10/02/2011
In memoriam Andrée Chédid
"L'hiver compte ses heures / la gorge transpercée / par le seul cri du vent"
Andrée Chédid est morte le 06 février dernier à Paris dans sa quatre-vingt dixième année. Elle disait : ""Je suis née au Caire, en Egypte. J'habite Paris par choix, parce que j'aime cette ville depuis l'enfance. J'écris depuis l'âge de dix-huit ans, pour essayer de dire des choses vivantes qui bouillonnent au fond de chacun". Elle est l'auteur d'une oeuvre consacrée à nommer les relations multiples, contradictoires parfois, qui lient les êtres humains entre eux et avec le monde. Théâtre, romans, nouvelles, elle chercha toujours à se mettre à la portée du plus grand nombre sans jamais abandonner son identité de poète. elle disait: "Du roman au poème, la démarche est autre. Là on suit ses propres pas; ici, on les devance."
Dans un numéro que la revue Sud lui avait consacré en 1991, Jean Tardieu écrivait : "C'est ici le moment de remercier Andée Chédid d'être poète, par des chants qui sonnent toujours juste et vrai, accordés à ce qu'il y a de plus sincère et, en même temps, de plus imprévu et de plus secret, c'est à dire de plus admirable, dans l'art d'écrire."
"Les poètes ont visage de vivant
ils assument leur siècle"
Ce visage qu'elle chantait nous restera!
10:00 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : chédid andrée, poésie, mort
28/01/2011
Pierre Maubé -
( Pierre Maubé est né en 1962 à St-Gaudens (Haute-Garonne), vit en région parisienne depuis 1983. Bibliothécaire en université. Sept recueils de poèmes publiés, parmi lesquels : Sel du temps (Fer de Chances, 2002, réédition chez Mazette éditions, 2010), Nulle part (Friches – Cahiers de Poésie Verte, 2006, Prix Troubadours-Trobadors), Psaume des mousses (Éclats d’encre, 2008) et Le dernier loup(Bérénice, 2010).
Publication de deux anthologies de poésie contemporaine : Ce que disent les mots : trente poètes des éditions du Dé Bleu (Éclats d’encre, 2004) et L’Année poétique 2009 (Seghers, 2009, en collaboration avec Patrice Delbourg et Jean-Luc Maxence).
Trois livres d’artiste aux éditions bdb.
Poèmes, nouvelles, pièces de théâtre et articles publiés dans quelques dizaines de revues, parmi lesquelles : Arc-en-Seine, Décharge, Diérèse, Encres vagabondes, Encres vives, Friches, Froissart, Linea, Le Matin déboutonné, Multiples, Parterre verbal, Poésie-sur-Seine, Polyphonies, La Sape, Sapriphage, Thauma, Vues d’enfance, …
Membre des comités de rédaction des revues ARPA et Place de la Sorbonne.
Textes traduits en anglais, espagnol, russe et italien. Traductions en cours : grec, hongrois et roumain.)
*
Le souvenir que j’ai de toi va son chemin sous le vent froid qui ébouriffe ses cheveux, froisse sa jupe et fait monter aux yeux des larmes inutiles.
Le souvenir que j’ai de toi creuse son nid dans la chaleur des draps, se love dans le temps avec la lenteur douce de la mer, le sel fragile de l’attente.
Le souvenir que j’ai de toi brille dans ma mémoire enténébrée comme brillent dans la nuit le ventre des lucioles et les yeux des chats.
Le souvenir que j’ai de toi est souriant et silencieux, il meurt lorsque je te revois et ressuscite à chaque fois que tu me quittes.
(extrait du Dernier loup, éditions Bérénice, octobre 2010)
*
Maintenant ne nous retient pas,
on regarde le ciel, le soleil éblouit, on cligne des paupières,
la cendre coule des doigts posés sur le front.
Nulle demeure en ce monde
autre que l’exil,
nul abri en ce monde ou dans l’autre,
pas de nid,
pas de bauge,
pas d’utérus,
pas même
le poème,
pas même la peau,
la peau aimante désirante,
la peau qui brûle sous le soleil
de la rencontre impossible,
la peau mendiante,
la peau habit de pauvreté,
nudité assoiffée calcinée,
la peau pitoyable vulnérable désirante,
la peau cette demeure
qui ne nous retiendra pas.
(inédit)
22:11 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : maubé pierre, poésie
04/01/2011
Albertine Benedetto -
( Albertine Benedetto, vit et travaille à Hyères depuis 1992, renouant avec ses origines méditerranéennes après des études de Lettres à Paris et une vie professionnelle commencée en région parisienne et dans le Pas de Calais.
