06/05/2012
Lecture de Michel Ménaché - André Benedetto : Urgent crier suivi de Les poubelles du vent, Avec un portrait de l’auteur par Ernest Pignon-Ernest, éditions Le Temps des cerises
De la colère en rafales, des mots en tornades revivent dans les écrits de jeunesse du poète et dramaturge André Benedetto récemment disparu. Jamais réédités Urgent crier et Les Poubelles du vent (Pierre-Jean Oswald, éditeur, 1966 et 1971), sont repris en un seul et fort volume par le Temps des cerises et préfacés par Bernard Lubat qui brosse un portrait fraternel de l’auteur en « géant d’humanité. »*
Témoin et acteur de son temps, à la ville comme à la scène, André Benedetto dans Urgent crier s’insurge contre les crimes et les injustices, il vomit la poésie ornementale, c’est bien « une arme chargée de futur » qu’il manie, comme en écho à la formule de Celaya. « De la vieillerie poétique / Mise en charpie, » c’est de la soudure autogène, du béton et des prisons, « des plages brûlées par le mazout / Où les enfants vont boire, » des Noirs humiliés et maltraités, de la guerre du Vietnam, qu’il alimente sa rage, irrigue le poème.
Mais la violence du verbe n’exclut ni l’émotion ni la réflexion et des visions existentielles surgissent dans le tumulte langagier, esquissent une philosophie hallucinatoire : « La distance entre un homme et un autre homme / Il faut toute une vie pour la parcourir / Quand l’un arrive / l’autre est mort / Et l’un se meurt […] Nous vivons sur les cadavres / Et les autres vivront sur nous / Comme la fleur sur le fumier… » Mais les hommes ne sont pas égaux devant la mort même. La ballade de Bessie Smith évoque la chanteuse de blues morte en 1937 « entre un hôpital réservé aux Blancs / Et un hôpital interdit aux Noirs. » L’empathie se mêle à l’indignation : « J’avais le cœur noir sous le soleil nègre. »
Le poète s’inscrit dans une fratrie universelle subjective de poètes révoltés ou réprouvés, celle des suicidés et des exclus de la société : « Ô Frère Franz dans Prague la Brumeuse / François Villon / suspendu au gibet / par la froide et rêche bretelle / de la justice des assis / Gérard pendu à la lanterne / Et Federico fusillé / Et Vladimir le suicidé […] Et combien de Mozart / Poètes en allés dans les wagons plombés / Et tous les autres… »
Le lyrisme de Benedetto ne compose pas de métaphores en guirlandes : « J’AI MAL AUX CANINES DU CŒUR, » éructe-t-il en lettres majuscules : « Je suis né dans la dent de sagesse du Christ / Dans la mâchoire de Karl Marx / La terre détraquée tourne / Pique du nez très loin en bas… » La verve satirique sait être grinçante dans un inventaire digne de Georges Pérec : « A l’heure où les bonzes emploient Shell, et les Français Sheila / A l’heure où Johnson joue au con et Mao-Tsétoung au poète / A l’heure où De Gaulle / A l’heure où on ne sait plus sur quel pied danser et où en on profite pour se laver les mains / A l’heure où la torture est encore le plus sûr moyen pour faire parler […] Que vas-tu faire ? / Quoi choisir ? / VIVRE ! Certainement / vivre comme un haricot / PATATE ! »
C’est avec « des cris des gravats dans la gorge » que Benedetto compose Les poubelles du vent. La même révolte l’anime, la « Poésie-poignard » griffe la page dans un autoportrait protéiforme brutal et provocateur : « Je suis une gangrène / Je suis un italien un papou de niouzilande un aborigène aux épais cheveux aux cheveux crépus qui cherche des gerboises dans le désert un loup qui marche babines retroussées […] une hémorragie / un gitan. »
L’héritage dadaïste et surréaliste est souvent perceptible dans les images insolites, décapantes. Benedetto se réfère aux poètes et artistes qui ont secoué l’entre-deux guerres, se moque des idoles littéraires : « On se rampe vraiment dans la tête / Et certains dans la tête des autres […] En hommage à la madeleine proustienne / J’ai plongé mon cerveau dans le café au lait. »
