Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/07/2011

Georges Cathalo - Au carrefour des errances

 P1000563-1.JPG( Georges Cathalo est né en 1947 à Albi et vit dans la campagne lauragaise, près de Toulouse. Il a publié une vingtaine de plaquettes de poésie depuis « Salves » qui avait obtenu le Prix Voronca en 1979. Il fait paraître régulièrement des notes de lecture et des articles dans de nombreuses revues. Parmi les publications poétiques les plus récentes, on peut citer : « Des mots plein les poches » (Milan éd., 2002), « Noms communs » (Gros Textes éd., 2004), « Quotidiennes pour oublier » (La Porte éd., 2006), « L’Echappée » (Encres Vives éd., 2006), « Quotidiennes pour dire » (La Porte éd., 2007), « A l’envers des nuages » (Encres Vives éd., 2009), « Noms communs, deuxième vague » (Gros Textes éd., 2010), « Au carrefour des errances » (Airelles éd., 2011) et « Quotidiennes pour écrire » (La Porte éd., 2011).)


*

Georges Cathalo vient de publier Au carrefour des errances (RL éd. Airelles, 4 euros, 2011). De ce volume, j'extrais le poème Résilience qu'il nous a permis de mettre en ligne.

Résilience

 

à Philippe-Marie Bernadou

 

 

 

Quand le malheur frappe

de la mémoire surgissent alors

Le premier lilas d’avril

La saveur d’une pêche

Le souvenir d’un regard croisé

 

 

Remontent du fonds du puits

Une odeur de livre neuf

Une date qu’on croyait oubliée

Une chimère vagabonde

 

 

Et puis surtout la petite clé

Celle qui ouvre

Les voyages impossibles.

 

 

 

 

20/06/2011

Claude Vercey - Ode au président S

Poésie, Claude Vercey, revue Décharge( Claude VERCEy est né en 1943 à Dijon.

 Après quelques années d'enseignement, administre de 1974 à 1984 le Théâtre de Saône-et-Loire, où il est pleinement associé à la vie théâtrale (comédien, assistant metteur en scène, dramaturge) et écrit une dizaine de pièces.

 Crée en 1984 un poste de permanent dans l'association de poésie du collectif Impulsions (Chalon-sur-Saône). De la poésie il fait ainsi pendant plus de vingt-cinq ans son métier, œuvrant à la défense et illustration de la poésie contemporaine à travers lectures ou spectacles, en Bourgogne et dans toute la France. Conseiller artistique pour le Festival Temps de Paroles (Dijon).

 Appartient au comité de rédaction de la revue Décharge. Responsable de la collection Polder. Chronique sur internet : les I.D sur www.dechargelarevue.com .

 Dernier livre publié : Mes escaliers, Le Carnet du dessert de lune éd.)

 

*

 

A l'École Nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, l'artiste chinoise Siu-Lan Ko a été censurée pour une installation jugée provocatrice à l'encontre du Président S, installation qui a été retirée avant l'ouverture de l'exposition. L'œuvre avait été mise en place sur le façade, et était composée de quatre banderoles géantes,  chacune portant un des mots suivants : travailler, gagner, plus, moins.

(Selon Libération du 12 février 2010)

 

Une jurisprudence semble donc s'établir selon laquelle un mot ou une expression utilisés par le président (pov' con par exemple) doit être à la suite retiré du langage courant ou n'être utilisé qu'après autorisation préalable. Nous laisserons-nous ainsi confisquer des mots qui nous appartiennent ?

 

 

Ode au président S.

 

 

Je travaille moins

car je ne travaille plus

mais je gagne un peu

un peu chaque mois je gagne un peu

un peu un peu moins chaque mois.

Alors je travaille un peu

de loin en loin

pour gagner un peu

un peu plus que le peu que je gagne.

Et en effet miracle

plus je travaille plus je gagne, oui.

 

 

 

*

 

 

Travailler pour gagner sa vie

plus ou moins

 

Traverser la vie tout en travaillant

Gagner sa vie en travaillant

 

Ne pas perdre sa vie à travailler

Travailler moins pour travailler mieux

 

Travailler plus aujourd'hui pour

ne plus travailler demain

 

ou travailler moins

au moins

 

Pour ce qu'on gagne autant ne pas

se tuer au travail

 

travailler plus ou moins pour

s'en sortir

 

Mais qui vous travaille

qu'est-ce qui vous gagne ?

 

Être travaillé par le travail

être gagné par la gagne

 

Travailler plus

pour plus ou moins gagner plus, vous raillez ?

 

Ne déraillez-vous pas  un peu

plus ou moins ?

 

 

*

 

 

A travailler plus on

gagne plus et

 

qu'est-ce qu'on gagne ?

Qu'est-ce qu'en plus on gagne quand on gagne ?

 

Et quand on gagne ce qu'on gagne

qu'est-ce qu'au final on a gagné ?

 

La considération d'une foule émue,

celle de son patron, les embrassades de ses

 

collègues, ou gagne-t-on

la sortie ? La berge opposée ?

 

La vie ? A-t-on gagné sa vie au moins

ou aurait-on gagné du temps ?

 

Et qu'est-ce qui te travaille là

tout d'un coup puisque tu as gagné ?

 

 

*

 

 

Ceux qui travaillent plus

et ceux qui gagnent plus

 

sont-ce les mêmes ?

 

Ceux qui travaillent encore plus

et ceux qui gagnent toujours plus

 

sont-ce les mêmes

comme il était indiqué dans la notice ?

 

Un soupçon plus ou moins

me gagne

 

me travaille

plus ou moins.