Ses poèmes ont été publiés en revues (Friches, Aujourd’hui Poèmes, Rehauts, Autre Sud, Décharge, Poésie sur Seine). Un premier recueil, Lustratio, sous le pseudonyme d’Albertine Héraut, a été publié en 2001 (Prix de l’Edition poétique des Poètes de l’amitié, Beaune).
Son recueil Je sors a été publié aux Editions des Cahiers de l’Egaré, en mars 2008.
Certains de ses textes ont fait l’objet de mise en musique.)
*
ARIZONA DREAM
poignées de terre qui sont des nuages
il suffit de regarder au travers
ou d’écarter les doigts
cette liquidité du monde
du printemps à l’hiver au printemps
planté dans un peu d’eau
que le vent disperse à tout moment
dans des coulées d’oiseaux
de pétales épars sur le sol de la chambre
cailloux qui sont des chemins
fleuves vers la mémoire submergée
quand le lit devient radeau
13 février 2010
*
Finir sans les avanies de la fin
le grand lâcher
des humeurs
des odeurs
des pleurs
en matière de désagrégation
préférer le sec
la mue en toute discrétion
pour se dissoudre en paysage
nervures
brindilles
filaments
comme une esquisse chuchotée
sous le trait des paupières baissées
17 février 2010
*
08:45 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : poésie, albertine benedetto
02/01/2011
Lu 55 - Alexandre Romanès, Sur l'épaule de l'ange, Gallimard, collection blanche
Entre l’assaut contre la frontière par lequel Kafka définissait la littérature et la reconduite aux frontières, entre la littérature avec ses loups qui filent ras entre deux silences et les chiens de garde qui aboient, rassurés par la longe qui les retient prisonniers, peu de choses en vérité. Juste cette honte comme un sac à porter, lourd d’obscurités et de haine voilée. Inutile de les énumérer, elles sont connues de tous.
Le mot « rom » en est la figure. Tuant les singularités qu’il est censé désigner, ce mot découpe la figure du bouc émissaire. La parole d’état tient les ciseaux, ses commis les chiens. On interdit, on déloge, on expulse. Avec ces campements détruits, ces familles renvoyées sans ménagement vers nulle part, c’est aussi notre imaginaire que l’on piétine. Nous sommes certainement quelques uns à avoir lu Apollinaire et ses saltimbanques ; Lorca et ses gitans, ceux du Cante Jondo et du duende qui visite et anime le corps des danseurs, les doigts des guitaristes et la voix des chanteurs ; à avoir rêvé de cette plaine où s’en vont les baladins et leurs caravanes. Ah ! Les routes !
Elles ont toujours inquiété les gens d’ordre – Ah ! cette lettre de Flaubert à George Sand qui ne cesse de circuler sur la toile ! - comme les inquiètent toujours les poètes, les artistes, ceux qui échappent aux codes et prennent les routes intérieures, celles de l’intensité. Car il y a voyage et voyage, nomade et nomade !
S'il en est un qui le sait, c’est bien Alexandre Romanès ! Cet équilibriste et dresseur, issu de la famille Bouglione, fondera son propre cirque après la rencontre avec Délia, sa femme gitane. Ses amitiés, Yehudi Menuhin, Jean Genet, Christian Bobin, le mèneront jusqu’au poème. Sur l’épaule de l’ange est paru en avril, aux éditions Gallimard, avant les grands feux sécuritaires de l’été. Ce livre n’ira pas se perdre dans le grand espace des livres, ces sables mouvants quand c’est des livres qu’ils viennent, mais venu de la vie, il y retournera en témoin d’un peuple de plus en plus menacé ! Il y a quelque chose de sauvagement doux dans ces courts poèmes qui rarement dépassent la dizaine de vers. Quelque chose de désencombré du discours comme du silence. Quelque chose comme « une douceur sans mélange » écrit Christian Bobin dans sa préface : une impression de lumière, celle d’un bleu qui sait rendre le monde à ses ombres, à ses mensonges.
Lire Alexandre Romanès, c’est arracher les mots à ce commerce abusif auquel ils sont asservis par tous les présents du monde quand le présent n’est que l’écume irisée de l’actuel. C’est ouvrir et libérer la vie d’où ils viennent. C’est décoller l’âme et laisser passer l’ange – ailes aux pieds, ce vagabond ! – et sur son épaule prendre appui , se jucher pour passer les jours quand leur corde est trop lâche qu’ils ne tiennent plus qu’à un fil quand les heures sont si lourdes qu’elles nous roulent au sol. On ne se repose pas sur l’épaule de l’ange, on y entend juste le vent qui venu du plus ancien, de l’oublié, des paroles perdues, déchire certes, mais aussi rassemble.