Le sacré n’est pas épargné, au contraire : « Ecce homo […] C’est un morceau d’éternité vautrée qui a la / forme de la muse endormie / de Brancusi / un poignard dans le ventre / il dit maman dans un mauvais hébreu / En voulez-vous ? / Moi non plus il est mort. »
Le Festival d’Avignon de 1968 sous haute surveillance policière fait l’objet d’une évocation féroce aux connotations historiques dans l’excès au goût du jour : « j’ai vu la résurrection de nos ancêtres les gaulois entre les pages de Mein Kampf / j’ai vu l’ombre d’Artaud guidée par les extra-terrestres devenir le fürher / j’ai vu l’été tragique d’Avignon 68 / quadrillé par des plaquettes vapona […] je n’ai pas vu le peuple / je n’ai vu que des flics. » Plaisir enfin de noter ce slogan placé par Benedetto en exergue : « L’imagination n’a pas pris le pouvoir mais on est content quand même. »
En clôture de ce second recueil, les cris des mouettes et les taureaux noirs de Camargue prennent place, apportent une respiration après l’urgence de l’insurrection quotidienne, élèvent la vision sur la beauté du monde ternie par les ravageurs d’espérances : « et maintenant / s’enfoncer dans cet univers / tout seul / la mer au loin / dépasser le phare / entrer dans la mer / éparpillant les mouettes / là-bas l’horizon de / la mer. »
Après le désordre exacerbé de la fureur, la pause du regard vers l’infini ouvre-t-elle une aspiration à l’apaisement, une quête d’absolu ? Attention, le poète ne baisse pas la garde, la terre est « gorgée de sel vengeur » et « le soleil jette ses couteaux dans le sable. »
* André Benedetto : Urgent crier suivi de Les poubelles du vent, Avec un portrait de l’auteur par Ernest Pignon-Ernest, Le Temps des cerises, éditions, 16 €
* Paru dans la revue EUROPE n° 988-989, août-sept. 2011
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12/02/2012
Lecture de Michel Ménaché - Mahmoud Darwich : Le lanceur de dés, Photographies d’Ernest Pignon-Ernest, Editions Actes Sud
La voix magnifique et chaude de Mahmoud Darwich s’est éteinte à Houston le 9 août 2008. Son dernier recueil, traduit par Elias Sanbar, est superbement publié par les éditions Actes Sud avec des images d’Ernest Pignon-Ernest collées sur les murs de Cisjordanie en hommage au grand poète palestinien prématurément disparu. Le lanceur de dés est un livre des questions sur les hasards et les nécessités de la vie, les parties de cache-cache avec tous les dangers, les blessures de l’histoire intime et collective : « Maintenant les collines se hissent / pour téter les nuages diaphanes / et entendre la Révélation. / Le lendemain est la tombola des perplexes… » Le conflit israélo-palestinien traverse bien sûr toutes les pages de ce beau recueil mais c’est l’intime qui cristallise la tragédie collective, le poète ne s’exprimant jamais comme un porte-parole mais sa nostalgie de la patrie déchirée et dévastée s’inscrit dans le miroir commun de tout son peuple : « Je me suis tenu dans la soixantaine de ma blessure, / je me suis tenu dans la gare, / non pour attendre le train […] / mais pour conserver le littoral des oliviers / et des citronniers dans l’histoire de ma carte… » Ce pays dépecé est évoqué d’une métaphore beaucoup plus identitaire que géographique, la subjectivité imaginaire prenant nettement le pas sur le référant monétaire érigé en symbole : « Notre pays est au cœur de la carte, / son cœur troué comme la pièce d’une piastre / au marché des ferronniers. »