 

 

*

 

Ce qu'on gagne

à travailler plus

 

c'est

 

ce qui se goûte à plein

dans les moments où on ne travaille pas

 

 

*

 

Travailler moins

pour goûter davantage

 

De temps en temps s'y mettre

selon l'humeur et le temps

 

partager la tâche

assurer sa partie

 

travailler juste

juste ce qu'il faut

 

Travailler en douce

Aller piano aller son train

 

Ne pas travailler

 

Ne pas gagner gros gagner son pain

travailler à mi-temps pour casser la croute

 

Bosser pour le plaisir

travailler selon ses moyens son âge

 

ses besoins prendre congés

donner de son temps

 

prendre son temps

battre le fer pendant qu'il est chaud

 

et  le dimanche s'en aller tranquillou

rouler sa bosse à la campagne

 

s'en foutre

toujours plus ou moins

 

et de plus en plus

joyeusement reprendre la main

 

                        Claude Vercey

 

Dernière minute : Sur intervention du ministre de la culture, les Quatre mots incriminés ont été rendus à la liberté, et l'œuvre de  Siu-Lan Ko réinstallée sur la façade de l'Ecole des Beaux-Arts.

 

 

 

 

 

 

 

 

10/04/2011

Une nouvelle revue - Phoenix

 

revue de poésie,phoenix,marseillerevue de poésie,phoenix,marseille                                                                                                                               Coordonnées: 4, rue Fénelon 13006 Marseille. Tel: 0491313931

revuephoenix1@yahoo.fr

 

 

Colette Nys-Mazure - à propos d'Andrée Chédid

( Colette Nys-Mazure Écrivain et poète, a notamment publié Célébration du quotidien, Singulières et LibramontColettephoto.JPGplurielles (DDB) et La chair du poème, petite introduction à la vie poétique (Albin Michel). Elle vient de publier L'eau à la bouche (DDB) livre qui propose une flânerie entre quelques poètes de son anthologie.

On lira ci-après le texte qu'elle a écrit le 22 février 2011 en hommage à Andrée Chédid.)

 

 Une femme de notre temps : Andrée Chedid 1920-2011


Il y a 36 ans - en 1975 -  à la suite de Frans Hellens, Anne Hébert, Jean Starobinski…, André Chedid a reçu, de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, le Grand Prix de Littérature hors de France pour l’ensemble de son œuvre. C’est dire que la Belgique n’a pas tardé à reconnaître sa qualité exceptionnelle. Son Contre-chant a mis très tôt l'accent sur l'impulsion profonde, la modestie souveraine du propos universel: Le Je de la poésie est à tous/ Le Moi de la poésie est à plusieurs/ Le Tu de la poésie et au pluriel.

L’émission de la série  Ecrivains du XX siècle que lui a été consacrée Bernard Rapp est à l'image de la femme. Elle commence dans une classe de lycée où elle répond avec bonté et intelligence aux questions des étudiants qui l'ont invitée : beau reflet de sa disponibilité dont j'ai pu vérifier la permanence.On la voit comme passerelle entre les jeunes, qu'ils soient comédien (Bernard Giraudeau) ou chanteurs (son fils Louis et son petits fils M). On la voit femme multiple en poésie, au cinéma, en théâtre, en chanson, en romans. On y retrouve la femme née en 1920 et formée entre Nil et Seine, entre Le Caire et Paris.

Elevée dans l'aisance, Andrée Chedid est sensible à toutes les détresses. En témoigne cet aveu enregistré par Jacques Izoard, dont l’excellent numéro 232 de Poètes d'Aujourd'hui paru en 1977 chez Seghers devrait être remis à jour : Une grande maison au bord du Nil. Un frère un peu plus jeune. Des réceptions, des bals, le soir. Couchés sur une sorte de balcon circulaire troué au centre, nous regardons, mon frère et moi, ce monde clinquant, à la fois féerique et factice. D'autre part, la vie des rues frappe d'autant plus avec ses îlots de misère, avec ses mendiants sur les trottoirs, criante et bouleversante présence : un homme sans bras, un enfant-tronc, une vieille dans ses "robes-enveloppes". Les contrastes font mal. (Izoard p.20-21).

 Andrée Chedid n'a jamais été infidèle à la vision d'enfance: Un soir, dans le jardin, il pleuvait. Je prononçai comme un serment de fidélité à l'enfance. Le monde adulte paraît faux, masqué, plein d'intrigues. On ne veut pas entrer dans la danse. Il sera, il reste toujours difficile de prendre son visage d'adulte; on voudrait sas cesse se délivrer des mailles qui enserrent et rétrécissent les champs du coeur neuf.( id p.21

Comme Van Lerberghe, Supervielle ou  Saint-John Perse, c'est un poète de la célébration mais dont le lyrisme omniprésent, avec le temps et le travail, s'épure et s'allège sans jamais se dessécher. Elle affirme que, malgré le Cérémonial de la violence le monde est  beau et que chaque visage nous est proche. Elle nomme pour le plaisir de nommer, elle invite à la fête grave et mesurée comme aux fantaisies et aux lubies, aux jeux de langage; sans jamais sombrer dans l'anecdote mais "en l'élevant au niveau de la fable"  ainsi que l'observe justement Izoard. Sa poésie  privilégie aussi bien l'insolite que le familier, On aborde des terres inconnues dont on pressentait l'air et le sel écrit-elle dans Visage premier.