Dans ce livre d’Alexandre Romanès, il y a de la légèreté – celle d’un non-savoir revendiqué comme tel – et de la gravité, celle de la présence dont les coups d’aile nous touchent. Dans la distance. Par effleurement.
À tous les sans-regard qui collaborent aujourd’hui, dans le respect des hiérarchies, à tant de forfaits, drapés dans le suaire de la légalité, on aimerait juste leur donner à entendre ces mots d’Alexandre Romanès : « le ciel, donner et Dieu / dans la langue tzigane / c’est le même mot. » Si l’âme est la patrie du beau temps, ils en sont les apatrides, voués à un terrible hiver. Qu’ils y gèlent !
23:20 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alexandre romanès, rom, poésie, épaule, ange, cirque
12/04/2010
Jalel El Gharbi- Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête (extrait)
Jalel El Gharbi : universitaire tunisien, critique littéraire auteur d’essais sur Deguy, Baudelaire, Supervielle, Claude Michel Cluny, José Esnch.
Il se sent fortement concerné par le dialogue des cultures et œuvre pour ce qu’il nomme Orcident ou Occirient.
Il est également traducteur et poète. Il vient de publier un recueil Prière du vieux maître soufi le lendemain de la fête
aux éditions du Cygne, Paris.) Il nous en a confié un extrait:
Extrait de l'Abécédaire du vieux maître soufi Alif
J''aurais pu en rester à l'alif
Au seuil de l'alphabet
Au seuil des chiffres
Parce que l'alif est le un
La droite ligne du matin
La taille élancée de l'amour
Que je n'ai pas encore étreint
La première lettre du Livre
Et du verbe lire à l'impératif
L'alif est dans toutes les lettres
J'aurais pu en rester au seuil
Trouver le pain dans une miette
J'aurais pu n'avoir qu'un amour d'alif
Parce que l'alif dit que toute lettre
Peut devenir alif, que tout peut devenir un
Il suffit que chaque lettre pense très fort
Au grand Amour pour devenir un alif
Alif alif alif
15:20 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie
Florence Pazzottu -
( Florence Pazzottu vit à Marseille. Elle a animé pendant 10 ans la revue Petite qu'elle avait fondée avec Christiane Veschambre en 1995.
Elle a publié dans de nombreuses revues et anthologies et est membre du comité de rédaction d'Action poétique. Expositions de dessins et de gribouillis à l'IME "les grands laviers", en Picardie, en 2007, à Casteldo Caldeiras et à Saint-Jacques de Compostelle, en Galice, en 2008 (commissaire d'exposition : Emilio Araùxo). Elle vient d'achever la réalisation d'un film, la Place du sujet, et son récit, la Tête de l'Homme, qui a été créé par François Rodinson à la Manufacture (CDN) de Nancy en janvier 2009, est repris à la maison de la Poésie de Paris du 3 mars au 4 avril 2010. Participe à la demande de l'artiste Giney Ayme à un projet d'exposition-film-performance qui sera présenté à la galerie la Traverse et à la Compagnie, à Marseille, en novembre 2010.
Livres parus :
L'espace blanc (gare maritime, maison de la poésie de Nantes, juin 2009)
S'il tranche, (Inventaire/Invention, sept. 2008)
La tête de l'homme (Seuil, collection déplacements, 2008)
Sator… (Cadastre8zéro, 2007)
La place du sujet (L'Amourier, 2007)
L'inadéquat (le lancer crée le dé) (Flammarion, Poésie, 2005)
L'Accouchée (récit, avec une postface d'Alain Badiou) (éd. Comp'Act, 2002)
Vers ce qui manque, in Venant d'où, 4 poètes, (Flammarion, 2002)
Petite, (L'Amourier, 2001)
Les heures blanches (éd. Manya, 1992 )
*
Pour le quotidien l'Humanité, à la faveur du Printemps des poètes 2010 dont le thème était le très discuté "couleur femme", j'ai demandé à quelques poètes de répondre à la question suivante: Quelle interprétation donnez-vous au titre de cette douzième édition du Printemps des poètes « couleur femme ? À cette volonté déclarée de louer la créativité féminine d’hier et d’aujourd’hui ? Introduiriez-vous quelques bémols dans cette partition ?
