeux, elle a pour vertu de boire
les ombres







a. reprend tes mots
composant sans cesse le silence:
le climat d’encre  la roche les rochers
les paumes sur la dalle froide
le feu blanc et la pierre extrême



et ce jour d’air, a.




        .Plus haut le corps errant
nomade dans le noeud de la lumière


Juin 1997-Juin 2000  




 © Jean-Gabriel Cosculluela, 2007 

02/05/2007

Jérôme Bonnetto - Lavomatique (extraits)

Écrivain et photographe, Jérôme Bonnetto enseigne les lettres dans le sud de la France. Il est l'auteur du Livre de Brouillon, (poésie, L'Amourier, 2003), et de Vienne le Ciel, roman paru aux éditions de l’Amourier  en 2006 (voir ici même dans la catégorie « Du côté de mes interventions » - Lu 6 en septembre 2006).

 

medium_bonnetto.gifJe me souviens parfaitement de l’histoire qu’elle m’avait racontée. Je ne me souviens plus de son visage, des émotions qu’elle laissait transparaître. Me reste juste l’histoire. C’est une histoire de lavomatique, je ne veux pas dire par là que c’est une histoire qui se passe dans un lavomatique, non, c’est une histoire de lavomatique parce qu’on peut la raconter à un inconnu que l’on rencontre dans un lavomatique, c’est peut-être même la meilleure personne – l’inconnu du lavomatique, en l’occurrence moi. Elle m’a raconté cette histoire comme ça en regardant son linge blanc tourner dans le tambour de la machine 6. La femme qui m’a raconté cette histoire n’était pas jeune mais l’histoire qu’elle m’a racontée est l’histoire d’une jeune femme. C’est l’histoire d’une jeune femme qui pose la tête sur la poitrine d’un jeune homme. Une jeune femme. C’est l’histoire d’un jeune homme aussi. Ils sont deux, une jeune femme et un jeune homme. Un jeune homme avec un cœur sous sa poitrine. C’est l’histoire d’une jeune femme qui pose sa tête sur le cœur d’un jeune homme. Voilà, c’est ça l’histoire, la tête d’une jeune femme, un jeune homme, un coeur. C’est l’histoire d’un cœur. C’est aussi l’histoire d’une jeune femme qui veut devenir médecin. Cette jeune femme pose sa tête sur le cœur de son amant, parce qu’ils viennent de faire l’amour pour la première fois. Souvent les jeunes femmes font ça, elles posent leur tête sur la poitrine d’un jeune homme, tendrement, voilà, comme ça. Là, c’est la première fois. Pour la jeune femme mais aussi pour le jeune homme. Ce jeune homme a un don pour les sciences physiques. C’est de la physique qu’il veut faire, il veut chercher là-dedans, dans la physique. Chercheur en physique. Il veut fouiller la physique et trouver des trucs. Fouilleur en physique, c’est ce qu’il dit pour ne pas trop effrayer les gens qui n’aiment pas la physique. La jeune fille va devenir cardiologue mais elle ne le sait pas encore. C’est l’histoire d’une jeune fille qui voulait juste être médecin et qui va devenir cardiologue. Une grande cardiologue, non parce qu’elle se destine à devenir cardiologue mais parce qu’ils viennent de faire l’amour et que ça va la destiner à devenir cardiologue. Les cardiologues aiment faire l’amour aussi, ils aiment tout court même s’ils ne se font pas la même image que nous de ce qu’est un coeur. C’est l’histoire d’une jeune femme qui pose sa tête sur la poitrine d’un jeune amant après avoir fait l’amour et suite à cela, elle veut devenir cardiologue. Cet homme, elle en est éperdument amoureuse, elle sait déjà qu’elle passera toute sa vie à ses côtés, elle sait qu’il ne pourra plus en être autrement, qu’elle est de ces femmes pour qui il ne peut y avoir qu’un homme et un seul, que c’est celui-là, c’est sûr. On voit bien que c’est une histoire d’un autre temps. Mais elle entend quelque chose, quelque chose de bizarre, d’irrégulier. Elle pose sa tête sur le cœur du jeune homme et elle remarque une irrégularité dans le battement. Elle n’est pas encore cardiologue mais elle est déjà un peu médecin. A l’université, on étudie depuis plusieurs semaines les irrégularités du cœur, elle reconnaît cette irrégularité caractéristique du cœur. On dit que Bambaboum Bambaboum, c’est irrégulier. On en dit beaucoup de choses de cette irrégularité à l’université, on lui donne des noms savants, on explique que c’est une malformation congénitale et que les gens qui souffrent de cette malformation dépassent rarement les 25 ans, qu’on le sait, qu’on ne sait pas quoi faire, qu’il n’y a rien à faire. La jeune femme a la tête posée sur la poitrine du jeune homme, amoureusement et cliniquement. Il n’existe pas de mot pour dire à la fois qu’elle l’aime et qu’elle l’ausculte. Tant pis. La jeune femme, pas encore cardiologue, vient de tomber amoureuse d’un condamné à mort qui ignore qu’il est condamné à mort. La jeune femme se demande si elle doit dire au condamné à mort qu’il est condamné à mort. Pendant ce temps-là, le linge blanc tourne toujours dans le tambour de la machine 6. C’est tout. 