Avec Héraclite d'Ephèse, elle croit que Sans l'espérance nous ne rencontrerons jamais l'inespéré. Dans la pulpe du coeur,/On ficha/ L'espérance. écrit-elle. Aux ténèbres, elle oppose la lumière sans faire l'économie de vide qui l'assaille à certaines heures: Je m'accouple au vide : /Plus de fond à mon être,/Les heures me traversent,/ L'âme est un cercle gelé. Avec réalisme et une conviction qu'elle a répétée à Bernard Rapp, elle observe Nous ne pouvons bâtir / Qu'adossés à la mort

La maternité a joué un rôle important :  mise au monde analogue à celle du poème ainsi qu’en témoigne Prendre corps, cette étonnante suite publiée par Guy Levis Mano et reprise ensuite dans l'ensemble intitulé Cavernes et soleils Elle, qui excelle dans le poème bref, lapidaire ou ciselé, peut aussi prendre souffle pour soutenir un poème long et rythmé .

 Elle a réfléchi à la poésie en tant que telle, avec une lucidité aiguë et sans complaisance narcissique; ainsi dans Poésie I (Visage premier de 1972)

Poésie

Tu nous mènes

vers la substance du monde

 

Lacérant en poèmes

le bandeau des mots

 

Rompant le cartilage

Dénonçant leurs lézardes

 

Questionnant la clairière

Cernant tout le brasier.

Andrée Chedid, comme Jean Cocteau, est poète à plein temps ; qu'elle s'exprime par d'autres genres littéraires ou s'en tiennent à la poésie répertoriée comme telle. A propos du théâtre, elle a souligné pour Bernard Rapp l'influence d'un professeur de l'Ecole Américaine du Caire qui l'avait projetée sur scène, lui donnant à découvrir ce langage direct . J’ai monté avec mes étudiants sa Bérénice d'Egypte et j’ai pu vérifier l’efficacité de son écriture dramatique.

Passant à la prose, elle, qui ne se croyait pas capable de dépasser  la longueur d'une nouvelle, d'un conte,  est venue au roman. Dans une suite d'aphorismes intitulée Terre et poésie in Visage premier en 1972 elle dit magnifiquement : « Le roman prend corps pour ensuite se vêtir. Prenant âme, la poésie demeure nue « . Ses textes sont proches du scénario de cinéma puisque le cinéaste égyptien Chahine a filmé Le sixième jour et Bernard Giraudeau l'Autre.

Avec ce même Giraudeau qui l’a précédée sur l’autre rive, elle avait publié dans la » Bibliothèque des voix » chez Antoinette Foulque Textes pour un poème Poèmes pour un texte. Je l’ai sous les yeux et dans l’oreille . S’y marient leurs deux voix qui n’en finiront pas de résonner dans notre mémoire.


Yves Ughes a lu L'internationale du rythme, ouvrage consacré à Serge Pey

Serge Pey, poésie, Yves Ughes Il est des notes impossibles à écrire et que l’on doit faire pourtant, impérativement, car les textes éblouissent.

Mais comment dire l’éblouissement ?

Le livre consacré à Serge Pey et l’internationale du rythme donne le tournis ;  scandé, lancinant, fulgurant, jouant sur des accélérations et des instants de calme approfondissement il se bâtit à l’image de celui qui donne la parole aux bâtons, qui hâte la venue de la pluie et fait surgir le soleil. Une pluie de comètes dans la nuit des temps. Que le titre souligne.

L’Atelier des Brisants nous donne ici une leçon de vie, l’ouvrage fait cinq cents pages, et c’est de vitalité poétique qu’il s’agit.

Quelque soixante-quatre contributions s’appellent et se répondent pour laisser une trace lumineuse dans le ciel. A chacun de la lire, comme fulgurance. Car Serge Pey appelle d’emblée une réaction-manifeste : pas de statue pour le poète.

Tout chroniqueur ne peut qu’être confondu par la beauté des titres suscités par l’homme che impugnava un bastone…et qui se livre avec force –lo sforzo fisico- dans la mise en corps de la poésie. Tous les articles convergent pour dire ce claquement d’homme qui déchire le silence compassé du monde établi. Comment dès lors en privilégier certains et en taire d’autres ?

La note est décidément impossible.

Sauf, à prendre les grandes étapes du recueil et à procéder en descente, en spirale vers les horizons ouverts.

Esquisses et portraits de Serge Pey. Halte 1. Fraternité. Halte II. Théorie du poème. Halte III. Le guerrier du sens : éthique et politique du poème. Halte IV. La parole des bâtons. Halte V. Poésie d’action ou « mise en rite du rythme ». Halte VI.

Chacune de ces scansions est ponctuée par des textes de Serge Pey. Deux incursions permettent d’entrer dans le livre et de suivre les rayons d’un soleil qui bascule du XX au XXIème siècle dans une pulsation déclenchée, dans une transe radieuse.

Il faut lire « la porte et la table » comme un mode d’entrée dans ce monde. Parfois en ce temps-là, les animaux remplaçaient les hommes pour crier. Prend corps ici un monde de Gardes civils, de mue de serpent, de grève, mais aussi de raisin et de couteau. Plus d’invités que prévu ? Qu’importe, la porte verticale –faite à grand peine et avec grand soin-  va devenir table horizontale, lieu d’accueil. De l’événement intensément vécu, du partage fraternel et militant mis en place autour des plats, naît un mode de poésie :

Ce trou dans la maison, durant toute une journée, est resté en moi comme la preuve d’un avenir qui accouche.

Pour manger ce que nous avions à dire ou pour écouter l’inconnu, il faut savoir ouvrir le monde.

Ce n’est pas  les mots ni les choses qui firent de moi un homme, mais les trous.

On n’écrit pas de la poésie, on vit en poésie.

Et il faut entendre la gueulante poussée par Serge contre la dispersion quand « les avida-dollars   et les roteurs d’euros se sont donnés rendez-vous à Drouot pour la vente de l’invendable ». Il s’agit bien sûr des objets agencés par André Breton en poème. Vendre ces objets qui sont les mots d’un Grand-Œuvre participe du génocide de la poésie.