De Florence Pazzottu, nous avons publié, à côté de celles de Marie-Claire Bancquart, Patricia Castex-Menier, Valérie Rouzeau, Fabienne Courtade, Véronique pittolo, Liliane Giraudon, Suzanne Doppelt, dans l'Humanité (www.humanite.fr) du 8 mars 2010 - voir la réponse suivante:
"En 2007, Florence Trocmé avait pour le site de Poezibao lancé une enquête dont la première question était : "Pourquoi si peu de femmes poètes de grande stature?" La question me semblait, avais-je dit, à la fois étrange et nécessaire. Sans doute, sont-ils moins nombreux aujourd'hui ceux qui affirment comme Shopenhauer que, "dénuée de tout esprit", la femme est tout juste "bonne à la préservation de l'espèce", — même si cette pensée persiste et revient sous la forme édulcorée d'une féminité tout épanouie dans sa domesticité moderne, si bien occupée à procréer et à veiller sur son petit monde que la "création" justement ne pourrait être son affaire car elle ne verrait pas plus loin que la rondeur charnelle de son cercle terrestre. Sans doute serions-nous quelques-uns, hommes et femmes, à pouvoir partager une analyse radicalement différente : ce n'est ni par carence de génie ou de talent, ni par absence de nécessité à inventer, mais pour des raisons historiques, sociologiques, politiques, que les grandes figures de l'art, mais aussi de la science, de la découverte et de la conquête, sont essentiellement des figures masculines. Il ne fait pour moi aucun doute que ceux qui, partant de ce constat, décident de donner alors, en ce printemps, la parole aux "femmes poètes", sont animés des meilleures intentions, qu'ils sont convaincus sincèrement qu'il s'agit maintenant de "d'affronter la question et de passer à l'action". La difficulté — et elle est de taille — c'est que la question ici est mal posée, se manque dans sa formulation même. C'est que le poète Dominique Fourcade est une femme et que je suis un homme. C'est que la femme que je suis aussi ne respire que dans la mixité. C'est que je revendique le droit pour chacun d'être étranger à soi-même. C'est que je ne sais pas ce qu'est une femme (ni, donc, un homme). C'est que d'être ainsi sans cesse renvoyée à sa "féminité" (comme l'est aussi le banlieusard à sa banlieue, l'homosexuel à sa sexualité, la musulman à sa religion, etc.), la femme, surtout si elle est poète, bondit, fait un pas de côté, sent monter en elle le cri, l'élan d'une pensée qui ne peut s'écrire que contre — contre ce qui dans la langue fige et assigne, contre la main qui se levant pour vous aider (car "il est scandaleux, n'est-ce pas, que vous n'ayez pas plus de place!"), vous montre dans le même geste quelle place est la vôtre : femme parmi les femmes en ce nouveau printemps. C'est qu'à vouloir partir d'un constat, on s'y enlise, et n'est pas long à faire retour ce dont on voulait exorciser la menace. (Comme si on avait soudain redonné consistance aux frontières que tant d'auteurs, de lecteurs, de revues, d'éditeurs, patiemment, audacieusement, déplacent et brouillent). C'est que l'émancipation est ailleurs justement, dans l'ailleurs, dans le déplacement, dans le risque et dans le tremblement des espaces. Et ce "couleur femme" semble soudain très vieux, incroyablement immobile et rouillé, et il produit alors un petit grincement... — ah, ce doux murmure pourtant qu'il voulait être à votre oreille : "femme", n'entendez-vous pas? c'est une tonalité particulière! c'est une sensibilité, une variation délicate!... "Couleur femme" déploie devant vous, et vos yeux d'homme en sont tout émus, un panel de nuances, un miroitement d'images, si délicieusement familières : ah! que la femme est belle, exposée sur une scène ou charmant le public, ah, que la femme est précieuse et, voyez, voyez comme elle est tranquille... quand on lui fait un peu de place...