© Jérôme Bonnetto 

Claire Legendre - Le rendez-vous de juillet

medium__MG_4006_copie.jpgClaire Legendre est l'auteur de plusieurs romans, notamment Making-of, (éditions Hors Commerce, 1998) et Viande (Grasset, 1999), Elle a été pensionnaire de la Villa Médicis à Rome et a reçu en 2004 la Bourse jeune Écrivain de La Fondation Hachette Jean-Luc Lagardère. Son dernier livre La Méthode Stanislavski  est paru chez Grasset en 2006 (voir ici même dans la catégorie « Du côté de mes interventions » - Lu7 en septembre 2007)
 
 
 
Tu arriverais par la route, dans une décapotable rouge, avec un jeune type aux cheveux longs ramassé pour la nuit. Tu porterais une robe blanche. Je t’attendrais à l’Hôtel du Commerce, dans ma chambre trois étoiles moi aussi j’aurais emmené mon gigolo, pas encombrant, il ferait un somme entre deux cuites, et moi je serais sortie t’attendre à la terrasse de l’hôtel, avec mes lunettes noires en fumant des cigarettes, me dorer au soleil, boire un Martini Blanc. Sur le dos de la main gauche une petite croix gravée à l’encre noire dans la peau, je survolerais d’un œil las le journal du jour. Il y aurait le soleil et l’air doux de la montagne en été. Les villageois me lanceraient des regards curieux. J’aurais un bracelet de force en cuir noir et des bas résilles blancs, et de gros godillots de soldat, et un vieux cahier relié où noter mes dernières impressions. Dans mon sac un échantillon de chaque drogue pour y goûter rien qu’une fois, et les œuvres complètes de Jim Morrison pour les relire, les psalmodier.    On se retrouverait vers seize heures sur la place du village et tu boirais un jaune ou de la Tequila, et on dirait des conneries et peut-être on emprunterait le chemin de croix jusqu’à la petite chapelle aux ex-voto qui donne sur le vallon. Peut-être aussi qu’on irait voir la secte au bord du lac, celle qui ressemble au village des schtroumfs, mais ils l’ont détruite, maintenant, la secte, ça on ne pouvait pas le prévoir.  Peut-être aussi que je n’aurais pas de gigolo mais que je séduirais un des jeunes serveurs de l’Hôtel du Commerce et qu’il passerait la nuit avec nous. Vers dix-huit ou dix-neuf heures on irait se changer pour l’apéro et puis on mangerait un dîner de reines dans la cour intérieure sous la tonnelle, un dîner aux chandelles avec des tartines d’oignon confit et des ravioles à la truffe et tout un enchaînement de petits plats incroyables et du vin de Bordeaux et des alcools forts pour le dessert. Les clients de l’hôtel nous verraient d’un mauvais œil et on aimerait ça, payer pour avoir le droit de se comporter mal sous les yeux des bourgeois et subvertir leurs privilèges en y goûtant goulûment.    On se ferait porter du champagne dans les chambres et on continuerait à s’enivrer et on ferait l’amour avec nos deux gigolos, et on mettrait de la musique, très fort, et peut-être les gens se plaindraient et on s’en foutrait bien qu’ils se plaignent.    Vers cinq heures du matin on abandonnerait les deux types souls et repus sur leur couche, et on se barrerait dans la décapotable rouge, avec les drogues et la Tequila, et on chanterait à tue-tête sur la route avec Jim Morrison, et on se marrerait terriblement juste avant l’aube. On arrêterait la voiture au Point Sublime, à douze bornes du village. On laisserait la musique allumée, le moteur continuerait de tourner et on courrait vers la falaise et tout au bord on goûterait les acides, la coke, le LSD, et on s’écrirait sur la poitrine nos slogans morrisonniens et puis le jour commencerait à poindre et je te prendrais la main et on s’avancerait toutes les deux jusqu’au bord et on regarderait en bas et on serait très heureuses au moment de sauter. Quelques heures plus tard des touristes effarés apercevraient nos corps fracassés sur les rochers. Ce serait le 3 juillet 2007. 