Poème de bâton brandi, animé par la rage de traverser ce monde prédateur, qui accumule ses richesses pour se gaver de certitudes, ce monde toujours prompt à dynamiter toute parole qui le dérange.

Sur la tombe de l’amour fou, il ne nous reste que  nos poèmes pour faire basculer le monde du côté de la plus haute clairvoyance.

 Ce qu’il faut d’humanité pour entrer dans la scansion du monde, ce qu’il faut de puissance pour entrer dans le rythme de la fraternité…tout dans cette approche du poète donne à l’entendre. Et le CD accompagnant le livre donne de la vie, de la voie à la richesse des mots qui constituent cet ensemble fertile.

Puisse une note impossible appeler à ce partage.

 

Serge Pey, L’Internationale du rythme, Sous la direction d’Andréas Pfersmann

L’Atelier des Brisants. DUMERCHEZ, 35 €uros.

 

02/03/2011

Raphaël Monticelli - L'écriture en bribes, livres d'artiste, oeuvres croisées & autres bricoles

40 ans que Raphaël Monticelli creuse son regard sur l’art et la littérature.monticelli raphaël,livres d'artiste,poésie,littérature

40 ans qu’il traque l’origine du sens dans cette mise en objet – physique et symbolique – de notre présence au monde.

40 ans d’amitiés – on ne saurait toutes les citer ! – de Marcel Alocco aux éditions de l’Amourier en passant par Martin Miguel, Max Charvolen, Henri Maccheroni et les écrivains : Michel Butor, Martin Winckler, Jean-Marie Barnaud…

40 ans que cette amitié – cet autre nom que je donne à la création quand elle se pense comme question ! – d’une part, interagit avec son travail spécifique d’écrivain – On sait que Raphaël Monticelli est l’homme des « bribes » ( 4 tomes des Bribes tirées de la mort de Dom Juan sont parues à ce jour aux éditions de l’Amourier), ces restes d’une expérience du monde, des êtres et des œuvres tels qu’ils se mêlent dans l’histoire, expérience vouée à l’éclatement et à la dispersion et qu’il s’efforce de recueillir en mendiant errant à la poursuite de quelque issue – et d’autre part, a pris la forme de livres particuliers qui naissent de la rencontre entre un artiste et un écrivain que l’on désigne aujourd’hui sous l’expression peu claire de « livre d’artiste ». Ce sont eux qui vont être montrés du 2 mars au 8 mai 2011 à la Bibliothèque à Vocation Régionale Louis Nucera de Nice (Vernissage le 3 mars à 11h). Plus d’une centaine de livres d’artiste et d’œuvres croisées à quoi Raphaël Monticelli n’hésite pas à rajouter le terme de « bricoles ». Oui, « bricoles », ces livres improbables, nés de l’intimité, du croisement des recherches d’un artiste d’un artiste et d’un poète, de la volonté de donner à ces croisements un lieu spécifique d’expression qui ne soit plus tout à fait un livre ni tout à fait un tableau, une toile ou une gravure. La « bricole » est là dans cet entre deux – Avec parfois en tiers, l’intervention d’un éditeur ! – ni tout à fait ceci, ni tout à fait cela. Allant quelque part, les acteurs du livre d’artiste ne savent pas où ils vont. Ils inventent les routes au sein de ce lieu plastique, sorte d’utopie en acte, présente et agissante, dit parfois Raphaël Monticelli. Le livre,  cet objet tangible, manipulable qui a une forme et des limites, ici se transforme, s’ouvre. De messager d’un ailleurs – cet auteur inconnu -  il devient rôdeur de crêtes, éclaireur de lisières, veilleur aux confins mal assurés.

La randonnée sera belle. De vitrine en vitrine, d’écart en écart, toujours à côté des livres avec Martin Miguel, Max Charvolen, Serge Maccaferri, Henri Maccheroni, marcel Alocco  à ceux avec Leonardo Rosa, Jean-Jacques Laurent, Gérard Serée, Gérard Duchêne en passant par François Goalec, Gilbert Pedinielli, Armand Scholtès, Luc Warneck, Martine Orsoni, Monique Thibaudin, Yves Popet, Valérie Sierra, Anne-Marie Lorin, Max Partezana, Giuseppe Becca, Fernanda Fedi, Eric Massholder, Claudio Casavacca, Giorgio Robustelli, Renato Bonardi, Giacomo Lusso…

On n’oubliera pas les mots de Claude Levi-Strauss : « la poésie du bricolage lui vient aussi et surtout, de ce qu’il ne se borne pas à accomplir ou exécuter ; il raconte (…) le caractère et la vie de son auteur. » Ce sont des vies, des bribes de vie que vous viendrez voir à la BMVR de Nice, si vous passez par là. D’infinis @font-face { font-family: "Cambria"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 10pt; font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman"; }div.Section1 { page: Section1; }paysages – Tiens, le libellé du Printemps des poètes 2011 ! – d’amitié.

 

A cette occasion, la BMVR publie un catalogue dans lequel j'ai publié le texte qui suit:

Je lis les écrits de Raphaël Monticelli comme…

 1)    ceux de quelqu’un qui tente une approche effilochée de la réalité. Toujours à l’écoute de cette polyphonie des voix du monde, de la littérature et de la langue.

2)    ceux de quelqu’un toujours dans le déséquilibre, la rupture tant je le vois, je le sais debout, essayant de tenir les deux bouts entre transmission et création : 2 rives, 2 arches d’un pont…dans le danger d’un effondrement sans cesse remis. Toujours possible !