Ce n’est pas sur le mode messianique que s’exprime Mahmoud Darwich, il ne se veut pas prophète, témoin tout au plus, et s’il incarne la voix multiple du peuple palestinien, il doute de la légitimité même de l’attente collective qui pèse sur sa conscience : « Qui suis-je pour vous dire / ce que je vous dis / à la porte de l’église, / moi qui ne suis qu’un lanceur de dés / entre prédateur et proie. » Sans modestie excessive, il pratique l’introspection comme un révélateur de la tragédie, la nécessité impérieuse de donner voix : « J’ai gagné en lucidité, / non pour jouir de ma nuit étoilée / mais pour être témoin du massacre. »
Entre la légende de Narcisse et la Passion du Christ, le poète tente d’éviter les écueils de l’ego suicidaire et du sacrifice prophétique : « Qui suis-je pour vous dire / ce que je vous dis ? […] J’ai la chance de dormir seul, / d’écouter ainsi mon cœur, / de croire en mon talent à déceler la douleur / et appeler le médecin, / dix minutes avant de mourir, / dix minutes suffisantes pour revivre / par hasard et décevoir le néant. // Mais qui suis-je pour décevoir le néant ? »
Dans Scénario prêt à jouer, le poète illustre sous forme de parabole l’absurdité du conflit, décrivant un combat singulier dans une fosse borgne. Il n’y aura que des perdants dans la guerre qui s’éternise : « un assassin et sa victime reposent / dans le même trou… »
Enfin, le dernier poème, Muhammad, évoque la mort d’un enfant assassiné : « ange pauvre, / à la portée du fusil de son chasseur de sang-froid.»
Poésie de combat, sans certitudes d’airain, à connotation testamentaire comme si le poète pressentait déjà une fin imminente, abattait son jeu avant de disparaître : « Face à la porte, le miroir qui me connaît / apprivoise le visage de son visiteur / et un cœur prêt à tout célébrer. / Chaque chose choisit un sens à l’accident de la vie / et se contente des dons de ce présent de cristal. / Je n’ai pas su, / pas demandé pourquoi / je fêtais la complicité du quotidien et du possible. / Pourquoi je suivais la cadence d’une musique qui / s’élèvera des quatre coins de l’univers ? »
Les portraits de Mahmoud Darwich sérigraphiés, installés puis photographiés par Ernest Pignon-Ernest à Ramallah, Naplouse et Jérusalem-est sur des façades lépreuses, des ruines hurlantes, le mur de séparation entre les territoires, au checkpoint de Qalanda, multiplient la présence du poète dans son pays martyrisé. Mahmoud Darwich, palestinien planétaire, rejoint ainsi Rimbaud, Pasolini, Le Caravage, Maurice Audin et autres figures héroïques ou victimaires des violences particulières ou collectives de l’histoire humaine, mis visuellement en scène dans les espaces urbains et les fractures du monde d’aujourd’hui par un artiste singulier, aussi talentueux que visionnaire…
Paru dans la revue EUROPE n° 978 oct. 2010
22:02 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ménaché, darwish, poésie
01/01/2012
Chantal Danjou - Récits du feu (extraits inédits)
Poète, nouvelliste et critique littéraire, par ailleurs membre du conseil de rédaction des Editions Encres Vives, Chantal DANJOU vit et travaille aujourd’hui dans le Var après un long séjour parisien. Docteur ès lettres, professeur durant de nombreuses années, elle intervient à présent dans des instituts de formation d’enseignants (direction de mémoires et conception de projets concernant la lecture et l’expérience poétiques). Elle anime aussi des ateliers d’écriture et depuis 1989, d’abord à Paris puis en Région PACA, participe à faire connaître la poésie contemporaine avec l’association qu’elle a co-fondée, La Roue Traversière : présentations d’auteurs ; table ronde autour de revues et d'éditeurs de poésie ; interdisciplinarité artistique. Elle est, d’autre part, sociétaire de la SGDL et membre de la Maison des Ecrivains et de la Littérature.