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Claire Legendre et Jérôme Bonnetto - Photobiographies

medium_Photobiographies.jpgParu aux éditions Hors Commerce,, 83 rue de Reuilly, 75012 Paris, ce livre est un livre amoureux.

Que dit la 4ème de couverture ? 

"Claire et Jérôme se rencontrent autour de l'an 2000. Elle est écrivain... lui aussi. Mais Jérôme dissimule dans sa poche un compagnon gênant, témoin de toutes les histoires : son appareil photo. Et Claire se méfie beaucoup des appareils photos.Celui-ci est d'autant plus redoutable que, minuscule, il se dissimule partout, dans les chambres d'hôtel, les salles de bains, les trains, les cafés. Au fil des jours et des images, l'espion va s'immiscer dans le couple, subrepticement et tendrement, jusqu'à amadouer les soupçons, et apprivoiser ta récalcitrante. Elle finira même par s'en emparer, le déclencher à son tour. Il deviendra alors la métaphore du lien amoureux qui unit le photographe et son modèle. Les images répondent aux textes pour raconter cette histoire, entre fiction et vérité, ces petites histoires du couple qui sont devenues les photobiographies."


04/04/2007

Claude Ber, Promesse à Petit Pops

Poète, auteur dramatique, essayiste, Claude Ber a publié une dizaine d’ouvrages, dont Lieu des Epars, Ed. Gallimard, Sinon Lamedium_151188-208291.jpg Transparence Ed Via Valeriano, La Mort n’est jamais comme, Ed. de l’Amandier Prix International de poésie Ivan Goll, La Prima Donna suivie de l’Auteurdutexte Ed. de l’Amandier ,  Monologue du preneur de son pour sept figures, Ed. Léo Scheer,  Orphée Market, Ed. de l’Amandier, Libres paroles, Ed du Chèvre Feuille Etoilé…Elle participe aussi à des ouvrages collectifs ou en collaboration avec des plasticiens, à de nombreuses revues de poésie ainsi qu’à de multiples lectures et colloques en France et à l’Etranger.
Visitez son site : www.claude-ber.org
 
 
 