 

 3)    ceux de quelqu’un toujours en route. Une sorte de Don Quichotte, ce chevalier du désir. L’homme qui disait « el camino es siempre mejor que la posada » tant c’est sur le chemin que se produisent les rencontres essentielles

 

4)    ceux d’un qui aime se laisser dérouter. Par les œuvres en général, celles des artistes en particulier ceux-là dont il aime la fréquentation depuis les années 1970. Et pour qui il écrit et c’est toujours manière de reprendre pied…dans les mots.

 

 5)    Ceux de quelqu’un qui essaye d’intégrer dans la pratique de la littérature les problématiques qu’il partageait dans les années 70 avec ses amis peintres : soit écrire comme on peint quand on pratique le commage/décollage (Charvolen, Miguel) ; écrire comme on tisse quand on pratique le patchwork (Alocco) ; écrire comme on sculpte quand on compose comme Pagès.

 

6)    Ceux d’un crocheteur et donc comme autant de rossignols – Voyez ces rossignols d’un crocheteur ! – oui, ceux d’un voleur. Quelqu’un qui aime à faire chanter les serrures. Sauter les verrous. Qui aime entrer par effraction – voir ses intrusions – là où il n’était pas attendu.

 

 7)    Ceux de quelqu’un qui multiplie les pistes au lieu de les fermer. Quelqu’un qui ouvre les possibles du regard. Qui pratique une écriture d’expansion.

 

8)    Ceux de quelqu’un qui a formé ce projet un peu fou de tenter de rendre par le texte littéraire la complexité de ce que nous vivons et pensons. Ce train qui toujours nous emporte. Dans le quotidien. En quoi il retrouvait ses auteurs de prédilection : son ami, Michel Butor  mais aussi Joyce, Simon, Pound et Proust bien sûr…

 

9)    Ceux de quelqu’un dont on sent battre l’inquiétude sous les pages. Celle d’une insatisfaction comme si le compte n’était jamais bon – et il ne l’est jamais, on le sait ! – toujours il y a de l’inassimilable, du réel. Mais quelqu’un qui sait que c’est avec ça qu’il lui faut vivre. Et donner ce qu’on peut donner.

 

 10)  Ceux de quelqu’un qui joue là sa vie – la bribe plus qu’un nouveau genre littéraire ( ce qu’elle pourrait être) est un mode d’existence – et ce sur le mode mineur du mendiant. Il y a un héroïsme de l’humilité chez RM.

 

11) Ceux de quelqu’un qui pousse l’humilité jusqu’à dire que s’il écrit de Bribes c’est pour personne. Surtout pas pour que ses amis écrivains et/ou peintres lui disent en retour que c’est bien, et ceci et cela mais « pour comprendre et aimer ce qu’écrivent ou peignent des gens comme eux ». RM est un homme de la praxis. Quelqu’un qui a besoin de passer par la pratique pour assimiler la théorie.

 

 12)  Ceux de quelqu’un qui entend ne se couper jamais de la communauté des hommes. Même si en apparence le risque est celui d’une certaine illisibilité, celle d’une parole vive contre la parole morte qui dévide la clarté morne et hébétée de son évidence et dont on bout du compte on finit par se dire : « Ah ! ce n’était que ça… ! »

 

13)  ceux de quelqu’un qui embrouille, s’empègue moins par perversité que parce que c’est là notre position d’être parlé/parlant, d’êtres jetés dans la langue et le sens, à partir d’une blessure première, cela autour de quoi nous tournons moins pour la cacher ou la suturer que pour la tisser autrement. Toujours autrement !

 

 14) Ceux de quelqu’un qui pratique une écriture de la Reversion, soit le fait de tirer la vie de la mort et donner par là présence à l’absence

 

15)  Ceux d’un ami fauteur de troubles et fauteur d’échanges. Un passeur généreux.

 

 16) Ceux de quelqu’un avec qui je partage l’essentiel. Et c’est une Dame. RM et moi l’appelons Madame !

 

+1

 

Ceux de quelqu’un d’empêché. Quelqu’un qui aurait aimé être romancier mais qui n’a pas pu. « Les bribes sont un impossible roman. »

Quelqu’un qui a toutes les qualités pour l’être mais quelqu’un dont l’expérience de vie passera dans la pratique littéraire. Or celle-ci implique l’abandon de l’hypothèse de Dieu, le passage de jeune catholique au matérialiste d’âge mûr. Et rejeter la fiction de Dieu, c’était rejeter toute fiction. Tout récit supposant un être tel que Dieu comme garant de la continuité, de la chronologie, donc du sens.

La pratique du roman n’est possible que si on croit – consciemment ou non – en la fiction d’un Dieu, que si l’on se met face à la fiction comme Dieu face au monde.

Où trouver un référent en l’absence de Dieu sinon dans la langue aussi sacrée que le monde qu’elle figure ?

La langue comme métaphore du monde. Lieu du symbolique « cerveau hors de nous, dans lequel nous naissons, vivons, sans cesse ».

Travailler la langue, c’est nous travailler nous-mêmes et le monde.

 

 

10/02/2011

In memoriam Andrée Chédid

"L'hiver compte ses heures / la gorge transpercée / par le seul cri du vent"

chédid andrée,poésie,mort

Andrée Chédid est morte le 06 février dernier à Paris dans sa quatre-vingt dixième année. Elle disait : ""Je suis née au Caire, en Egypte. J'habite Paris par choix, parce que j'aime cette ville depuis l'enfance. J'écris depuis l'âge de dix-huit ans, pour essayer de dire des choses vivantes qui bouillonnent au fond de chacun". Elle est l'auteur d'une oeuvre consacrée à nommer les relations multiples, contradictoires parfois, qui lient les êtres humains entre eux et avec le monde. Théâtre, romans, nouvelles, elle chercha toujours à se mettre à la portée du plus grand nombre sans jamais abandonner son identité de poète. elle disait: "Du roman au poème, la démarche est autre. Là on suit ses propres pas; ici, on les devance."