Denières publications:
Poètes, chenilles, les chênes sont rongés, Ed. Tipaza, Cannes, 2008
Blanc aux murs rouges, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2009
Les Amants de glaise, Ed. Rhubarbe, 2009
Pension des oracles à l’auvent de bambou, Ed. Encres Vives, Colomiers, 2011
La mer intérieure, entre les îles, Ed. Mémoire Vivante, en projet pour 2012
L’ancêtre sans visage, Ed. Collodion, en projet pour 2013
Anthologies:
Et si le rouge n’existait pas, le Temps des cerises, 2010
Pour Haïti, Desnel, 2010
Les poètes en Val d’hiver, Anthologie par un collectif international, Corps Puce, 2011
Anthologie de la poésie érotique féminine contemporaine de Giovanni Dotoli, Hermann Lettres éditions, 2011
*
Récits
du
Feu
D 554
Brûlée. Rien ne bouge dans cette partie de la colline. Là. Une éternité. Et cette table d’orientation.
Pas seulement la colline. Brûlés. Les pins, les fleurs d’arbres. Le grand pluriel d’adret : chênes verts, bruissements, noms de plantes et d’oiseaux. Les arbustes passés au noir blanchissent. Blanchissent les rochers comme champ de neige. Neige, éternelle, chantante.
Les arbustes ? Une conscience. Le versant argileux. Sans prise sur le réel. Jour gris. Sa limpidité doucement. Passe. Aucune ombre. Ne danse. Ne frétille
D 25
Une certitude. On ne jette pas les couleurs. Comme les brindilles dans le feu. Autre certitude : la neige. Accumulation. Pellicule. Objets hétéroclites. Clairs-obscurs.
Terre. Révolue terre. De minuscules architectures. De grotesques jardins. Maçons, bâtisseurs et. Charpentiers, couvreurs, peintres. Pas plus hauts que soldats de plomb. Ils disent : gagner du terrain. L’été vient. Ni eau. Ni feu. Ni tremblement
N 7
Deux maçons et un peintre. Happés par la fourmilière. Charpentier enterré. Dans taupinière. Petite cueillant des fleurs. Ils chantent : Ah ! Mon beau château, ma tant’tire lire lire !
Rançon. Et les corps. Portant collier, bracelet. Couronnes de fleurs, boucles. Voici la mort. Formes et stupeurs. Perfection
A 57
Une forêt. Noire. Monte. A travers les arbres. Plus claire-colline. Le jour aux branches. Laisse voir. Par transparence : les baies rouges. Gros levant. Ou gros couchant. Le désespoir. Des brumes de chaleur. Amorce et délitement. Avec nuits successives. Nombreuses. Rapprochées. Espaces menés à saturation. Des écharpes : feuillages. Confins, toitures. Qui flottent
Extraits inédits - © Chantal Danjou
21:08 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, chantal danjou
20/11/2011
Bernard Mazo - Testament
Né à Paris en 1939, poète, critique et essayiste, Bernard Mazo a publié une dizaine de recueils dont La cendre des jours (Voix d’encre, 2009), Prix Max Jacob 2010, Cette absence infinie (L’Idée bleue, 2004), La vie foudroyée (Le Dé bleu, 1999) et un essai : Sur les sentiers de la poésie (Melis Ed., 2008).
Il figure dans plusieurs anthologies dont Poésie de langue française, 144 poètes d’aujourd’hui (Seghers, 2008), L’Anthologie de la poésie française (Larousse, 2007), La Poésie française contemporaine (Le Cherche-Midi, 2004), Pour Jean Orizet, c’est un poète qui « élève sa désespérance à la hauteur d’une morale avec du Cioran chez lui ».Dans Le Monde, Alain Bosquet souligne que « Lapidaire parmi les lapidaires, Bernard Mazo arrive à une densité lumineuse que peuvent lui envier bien des poètes célèbres. » Monique Petillon dans le mêm
e journal écrit, à propos de La vie foudroyée : « Voici une poésie magnifique que traverse une lucidité lumineuse, une tension constante entre parole et mutisme.»
La nouvelle revue de poésie Phoenix (Marseille) vient de lui consacrer un dossier dans son N°3.