"Mais nous ne manquerons pas d'explorer également les "représentations féminines" dans la poésie (des hommes)". Ouf! ( C'est quand même sacrément bon de se retrouver chez soi, non?) "
14:43 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : littérature, poésie, florence pazzottu
07/03/2010
Béatrice Machet - Un poème venu des Etats-Unis
Béatrice Machet : Vit dans le Var, Sud de la France, depuis vingt cinq ans. Et désormais vit aussi quelques mois de l'année aux Etats-Unis. Après un détour dans les milieux de la danse contemporaine et de la science fiction française, elle rencontre Jean-Hughes Malineau (poète alors responsable chez Gallimard de la section Folio jeunesse ) qui le premier saura lui donner confiance pour "oser" proposer ses textes à la publication. B.Machet aime à collaborer avec les plasticiens, avec les compositeurs dont Michel Chaupin le bassiste de l'ex groupe STARSHOOTER avec qui elle a fondé le groupe HADZIIN pour faire tourner un certain répertoire sous forme de récital musical, ou autres pour des improvisations, ainsi qu‘avec des danseurs. Elle est régulièrement publiée dans les revues Françaises mais aussi à l'étranger. Depuis longtemps plongée dans l’univers des Indiens d’Amérique du nord, elle s'est mise en relation avec des auteurs Indiens contemporains dont elle traduit poèmes et romans. Fait partie de l'association Le Scriptorium de Marseille, animée par Dominique Sorrente.
Traduite en Albanais , en Anglais, en Anglo-Américain. et en Espagnol. Présente sur hadziin.canalblog.com, bribes-en-lignes.fr, la toile de l'un. Ses ouvrages récents, recueils poétiques comme traductions, sont édités par les éditions VOIX et par les éditions l'AmourierVanderbilt University, Women’s center
Pour Nora et son zèle
Ses poings souvent se sont abattus sur moi.
Je les ai faits glisser couler …………rien n’a pénétré dans ma chair.
Seuls les mots cognent ....
Contre les lèvres au plafond du palais de ma bouche.
Ma langue ne peut les ravaler.
Je n’avais pas de larmes mais des mots oui.
Des ecchymoses bleuies sur ma peau télégramme…
Des mots rapides et sûrs.
Des voix me disaient :
écris le poème celui qui s’adresse et celui qui appelle.....
Celui qui me parle est un poème en visite par les innombrables prisons tues… bien que devinées.
Les mots du poème disent le cœur des femmes pardonnant aux hommes humiliés qui ensuite les battent … et les hommes le lendemain pleurent et se confondent en excuses ...
J’écris les poèmes perdus que mon oreille par hasard recueille.
Ceux qui cherchent un toit. un abri au creux d’une guitare, d’un saxo, les égarés trompettés tambourinés …
J’écris le poème qui me cherchait comme on cherche une épaule les jours de cafard …quand l’urgence d’échapper aux coups fait voler....
Le poème du cœur où le rêve fait lever l’arc-en-ciel des mots. Il défie le soleil et embrasse le vent. … le poème n’aura ses ailes ……mais ce sourire.
© Béatrice Machet
20:13 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, béatrice machet
17/02/2010
Jeanne Bastide - La Vieille qui prie
(A propos de Jeanne bastide, nous renvoyons nos lecteurs aux Archives du 08 janvier 2008 et à notre rubrique "Mes ami(e)s, mes invité(e)s. Elle a publié depuis un silence ordinnaire, aux éditions de l'Amourier, collection Thoth en 2009 et des livres d'artiste dont Intimité de la lumière avec Yves Picquet aux éditions Double cloche en 2007; Le ciel n'a pas de peau, encres de Jean Millon, collection À côté des Cahiers du Museur en 2008; Un silence très clair, encres de Jean Millon aux éditions Des Cent regards en 2009.
mail : janine.bastide@club-internet.fr )
*
La vieille qui prie
Tous les matins – Debout - la vieille prie
C’est ce que tu voies
Elle prie à une fenêtre que tu ne voies pas
Elle prie, le front plissé – les yeux fermés - les mains cousues
Elle prie, tu crois qu’elle prie –
Les jours se répètent et elle prie
Tous les matins à sa fenêtre une vieille femme prie.
***
D’elle à toi, c’est une étendue longue à traverser – tu n’en vois pas le bout. Mais tu y arriveras. Le plus difficile, c’est le flou tout au fond. Tu entends sa voix de l’autre côté …
Ah oui, traverser.
Affronter la pente et cette force qui t’entraîne trop vite. Les jambes qui se mettent à courir avant que tu ne le veuilles.
Tu entends une voix… un mot que tu ne reconnais pas.
Le pays respire en toi – avec ses creux de souffrance - son balancement intérieur.
Il y a une joie sourde à savoir la terre immobile et constante.
Tu te surprends avec un désir de marcher ou de rire en plein vent. Tu veux voir vieillir l’arbre du chemin. Sentir les entrailles du sol sous tes pas.
Ta peau s’éveille.
Ton cri devient souffle. Le corps prend les rênes.
***
Puis il y a eu le jour de l’escalier.
La grand-mère n’était pas là.