 
Promesse à Petit Pops
 
 
Un jour je te ramènerai Petit Popsdans le brouillard de ces collines où tu courais Tu seras libre comme le vent du soir qui rabattait la lumière sur tes yeux et tu auras ces mains étranges difficiles à décrire car elles ne sont ni petites ni maladroites mais un peu de tout cela comme des pattes de chat griffes rentrées dont elles ont la manière à la fois prudente sûre et souple de se poseret tu auras ces mains  posées sur le monde avec confianceTu as tant craint et tremblé Petit Pops avec ces mains ouvertes sur tes genoux, et disant plus ces mains inquiètes et désoeuvrées que toi dans le mutisme de la peur murmurant:- Je ne comprends pas bien, c'est difficile la vie pour moi....avec ces yeux désolés de ne plus savoir Comme tes mots étaient pauvres à ces moments là Petit Pops,  si élimés comme des mots de pauvres gens que furent tes parents et les miens
Toi de la langue imagineuse et des fêtes de l'esprit, comme tu étais pauvre  et sans même la paix du dénuement
Je te ramènerai, Petit Pops, dans l'arrière pays du temps
                                            dans l'abondance de la fête
                                            dans la clarté
Maintenant que je suis sans plus d' illusion sur le pouvoir des mots et que je ne peux même plus me prendre aux leurres de mon époque qui sont aussi le partage d'une danse à plusieurs, maintenant que je suis moi aussi séparée irrémédiablement et que je considère mes propres mains et  mes propres paroles dans la démesure de leur impuissance, maintenant je pourrai
je te promets
Et je saurai employer les mots imposés par le jeu auxquels nous jouions quand tu osais encore jouer
sureau, sang, cirque, paille, piéride, vairon...
Le dernier seulement est difficile comme un regard qui surimpressionnerait ta vue à la mienne
je me souviens bien d'un chien plus loup que chien qui regardait par deux yeux distincts, brun bleu, mi confiant mi sauvage, mais c'est dans une autre histoire que la tienne
Il y avait aussi  tailleur, étain, cambouis et lampadaire
Tu te souviens de ce jeu Petit Pops?
Oublie! Oublie vite! Oublie tout.
La clef du temps est un couteau qui tranche les paupières.
Piéride donc! J'ai collectionné leurs ailes blanches point noir, il y a si longtemps, au pied d'une montagne dont le socle affleurait entre les très hautes herbes parmi les rires et les envolées de papillons minuscules d'un bleu moiré et brillant comme un pigment de ciel sur le rose des oeillets sauvages, papillons précieux que le moindre coup de vent emportait et auprès desquels les grandes reines jaunes à éperons  déployaient des ailes de milans. Près de la source poussaient aussi des sureaux à l'odeur entêtante et des orties que l'oncle cueillait pour la pâtée des poules; la grange sentait le lait et la paille
comme tes cheveux
Tu vois, je respecte le pacte sauf pour l'étain dont la Marroune disait qu'il portait malheur, et le malheur se porte suffisamment bien tout seul sans avoir en plus besoin qu' on le porte
toutes ces années de sang et de cambouis, Petit Pops, passons vite
De tailleur, je n'ai jamais connu que celui qui affichait sur sa ceinture "7 d'un coup" comme s'il s'agissait de géants et non des mouches engluées dans sa tartine de groseilles; déjà je ne retenais que le rouge gourmand des groseilles et le 7 semblable à celui des femmes de Barbe Bleue, des 7 nains et de tous les 7 de l'enfance, y compris ce Seth qui tronçonnait son frère renaissant dans les replis d'un fleuve à pouvoir de jouvence
si ce fleuve existait... tant de boue, Petit Pops, tant de terre et de temps recouvrent ces ruisseaux d'espérance ... et la vie terreuse elle aussi comme au confluent de rivières mortes
Je ne sais pas que faire du mot front. J'ai passé bien des fois ma main sur le tien mais ce mot le dit mal car il n'a pas le son qu'il faut
Les lampadaires ne me parlent pas non plus sauf sous la pluie, quand l'eau brille en épingles si fines dans leur lumière qu'elle paillette la nuit d'un or imputrescible... espérance, Petit Pops, comme une pluie d'été la nuit au coin de cette rue où tu habiteras encore, promis, dans ma mémoire
chez moi, dans des séjours d'emprunt où tu ne serais pas et la tristesse que j'ai de tout cela, ma vie me la jette sur le comptoir enveloppée dans un papier rose de boucherie
Ainsi moi non plus je ne sais pas où j'habite et je te rejoins à ma manière dans le sédiment de la douleur
Pourtant j'avais promis de t'emmener là-bas: martres, renards, lièvres fuyant en rebonds d'allégresse entre les  myrtilles et les bogues de châtaignés par dessus le ruisseaux à truites et l'étang aux anguilles
nous tresserons les fils vénéneux de la rhubarbe et le pollen noir des asters
Oh Petit Pops, un nom d'étoile est déjà dans la graine que tu dispersais par poignées
laissant dans l'incendie du soir un sillage sombre et lumineux
les capillaires des rhubarbes emmêlés entre tes doigts irriguent une vie invisible à odeur de muguet et à bruit de feuilles
Il suffit de la revêtir
pour que l'aube rejoigne le crépuscule, ce soir, ce matin, dans l'éveil d'un jour à naître à travers la mémoire
Maintenant que je suis allée te chercher au bout du silence où les mots n'ont plus cours, bien au delà du langage, dans un lieu si désert que même le désert est luxuriance à côté de ce dénuement, maintenant que j'ai appris à remercier la plus balbutiante des paroles quand elle réaccoste au langage des hommes, je saurai  ramener au fil de nos mots de misère comme un noyé à une corde ce lieu au centre d'une mer de prairies et de sapins noirs où roulent d'autres vagues que celles de la douleur, et si je ne sais pas, si je n'ai pas encore été assez dépouillée pour le faire, toi, Petit Pops, qui sais ce qu' est n'avoir plus rien et moins encore que le rien de ceux qui ont cessé toute souffrance, toi tu sauras.