Dans un numéro que la revue Sud lui avait consacré en 1991, Jean Tardieu écrivait : "C'est ici le moment de remercier Andée Chédid d'être poète, par des chants qui sonnent toujours juste et vrai, accordés à ce qu'il y a de plus sincère et, en même temps, de plus imprévu et de plus secret, c'est à dire de plus admirable, dans l'art d'écrire."

"Les poètes ont visage de vivant

ils assument leur siècle"

Ce visage qu'elle chantait nous restera!

28/01/2011

Pierre Maubé -

( Pierre Maubé est né en 1962 à St-Gaudens (Haute-Garonne), vit en région parisienne Pierre - copie.JPGdepuis 1983. Bibliothécaire en université. Sept recueils de poèmes publiés, parmi lesquels : Sel du temps (Fer de Chances, 2002, réédition chez Mazette éditions, 2010), Nulle part (Friches – Cahiers de Poésie Verte, 2006, Prix Troubadours-Trobadors), Psaume des mousses (Éclats d’encre, 2008) et Le dernier loup(Bérénice, 2010).

Publication de deux anthologies de poésie contemporaine : Ce que disent les mots : trente poètes des éditions du Dé Bleu (Éclats d’encre, 2004) et L’Année poétique 2009 (Seghers, 2009, en collaboration avec Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence).

Trois livres d’artiste aux éditions bdb.

Poèmes, nouvelles, pièces de théâtre et articles publiés dans quelques dizaines de revues, parmi lesquelles : Arc-en-Seine, Décharge, Diérèse, Encres vagabondes, Encres vives, Friches, Froissart, Linea, Le Matin déboutonné, Multiples, Parterre verbal, Poésie-sur-Seine, Polyphonies, La Sape, Sapriphage, Thauma, Vues d’enfance, …

Membre des comités de rédaction des revues ARPA et Place de la Sorbonne.

Textes traduits en anglais, espagnol, russe et italien. Traductions en cours : grec, hongrois et roumain.)

*

 

Le souvenir que j’ai de toi va son chemin sous le vent froid qui ébouriffe ses cheveux, froisse sa jupe et fait monter aux yeux des larmes inutiles.

 

 

Le souvenir que j’ai de toi creuse son nid dans la chaleur des draps, se love dans le temps avec la lenteur douce de la mer, le sel fragile de l’attente.

 

 

Le souvenir que j’ai de toi brille dans ma mémoire enténébrée comme brillent dans la nuit le ventre des lucioles et les yeux des chats.

 

 

Le souvenir que j’ai de toi est souriant et silencieux, il meurt lorsque je te revois et ressuscite à chaque fois que tu me quittes.

 

 (extrait du Dernier loup, éditions Bérénice, octobre 2010)

 

*

 

Maintenant ne nous retient pas,

on regarde le ciel, le soleil éblouit, on cligne des paupières,

la cendre coule des doigts posés sur le front.

Nulle demeure en ce monde

autre que l’exil,

nul abri en ce monde ou dans l’autre,

pas de nid,

pas de bauge,

pas d’utérus,

pas même

le poème,

pas même la peau,

la peau aimante désirante,

la peau qui brûle sous le soleil

de la rencontre impossible,

la peau mendiante,

la peau habit de pauvreté,

nudité assoiffée calcinée,

la peau pitoyable vulnérable désirante,

la peau cette demeure

qui ne nous retiendra pas.

 

 (inédit)

 

 

 

 

 

 

04/01/2011

Albertine Benedetto -

( Albertine Benedetto, vit et travaille à Hyères depuis 1992, renouant avec ses origines DSC00041.JPGméditerranéennes  après des études de Lettres à Paris et une vie professionnelle commencée en région parisienne et dans le Pas de Calais.

 Ses poèmes ont été publiés en revues (Friches, Aujourd’hui Poèmes, Rehauts, Autre Sud, Décharge, Poésie sur Seine). Un premier recueil, Lustratio, sous le pseudonyme d’Albertine Héraut, a été publié en 2001 (Prix de l’Edition poétique des Poètes de l’amitié, Beaune).

Son recueil Je sors a été publié aux Editions des Cahiers de l’Egaré, en mars 2008.

 Certains de ses textes ont fait l’objet de mise en musique.)

 

*

 

ARIZONA DREAM

 

 poignées de terre qui sont des nuages

il suffit de regarder au travers

ou d’écarter les doigts

 

cette liquidité du monde

 

du printemps à l’hiver au printemps

planté dans un peu d’eau

que le vent disperse à tout moment

dans des coulées d’oiseaux

 

de pétales épars sur le sol de la chambre

cailloux qui sont des chemins

fleuves vers la mémoire submergée

quand le lit devient radeau

 

13 février 2010 

 

*

 

Finir sans les avanies de la fin

le grand lâcher

des humeurs

des odeurs

des pleurs

 

en matière de désagrégation

préférer le sec

la mue en toute discrétion

 

pour se dissoudre en paysage

nervures

brindilles

filaments

 

comme une esquisse chuchotée

sous le trait des paupières baissées

 

 17 février 2010

 

*

 

 

 

 

 

 

02/01/2011

Lu 55 - Alexandre Romanès, Sur l'épaule de l'ange, Gallimard, collection blanche

Entre l’assaut contre la frontière par lequel Kafka définissait la littérature et la reconduite aux frontières, entre la littérature avec ses loups qui filent ras entre deux silences et les chiens de garde qui aboient, rassurés par la longe qui les retient prisonniers, peu de choses en vérité. Juste cette honte comme un sac à porter, lourd d’obscurités et de haine voilée. Inutile de les énumérer, elles sont connues de tous.