18:26 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie, jeanne bastide
14/02/2010
In Memoriam Serge Wellens
« Quand la voix d’un poète s’éteint, c’est toute une partie de la mémoire du monde et de ses amis qui s’efface avec lui. Serge Wellens aurait eu quatre-vingt trois ans en août prochain. Né le 11 août 1927 à Aulnay sous Bois en Ile de France, il est mort subitement dans la soirée du dimanche 31 janvier 2010, à l’hôpital de La Rochelle où il venait d’être admis à la suite d’une mauvaise chute. Il était serein à la perspective de la mort, simplement il redoutait la dégradation physique et la dépendance qui en découlerait. Le destin lui aura épargné cette épreuve. Serge Wellens, c’était un poète « à hauteur d’homme » un humaniste. C’était un ami incomparable, mon ami depuis cinquante ans. »
Ainsi s’exprime Bernard Mazo sur le site de la revue, Texture qu’anime Michel Baglin.
Pour ceux qui veulent connaître la vie et l’œuvre de Serge Wellens, ils se procureront la monographie que lui a consacrée en 2008 François Huglo dans la très belle collection Présence de la poésie que dirige Cécile Odartchenko aux Editions des Vanneaux. Ils peuvent aussi commander auprès de Claude Vercey le numéro spécial n° 125, de mars 2005, de la revue Décharge. Ils peuvent enfin et surtout lire "La concordance des temps poèmes 1952-1992" , anthologie de l’auteur qui regroupe quarante années d’écriture, parue en 1997 aux Editions Folle Avoine .
Pour moi, j’évoquerai le jeune homme qui dès les années 41-42 prend contact avec Jean Bouhier à Rochefort-sur-Loire. J’évoquerai cette Ecole de Rochefort – Les Jean Rousselot, Michel Manoll, marcel Béalu, Luc Bérimont, René-Guy Cadou…- sa position poétique que résume bien Jean Bouhier : " Notre époque est peut-être la première où l'on ait compris ce sens infini de la poésie, son sens vital, sa nécessité de liberté et surtout son véritable caractère révolutionnaire en ce qu'il recherche la libération de la pensée, l'insurrection contre les voies de l'erreur..." et qu’explicite ainsi René-Guy Cadou : « " Avant tout, vous autres, ne soyez pas dupes ! L'Ecole de Rochefort n'est pas une école, tout au plus une cour de récréation... L'écolier siffle, les mains dans les poches, le dos tourné au professeur... ". Evoquer cette Ecole de Rochefort, et rendre hommage à l’engagement de Serge Wellens, à une époque où la France s’enfonçait dans les sombres temps de l’occupation, les rafles et les déportations et où il importait que la poésie persistât à à dire que la vie continuait. Oui, au-delà d’un mouvement littéraire, Serge Wellens a raison de rappeler que ce fut là « une manière de penser, de réagir, d’intégrer la poésie au quotidien ».
Un poème de Serge Wellens:
Comme le feu d'un renard
Je ne dors pas
j'attends l'aube
qui si bien défait les
fantômes de la nuit
Mots sans mémoire
qui se diluent
dans le désordre du poème
comme le feu d'un renard
à l'anarchie des buissons
confondu
D'un renard qui doit
sa vitesse à la peur.
17:12 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie serge wellens
08/02/2010
Ménaché - Mahmoud Darwich, palestinien planétaire
À « l’Autre Salon » de Grigny, le 6 novembre 2009, un hommage au poète palestinien Mahmoud Darwich, disparu au cours de l’été 2008 aux USA, a fait revivre cette grande figure de la poésie arabe d’aujourd’hui. J’ai eu le privilège d’ouvrir cette soirée et j’en reformule pour la revue Décharge la présentation avec le poème dédié à l’auteur et publié une première fois dans la revue Lieux d’être.
Je suis né la même année que Mahmoud Darwich. Cela devrait-il suffire pour que je le considère comme un frère ? - Fraternité de poètes !
Dans l’anthologie CENT POEMES POUR LA PAIX (Cherche-Midi éditeur - Appel des cent contre l’arme nucléaire, 1987), son nom prestigieux précède le mien. Nos poèmes sont imprimés sur deux doubles pages, dans la proximité des thèmes (Rita et le fusil de Mahmoud Darwich ; L’école du cadavre et Beyrouth 10 ans après de Michel Ménaché). Ce voisinage de papier et d’encre m’honore. Je le reçois comme un signe…
Son poème autobiographique, Rita et le fusil, évoque une rencontre amoureuse avec une juive, rencontre saccagée par la guerre. La blessure à vif, jamais cicatrisée, déchire la page : « entre nous, mille oiseaux mille images / d’innombrables rendez-vous / criblés de balles… »
La tragédie aujourd’hui continue ! Face à face, deux réalités : juive israélienne / arabe palestinienne. Aucune ne peut ni ne doit éradiquer l’autre. La voie est étroite, semée d’embûches.