© Claude BER 

07/01/2007

Guy Freixe : Le Masque dans la pratique théâtrale occidentale : entre Protée et Psyché

medium_guyfreixe3.jpg( Je ne vais pas y aller par quatre chemins pour dire que c'est avec un très grand plaisir que j'accueille mon frère dans ce lieu de partage. Après avoir été comédien au Théâtre du soleil- cycle Shakespeare et L'histoire inachevée de Norodom Sihanouk) , il fondera la compagnie qu'il dirige toujours aujourd'hui Le théâtre du frêne - Pour en savoir plus sur son parcours et le passé et les projets de sa compagnie voir notre lien - Il enseigne aujourd'hui dans la section Théâtre de l'université d'Amiens.)
 
 
 
 
Le masque peut jouer de sa capacité de métamorphose, qui le projette de forme en forme à la manière du dieu grec Protée  , mais aussi d’une force inverse, menant vers l’intériorité, et qui le rapproche de Psyché, dont le nom, en grec, signifie l’âme  . L’Occident, marqué par les fondements de sa culture chrétienne, dans laquelle le masque n’est qu’un leurre, a privilégié au théâtre cette voie de Protée : le masque ne cherche pas alors à donner accès à une connaissance, il est tout entier dans le choc visuel et dans la projection d’image. Il doit surprendre, dérouter, étonner. Ce masque-là ne vient pas agir sur le porteur. L’acteur le revêt simplement pour impressionner les spectateurs. L’effet seul est recherché. Ce type de masque est souvent utilisé pour représenter ce qui est hors de la sphère humaine : les esprits démoniaques ou les animaux, comme Bob Wilson l’a fait dernièrement dans sa mise en scène des Fables de La Fontaine. Il peut aussi proposer des images merveilleuses, poétiques, qui s’inscrivent dans notre tradition du baroque, comme par exemple un visage dédoublé, ou surdimensionné, ou démultiplié à la manière de ces jeux de société dont nous parle Saint-Simon dans ses Mémoires  . Protée invente sans cesse de nouvelles formes !

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09/12/2006

Daniel Mohen - La pratique du jardinier et la créativité artistique

medium_arbre_2.2.jpgC’est en fréquentant les jardins potagers de l’arrière pays niçois, peu après mon installation dans la région, que j’ai découvert un monde étrange, révélant peu à peu des pratiques étonnantes liées essentiellement à la culture des légumes et des fruits.        

A Lucéram, en plein hiver, mon regard avait tout d’abord été alerté par des chiffons multicolores suspendus aux arbres : de vieux vêtements qui n’avaient pas été accrochés là par hasard…Puis j’avais trouvé de véritables tissages fabriqués avec des bouts de ficelle, des filets, des morceaux de fil de fer, des vieux sacs en plastique. Peu à peu j’ai découvert un monde où l’imaginaire et les techniques de culture faisaient bon ménage.        