Le mot « rom » en est la figure. Tuant les singularités qu’il est censé désigner, ce mot découpe la figure du bouc émissaire. La parole d’état tient les ciseaux, ses commis les chiens. On interdit, on déloge, on expulse. Avec ces campements détruits, ces familles renvoyées sans ménagement vers nulle part, c’est aussi notre imaginaire que l’on piétine. Nous sommes certainement quelques uns à avoir lu Apollinaire et ses saltimbanques ; Lorca et ses gitans, ceux du Cante Jondo et du duende qui visite et anime le corps des danseurs, les doigts des guitaristes et la voix des chanteurs ; à avoir rêvé de cette plaine où s’en vont les baladins et leurs caravanes. Ah ! Les routes !

Elles ont toujours inquiété les gens d’ordre – Ah ! cette lettre de Flaubert à George Sand qui ne cesse de circuler sur la toile ! - comme les inquiètent toujours les poètes, les artistes, ceux qui échappent aux codes et prennent les routes intérieures, celles de l’intensité. Car il y a voyage et voyage, nomade et nomade !

alexandre-romanes,55655.jpgS'il en est un qui le sait, c’est bien Alexandre Romanès ! Cet équilibriste et dresseur, issu de la famille Bouglione, fondera son propre cirque après la rencontre avec Délia, sa femme gitane. Ses amitiés, Yehudi Menuhin, Jean Genet, Christian Bobin, le mèneront jusqu’au poème. Sur l’épaule de l’ange est paru en avril, aux éditions Gallimard, avant les grands feux sécuritaires de l’été. Ce livre n’ira pas se perdre dans le grand espace des livres, ces sables mouvants quand c’est des livres qu’ils viennent, mais venu de la vie, il y retournera en témoin d’un peuple de plus en plus menacé ! Il y a quelque chose de sauvagement doux dans ces courts poèmes qui rarement dépassent la dizaine de vers. Quelque chose de désencombré du discours comme du silence. Quelque chose comme « une douceur sans mélange » écrit Christian Bobin dans sa préface : une impression de lumière, celle d’un bleu qui sait rendre le monde à ses ombres, à ses mensonges.

Lire Alexandre Romanès, c’est arracher les mots à ce commerce abusif auquel ils sont asservis par tous les présents du monde quand le présent n’est que l’écume irisée de l’actuel. C’est ouvrir et libérer la vie d’où ils viennent. C’est décoller l’âme et laisser passer l’ange – ailes aux pieds, ce vagabond ! – et sur son épaule prendre appui , se jucher pour passer les jours quand leur corde est trop lâche qu’ils ne tiennent plus qu’à un fil quand les heures sont si lourdes qu’elles nous roulent au sol. On ne se repose pas sur l’épaule de l’ange, on y entend juste le vent qui venu du plus ancien, de l’oublié, des paroles perdues, déchire certes, mais aussi rassemble.

Dans ce livre d’Alexandre Romanès, il y a de la légèreté – celle d’un non-savoir revendiqué comme tel – et de la gravité, celle de la présence dont les coups d’aile nous touchent. Dans la distance. Par effleurement.

À tous les sans-regard qui collaborent aujourd’hui, dans le respect des hiérarchies, à tant de forfaits, drapés dans le suaire de la légalité, on aimerait juste leur donner à entendre ces mots d’Alexandre Romanès : « le ciel, donner et Dieu / dans la langue tzigane / c’est le même mot. » Si l’âme est la patrie du beau temps, ils en sont les apatrides, voués à un terrible hiver. Qu’ils y gèlent !

 

12/04/2010

Jalel El Gharbi- Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête (extrait)

photo.jpgJalel El Gharbi : universitaire tunisien, critique littéraire auteur d’essais sur Deguy, Baudelaire, Supervielle, Claude Michel Cluny, José Esnch.
Il se sent fortement concerné par le dialogue des cultures et œuvre pour ce qu’il nomme Orcident ou Occirient.

Il est également traducteur et poète. Il vient de publier un recueil  Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête couvert.jpgaux éditions du Cygne, Paris.) Il nous en a confié un extrait:

 

Extrait de l'Abécédaire du vieux maître soufi Alif

 

J''aurais pu en rester à l'alif

Au seuil de l'alphabet

Au seuil des chiffres

Parce que l'alif est le un

La droite ligne du matin

La taille élancée de l'amour

Que je n'ai pas encore étreint

La première lettre du Livre

Et du verbe lire à l'impératif

L'alif est dans toutes les lettres

J'aurais pu en rester au seuil

Trouver le pain dans une miette

J'aurais pu n'avoir qu'un amour d'alif

Parce que l'alif dit que toute lettre

Peut devenir alif, que tout peut devenir un

Il suffit que chaque lettre pense très fort

Au grand Amour pour devenir un alif

Alif alif alif

 

Florence Pazzottu -

( Florence Pazzottu vit à Marseille. Elle a animé pendant 10 ans la revue Petite qu'elle avait fondée avec Christiane Veschambre en 1995. FloPanierNB15*22.jpgElle a publié dans de nombreuses revues et anthologies et est membre du comité de rédaction d'Action poétique. Expositions de dessins et de gribouillis à l'IME "les grands laviers", en Picardie, en 2007, à Casteldo Caldeiras et à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, en 2008 (commissaire d'exposition : Emilio Araùxo). Elle vient d'achever la réalisation d'un film, la Place du sujet, et son récit, la Tête de l'Homme, qui a été créé par François Rodinson à la Manufacture (CDN) de Nancy en janvier 2009, est repris à la maison de la Poésie de Paris du 3 mars au 4 avril 2010. Participe à la demande de l'artiste Giney Ayme à un projet d'exposition-film-performance qui sera présenté à la galerie la Traverse et à la Compagnie, à Marseille, en novembre 2010.