Ces deux légitimités mal évaluées, baignées de sang et de larmes, témoignent de deux destins historiques que ne doit justifier ni le mensonge religieux ni l’exclusive communautariste, voire pire, le critère biologique absurde (ADN !), dernière infamie avancée par l’extrême-droite israélienne !
Le discours de M. Darwich est un appel à la sagesse, contre tous les intégrismes, sans concession. Le peuple palestinien est bafoué dans ses droits élémentaires : « le présent se noie dans la tragédie… » Mais, en poète, il célèbre la vie et la beauté. Il affirme que « le seul véritable ennemi de la poésie, c’est la haine ! » Ou encore, défendant sa culture en danger : « la poésie est un combat en Palestine pour désoccuper la langue. »
Dans une lettre ouverte, Hystérie du poème, écrite suite aux turbulences provoquées en Israël par son poème Passants parmi des paroles étrangères dont quatre traductions différentes en hébreu ont été publiées au cours de l’année 1988, son art du pamphlet se révèle, la provocation fait mouche : « Le poème, c’est la guerre, le danger, la peste […] Nous leur proposons un marché : qu’ils suppriment les colonies et nous supprimerons le poème… »
(Hystérie du poème, in Palestine mon pays, introduction de Simone Bitton, éd. de Minuit)
Mahmoud Darwich parlait l’hébreu et l’arabe, deux langues sémitiques, deux langues sœurs. Là est la condition du dialogue, sinon la voie ouverte pour que deux peuples apprennent enfin à se parler, à faire tomber les murs de béton ou de haine, à se reconnaître pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’ils croient ou voudraient être….
Nommer l’Etat d’Israël, Etat hébreu et non « Etat juif » serait un grand pas vers la paix. L’hébreu n’est-elle pas la langue commune à toutes les composantes de l’Etat d’Israël ? Les frontières de 1967 restent une base de négociation même si la discontinuité des territoires palestiniens pose un problème redoutable de coexistence et d’administration.
Deux passeports pour deux peuples, est-ce un rêve irréalisable ?
Le choix du chef d’orchestre israélo-palestinien Daniel Barenboïm est exemplaire, lui qui, muni de quatre passeports dirige un orchestre constitué de musiciens arabes palestiniens - ou des Etats voisins - et juifs israéliens. Israéliens et Palestiniens ont beaucoup à apprendre ensemble, beaucoup plus à gagner qu’à perdre.
La poésie de Mahmoud Darwich est lue en Israël. Un ministre de l’éducation avait même proposé qu’elle soit étudiée dans les classes israéliennes. Ehoud Barak s’y est opposé en aveugle…
J’ai publié dans la revue EUROPE une note de lecture sur le recueil MURALE - traduit par Elias Sanbar pour Actes Sud en 2003 -. Mahmoud Darwich a écrit ce long poème après qu’il a vu la mort de près, victime d’un anévrisme de l’aorte, en 1998. Dix ans avant de mourir à Houston, en Amérique…
Il écrivait : « Comme le christ sur le lac, / j’ai marché dans ma vision. / Mais je suis descendu de ma croix / Car je crains l’altitude. »
Il était à Grigny ce soir-là parmi nous.
« J’habite dans une valise, » affirmait cet exilé universel, ce palestinien planétaire.