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j'ai trouvé, dans ces jardins, un écho à certaines de mes préoccupations plastiques, un climat de créativité qui m’a séduit. J’y ai découvert les indices d’une pratique riche, débordante, spontanée, liée à deux notions-clef dans l’art contemporain : la récupération et la réutilisation. La récupération, en effet, est une des activités première du jardinier : matériaux divers, objets, ustensiles, récipients, glanés à droite et à gauche, rangés, stockés avec le plus grand soin, à l’abris. La réutilisation montre l’ingéniosité, la

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rationalité, l’organisation du travail, mais aussi l’astuce, et même l’humour du maître des lieux.        

Depuis quelques années, j’ai gardé des photos, témoins de mes découvertes et de mes réflexions. Je propose ici quelques feuillets de ce carnet de notes.

© Daniel Mohen

24/11/2006

Dominique Sorrente - Hypothèses du feu (extrait de Mandala des jours - à paraître)

 medium_sorrente.GIF.gif

Dominique Sorrente est né en 1953 à Nevers. Enfance vécue sous le signe d'une double influence, arrière-pays celtique et présent méditerranéen. 
Il vit aujourd'hui à Marseille. Il

écrit depuis l'âge de 16 ans, époque où il se lie d'amitié avec le poète Christian Guez-Ricord (1948-1988). 
Il participera à la vie de la revue SUD jusqu’ en 1998. 
Il a fondé et anime aujourd’hui l’ association de poésie Le Scriptorium.

Ses principales publications
se trouvent dans la collection verte de Cheyne Editeur.:
La Lampe Allumée sur Patmos (1982)
La Combe Obscure (1985)
Les Voix de Neige (1988, Prix Louis Guillaume 1988)
Petite Suite des Heures (1991, Prix Antonin Artaud 1992)
Une Seule Phrase pour Salzbourg (1994)
La Terre Accoisée (1998) 
Le Petit Livre de Qo (2001)

 

 

 

Fougères d’amnésie. Se souvenir est comme un bruit de porte. L’ancien monde du bois.

                     *

Air disséminé, toujours en lisière de ce qui candidate au langage. Tout un monde autour de la peau, muet encore.

                       *


Aléatoires, les fuites du temps. Où nous passons sans retenir, cela crépite.

                       *


Dire qu’il suffit d’un oiseau de feu pour réfuter l’épaisseur sans horizon des choses.

 

 *

On donne des mots en pâture au maître intérieur qui les broie peut-être ou les ingurgite. Quand on les récupère, ils ont un drôle d’air d’introuvables.                       

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15/11/2006

Marcel Migozzi - Vers les fermes, ça fume encore (Extraits)

À Jean-Loup Trassard

1


J'aurais d'une passion très lente aimé garder les vaches ( en chemins creux
et près en douce qui s'en vont courber la terre verte ) aimé
pour ne pas oublier l'odeur surtout des grosses à lait cru
déchets sacrés et encollés poils
de déesses.

Et le purin comme un étang
avec son job des profondeurs :
amant délivré des matières.

2


Un soir d'hiver ça fume à l'ombre
d'une brouette paillée.
Etable d'or et de fumier pour les oiseaux.
Et l'écriture mieux respire
à des poèmes qui survivent à l'enfance.

3


Dans les feuillées, un ange
passe et s'accroupit,
comme autrefois à la vidange dans les herbes,
( puits perdu, fosse ) on s'abandonne.

Viennent les délivrances, odeurs
des restes à soupirs.