 

Livres parus :

L'espace blanc (gare maritime, maison de la poésie de Nantes, juin 2009)

S'il tranche, (Inventaire/Invention, sept. 2008)

La tête de l'homme (Seuil, collection déplacements, 2008)

Sator… (Cadastre8zéro, 2007)

La place du sujet (L'Amourier, 2007)

L'inadéquat (le lancer crée le dé) (Flammarion, Poésie, 2005)

L'Accouchée (récit, avec une postface d'Alain Badiou) (éd. Comp'Act, 2002)

Vers ce qui manque, in Venant d'où, 4 poètes, (Flammarion, 2002)

Petite, (L'Amourier, 2001)

Les heures blanches (éd. Manya, 1992 )

 

*

Pour le quotidien l'Humanité, à la faveur du Printemps des poètes 2010 dont le thème était le très discuté "couleur femme", j'ai demandé à quelques poètes de répondre à la question suivante: Quelle interprétation donnez-vous au titre de cette douzième édition du Printemps des poètes « couleur femme ? À cette volonté déclarée de louer la créativité féminine d’hier et d’aujourd’hui ? Introduiriez-vous quelques bémols dans cette partition ?

De Florence Pazzottu, nous avons publié, à côté de celles de Marie-Claire Bancquart, Patricia Castex-Menier, Valérie Rouzeau, Fabienne Courtade, Véronique pittolo, Liliane Giraudon, Suzanne Doppelt, dans l'Humanité (www.humanite.fr) du 8 mars 2010 - voir  la réponse suivante:

 

"En 2007, Florence Trocmé avait pour le site de Poezibao lancé une enquête dont la première question était : "Pourquoi si peu de femmes poètes de grande stature?" La question me semblait, avais-je dit, à la fois étrange et nécessaire. Sans doute, sont-ils moins nombreux aujourd'hui ceux qui affirment comme Shopenhauer que, "dénuée de tout esprit", la femme est tout juste "bonne à la préservation de l'espèce", — même si cette pensée persiste et revient sous la forme édulcorée d'une féminité tout épanouie dans sa domesticité moderne, si bien occupée à procréer et à veiller sur son petit monde que la "création" justement ne pourrait être son affaire car elle ne verrait pas plus loin que la rondeur charnelle de son cercle terrestre. Sans doute serions-nous quelques-uns, hommes et femmes, à pouvoir partager une analyse radicalement différente : ce n'est ni par carence de génie ou de talent, ni par absence de nécessité à inventer, mais pour des raisons historiques, sociologiques, politiques, que les grandes figures de l'art, mais aussi de la science, de la découverte et de la conquête, sont essentiellement des figures masculines. Il ne fait pour moi aucun doute que ceux qui, partant de ce constat, décident de donner alors, en ce printemps, la parole aux "femmes poètes", sont animés des meilleures intentions, qu'ils sont convaincus sincèrement qu'il s'agit maintenant de "d'affronter la question et de passer à l'action". La difficulté — et elle est de taille — c'est que la question ici est mal posée, se manque dans sa formulation même. C'est que le poète Dominique Fourcade est une femme et que je suis un homme. C'est que la femme que je suis aussi ne respire que dans la mixité.  C'est que je revendique le droit pour chacun d'être étranger à soi-même. C'est que je ne sais pas ce qu'est une femme (ni, donc, un homme). C'est que d'être ainsi sans cesse renvoyée à sa "féminité" (comme l'est aussi le banlieusard à sa banlieue, l'homosexuel à sa sexualité, la musulman à sa religion, etc.), la femme, surtout si elle est poète, bondit, fait un pas de côté, sent monter en elle le cri, l'élan d'une pensée qui ne peut s'écrire que contre — contre ce qui dans la langue fige et assigne,  contre la main qui se levant pour vous aider (car "il est scandaleux, n'est-ce pas, que vous n'ayez pas plus de place!"), vous montre dans le même geste quelle place est la vôtre : femme parmi les femmes en ce nouveau printemps. C'est qu'à vouloir partir d'un constat, on s'y enlise, et n'est pas long à faire retour ce dont on voulait exorciser la menace. (Comme si on avait soudain redonné consistance aux frontières que tant d'auteurs, de lecteurs, de revues, d'éditeurs, patiemment, audacieusement, déplacent et brouillent). C'est que l'émancipation est ailleurs justement, dans l'ailleurs, dans le déplacement, dans le risque et dans le tremblement des espaces. Et ce "couleur femme" semble soudain très vieux, incroyablement immobile et rouillé, et il produit alors un petit grincement... — ah, ce doux murmure pourtant qu'il voulait être à votre oreille : "femme", n'entendez-vous pas? c'est une tonalité particulière! c'est une sensibilité, une variation délicate!... "Couleur femme" déploie devant vous, et vos yeux d'homme en sont tout émus, un panel de nuances, un miroitement d'images, si délicieusement familières : ah! que la femme est belle, exposée sur une scène ou charmant le public, ah, que la femme est précieuse et, voyez, voyez comme elle est tranquille... quand on lui fait un peu de place...

"Mais nous ne manquerons pas d'explorer également les "représentations féminines" dans la poésie (des hommes)". Ouf! ( C'est quand même sacrément bon de se retrouver chez soi, non?) "