Cette expression m’a inspiré le poème qui suit : Toujours ailleurs…
à Ernest Pignon-Ernest
Toujours ailleurs
J’habite dans une valise
disait-il
L’ailleurs nous porte
hirondelle d’oubli
l’ailleurs fumée de rêves
l’ailleurs aux gonds de nostalgie
l’ailleurs partout où n’être pas
l’ailleurs comme renaître
l’ailleurs d’errances et de dérives
l’entre-deux où se perdre
attente de l’autre rive
Ici toujours penche vers l’ailleurs
ici incline ou élève à ciel ouvert
chemin à bascule
sables mouvants de l’espoir
Confort étroit de l’ici
risque consenti de l’ailleurs
l’ici et l’ailleurs
frères à tout rompre
Ailleurs moulin à tire d’ailes
ailleurs aux ailes de nuages
Ailes d’exil et de tempêtes
soulevant des voix si fragiles
si fortes
J’habite dans une valise
disait le poète galiléen
pollen de larmes
mouvement perpétuel
paroles ivres de jasmin
J’habite dans une valise
disait Mahmoud Darwich
l’espace pas à pas
l’ailleurs en archipel
Palestinien planétaire
Mahmoud Darwich
est mort à Houston en Amérique
sa valise reste ouverte
aux mains fraternelles…
© Ménaché
19:02 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littÉrature, poÉsie, mÉnachÉ, darwwich, pignon ernest
France Burghelle Rey -2 poèmes
( France Burghelle Rey est membre de l'Association des Amis de Jean Cocteau, de l'Association Hélices Poésie fondée en 1994 par Emmanuel Berland, du P.E.N. Club français et de la Nouvelle Pléiade. La poésie semble bien son mode privilégié d'expression car elle a toujours recherché la concision et l'ellipse à la limite du silence. Mais le besoin impératif de musique, règle d'or, à son sens, de l'émotion poétique, explique la rédaction récente de douzains qui tentent de chanter. Publie dans une quinzaine de revues.
Derniers recueils parus:
Odyssée en double, Encres Vives, coll. Encres Blanches, avril 2009
La Fiancée du silence, Encres Vives, coll.Encres Blanches, décembre 2009
Le Marcheur bouleversé, Jacques André, 2010 ( à paraître )
Derniers livres d'artiste publiés:
L'or de ma mémoire en collaboration avec le peintre Georges Badin, Livre pauvre, coll. Aboli bibelot , Daniel Leuwers)
*
De l'autre côté des fenêtres dans la lumière
les oiseaux fuient leur nid pour mettre
leurs livrées pardessus noirs et jabots blancs
jusqu'aux écharpes rouges
Les grands paons dévalisent les marchands de couleurs
les rayons de Noël de la Belle Jardinière
pour devenir amis avec les arcs-en-ciel
Quand ils se battent entre eux
ils s'arrachent leurs plumes
les maîtres en découpent les ocelles
et en font des gommettes qu'ils offrent à
leurs meilleurs élèves
*
à Claude Vigée,
Ma jeunesse dans sa perte est présente
j'ai retrouvé les gommettes du paon sur
les peintures de Mondrian - Palais d'un grand musée -
où je cherchais le sang la musique rouge-sang
J'hésite est-ce l'angoisse ou la joie?
ma bouche ouverte pour l'aleph
il faut se prosterner devant la fiancée
De l'aurore du silence à l'aube d'une parole
Mozart je te salue plus que notre Seigneur
flammes transmuées en musique
je prends mon élan pour mieux vous traverser
© France Burghelle Rey
18:29 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : littérature, poésie
04/02/2010
Fabienne courtade, un poète, un poème
( Fabienne Courtade vit et écrit à Paris. Participe à des revues et à des ouvrages collectifs.
Table des bouchers, éditions Flammarion, 2008
Il reste... éd. Flammarion, 2003
Ciel inversé ( II ) , Cadex éditions, 2002 - Ciel inversé ( I ) , Cadex éditions, 1998
Nuit comme jours , éditions Unes, 1999
Lenteur d’horizon , éditions Unes, 1999
Entre ciel , accompagné d’aquarelles originales de Frédéric Benrath, éditions Unes, 1998
Quel est ce silence , éditions Unes, 1993
Nous, infiniment risqués , éditions Verdier, 1987
Livres d’artistes (poésie / peinture), avec notamment Frédéric Benrath, Gilbert Pastor, Joël Leick, Thierry le Saëc, Jean-Michel Marchetti, Jean Brault, Philippe Guitton. ).
Elle m'a confié ce poème extrait d'un Cahier Ö - numéro 13, accompagné d'une peinture originalle de Philippe Guitton.
Quinze exemplaires ont été fabriqués en collaboration avec la galerie de peinture l'Espace Liberté, à Crest et la maison d'édition, les Ennemis de Paterne Berrichon.
*
28 juin de l’année précédente
quelqu’un dit violence noire
sombre
poudrée
point de douceur, un peu de couleurs
sorti des ruines se déplace aussi
ciel gris je ne vois pas
même en ouvrant
le corps des aveugles
avec de petits saignements
alors nous allons en somnambules sont allées de somnambules
sa main se pose juste au-dessus de ma tête
sorte de battement d’ailes
il s’éloigne très vite
la lumière de la fenêtre
se déplace lentement
on ne voit plus
que poussières, débris de peau
Parfois du bleu en ruine
© Fabienne Courtade
22:27 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : littérature, poésie, fabienne courtade