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13/11/2006

Turbulence 6- Bernard Noël : Le permis de chasse

   ( Je relaie ce texte de Bernard Noël parce que je partage avec lui ce désespoir des poings fermés dans les poches crevées qui continuent à s'en aller sous le ciel vide pour crier "non devant..., ni de... mais crier à la mort"- Ainsi parlait Deleuze de Bacon - et que j'entends sous ses mots sonner, au plus haut de leur moment, ce couple de "la force sensible du cri et (de) la force insensible de ce qui fait crier" )medium_noel1.jpg
 
 
 
 
Imaginez que depuis l’au-delà de votre mort, vous regardiez votre assassin. Il s’avance vers vous, l’air arrogant et satisfait, puis lâche ces mots dans votre direction -    Excusez-moi, je vous ai tué par erreur !En vérité, il vous a tué du premier coup, mais comme il ne vous trouvait pas assez mort, il vous a mortellement frappé encore onze fois. Vous aviez beau être mort avec obstination, cela ne lui suffisait pas pour la raison qu’il désirait, à travers vous, exterminer tous vos semblables.    Il est dommage pour les bourreaux que leur victimes ne meurent qu’une seule fois : ils les tueraient de mieux en mieux tant qu’ils les ont sous la main. A défaut de ce raffinement, les bourreaux trouvent leur plaisir dans la récidive et dans la quantité. Ainsi, depuis qu’il est privé de son abattoir libanais, Monsieur Ehoud Olmert assassine chaque jour quelques palestiniens. En fait, cet exercice de chasse à l’homme est un sport qu’Israël pratique depuis longtemps, mais Monsieur Olmert l’a renouvelé en rendant son permis continu. Et il doit se proposer de faire mieux puisqu’il vient de nommer vice-premier ministre un certain Avigdor Lieberman, qui souhaite nettoyer la Palestine de tous les Arabes.    Pas de jours, depuis trois mois, sans que des femmes et des enfants palestiniens ne figurent au tableau de chasse, mais les hommes y sont assez rares. C’est qu’en Palestine, l’homme est moins commun que l’activiste, lequel de toute évidence n’a rien d’humain et doit être abattu. Qu’est-ce en effet qu’un « activiste » ? C’est un résistant qui n’accepte pas d’être occupé, d’être humilié, d’être affamé. Il a tort bien sûr de se révolter contre la condition que veulent pour lui des Elus à tous égards ses supérieurs.    Et puis, qu’on le sache une fois pour toutes, un mort est responsable de sa mort : tout autre point de vue est bêtise et superstition. La chose est d’ailleurs si évidente que pas un gouvernement occidental ne condamne le sport israélien ni son garde-chasse en chef. Après tout, le monde est accablé de misérables et en supprimer quelques-uns ne peut que le soulager. De plus, cette suppression exige l’expérimentation d’armes nouvelles, qui seront bénéfiques au marché du travail, tout comme de méthodes nouvelles de surveillance et de démoralisation.     Les opprimés sont coupables de l’être. La preuve : tous les media occidentaux parlent du chaos palestinien, de la guerre civile entre factions politiques rivales, d’une corruption endémique. Ils avaient reconnu que le Hamas accédait au pouvoir d’une manière très démocratique, mais un même mot d’ordre leur fait dire que le Hamas fait le malheur du peuple qui a voté pour lui. Pourquoi ? Parce qu’il est incapable de payer ses fonctionnaires et d’assurer le pain quotidien.     Pas un de ces media n’explique que si le gouvernement palestinien n’a plus un sou, c’est d’abord parce qu’Israël ne lui reverse pas sa part des droits de douane (plus de cinq cent millions de dollars lui sont dus) et tous trouvent normal que nos grandes démocraties aient suspendu leur aide en décrétant que la victoire démocratique du Hamas était intolérable. Il faudra bien qu’un jour ce peuple, qui parasite son propre territoire, comprenne qu’il est de trop chez lui et que l’esclavage est plus désirable que la résistance.    A moins qu’Israël ne préfère disposer d’une réserve dont il contrôle absolument les clôtures et qui, en connivence avec son Grand Allié, lui sert à sélectionner les diverses variétés de gibier humain, de la forte tête dont on fait des cibles, au pauvre indic qu’on achète pas cher. Où trouver un meilleur endroit pour entraîner les troupes au mépris de l’adversaire et des droits de l’homme ? Avouez qu’après soixante ans d’exodes, de camps et de tueries, si les Palestiniens s’entêtent à prétendre qu’ils sont les seuls habitants légitimes de leur pays, c’est qu’Israël entretient chez eux cette illusion afin d’exciter parmi ses citoyens une volonté de domination qui cimente leur unité. L’Arabe de Palestine est un épouvantail pratique pour maintenir Israël sur pied de guerre : sa chasse fournit un entraînement peu coûteux et sans grand danger.    Il n’y a pas une grande différence entre un bon chasseur et un bon tueur, sauf que le premier est muni d’un permis qui légalise ses actes tandis que le second peut toujours être désavoué par ceux-là même qui l’incitent à tuer. Il serait dans l’intérêt d’Israël, dont l’économie souffre de ses dépenses guerrières, d’organiser des battues d’activistes avec dégâts collatéraux mis secrètement aux enchères. Cela pourrait lui rapporter gros, le monde ne manquant pas de Républicains et d’Evangélistes prêts à payer fort cher pour avoir le permis de chasser au nom du Bien.     

03/11/2006

Hans Freibach - Du verrou à la clé

( Il se trouve que je connais bien Hans Freibach. Pas plus tard que l'autre jour, je disais à mon ami Barnaud combien il se faisait rare ces temps-ci. C'est alors qu'enseveli en quelques recherches internautiques, je suis tombé sur ce texte. Je le reprends tel quel non sans ajouter qu'il est paru en 1990 dans le N° 23/24 de la revue La Sape que dirigeait Maurice Bourg secondé de près par Antoinette Jaume)



"Lorsque nous parlerons avec la voix du rossignol"
Philippe Jaccottet

    


 
Parlons clair : poser la question du lieu, c'est, par-delà l'histoire individuelle et les aléas du sentimentalisme qui nous poussent à choisir tel lieu de vie plutôt que tel autre, poser la question de notre habitation dans le monde. Ainsi l'attachement au lieu apparaît d'une nature essentielle à l'être humain; c'est-à-dire ontologique. La pensée des lieux, qui n'est pas, Jaccottet le rappelait, "simple rêverie de poète rustique, de déserteur", est liée à la question de l'être. Un lieu est ce moment du monde où, soudain, sont révélées à la conscience non seulement une présence des êtres et des choses du monde mais aussi et surtout une apparition de quelque chose de radicalement autre, qui tout en dépassant infiniment ces êtres et ces choses, se donne comme la condition de leur présence même.
J'aime qu'ici, à La Sape dont le numéro 18 traçait les perspectives au cœur même d'un libre entretien entre les membres qui firent son histoire, on ait toujours su reconnaître que c'est cette présence autre que la poésie a toujours tenté de signifier, celle pour laquelle le poème cherche à être un abri. Abri précaire, il est vrai, jamais définitif, abri ouvert à ce qui le dépasse.
Poser la question du lieu, c'est aussi prendre la mesure de nos jours, de ces jours où l'homme des sociétés industrielles, encombré de savoirs et de machines, obsédé par des soucis de rentabilité et d'efficacité technique n'a plus qu'un rapport lointain et médiatisé avec la terre.
Poser la question du lieu, c'est aussi bien inviter la poésie à rouvrir les chemins de la terre, puisque son propos ne saurait être ni de s'armer pour la croisade, ni de s'ériger en donneuse de leçons; peut-être même sa raison d'être est-elle plus simple, plus humble, mais aussi plus essentielle, irréductible; peut-être, oui, est-elle de témoigner pour un lieu encore possible, pour une authentique habitation. Or n'est-il pas vrai qu'il n'y a de vraie demeure qu'ouverte à la communauté des hommes, là où un devenir commun est offert; qu'il n'y a de lieu que de partage et d'amour ?
Poser la question du lieu, c'est se demander si le poème peut être cette clef, en quoi Char voyait sa "demeure", et si ce n'est pas dans le poème que se réalise aujourd'hui la vocation par excellence du lieu : nous ouvrir à la présence du monde et des autres dans ce monde ?
 


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