*
TESTAMENT
Soleil plus altier
plus brûlant
que le plus brûlant des étés
O saisons
de toutes mes douleurs !
Incendie mes jours
consume ma vie
que je m’endorme enfin
dans l’oubli secourable !
J’aurai alors ce regard vide
des insectes sur la pierre
la mémoire vraiment saccagée
le corps bien froid
Ah ! Recouvrez-moi de cendres
ensevelissez-moi !
Je ne suis d’ici ni d’ailleurs
ni poussière dans le vent
ma terre est plus lointaine
que le plus lointain des confins
et mes mains
ne sont plus habitables…
Gassin, été 2010
22:07 Publié dans Inédits, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : poésie, bernard mazo, phoenix
18/11/2011
In memoriam Pierre Dumayet
(Dans L'Indépendant de ce jour 18 novembre 2011, Serge Bonnery, Président du Centre Joë Bousquet et son temps rend hommage à Pierre Dumayet. Que publier ici son article soit manière de m'associer au chagrin de son épouse Françoise et à celui de tous ses amis.)
Pierre Dumayet avait épousé l’Aude
Homme de télévision, écrivain, auteur de documentaires consacrés pour la plupart à des peintres et écrivains, Pierre Dumayet s’est éteint hier à l’âge de 88 ans à son domicile parisien.
Il avait été, aux côtés de Pierre Sabbagh et Pierre Desgraupes, le pionnier de l’information télévisée avec la présentation des actualités, ancêtres du journal télévisé et bien sûr l’émission « Cinq colonnes à la Une » qu’il co-dirigeait avec Igor Barrère, un grand classique du petit écran. Défenseur convaincu de la liberté d’expression et de l’indépendance de l’information, il avait fait les frais de son engagement en 1968 – on ne pardonnait déjà pas facilement aux hommes de conviction - mais n’avait pas moins poursuivi une trajectoire personnelle originale.
Homme de culture, Pierre Dumayet était un amoureux de l’art et des lettres. Les plus anciens d’entre nous se souviennent de « Lectures pour tous », cette émission littéraire qui fut en quelque sorte l’ancêtre d’Apostrophes. Sur le plateau, Pierre Dumayet reçut quelques pointures de la littérature de son temps : Marguerite Duras par exemple, et le toujours très controversé Louis-Ferdinand Céline dont l’entretien fut, lui aussi, un moment exceptionnel de télévision.
Outre ces activités, Pierre Dumayet a aussi écrit de nombreux films pour la télévision, sur des artistes qu’il aimait. Citons son ami le peintre Pierre Alechinsky dont il dévoila l’atelier au grand public, le poète Pierre Reverdy (né à Narbonne) dont le film co-signé avec le réalisateur Robert Bober a encore été projeté la semaine dernière lors du Banquet du Livre d’automne à Lagrasse, et enfin les écrivains Marcel Proust et Gustave Flaubert. Tous ces documentaires avaient été diffusés dans le cadre de l’émission de Bernard Rapp, « un siècle d’écrivains ».
« La vie est un village »
Et puis tout près de nous, plus près en tout cas que de Paris où il vécut une immense carrière de journaliste et d’homme de télévision, Pierre Dumayet avait épousé l’Aude. Avec Françoise, son épouse artiste peintre, ils avaient acquis une maison à Bages, dominant l’étang éponyme qu’il contemplait toujours avec bonheur pendant les longs mois de printemps et d’été où il s’installait « à la campagne », comme il disait. « La mer qui est loin derrière la mer que je vois ne doit pas être belle à voir. Si j’étais un bateau, je pourrais décrire la tempête, mais je suis assis à ma table et je n’ai peur de rien… » (1) Ainsi décrivait-il ce qu’il voyait de sa fenêtre, à Bages où il goûtait à la sérénité des paysages et où, à ses heures, il était lecteur de L’Indépendant qu’il épluchait avec une tendresse particulière pour les chroniques des villages dont il restituait la saveur lors de lectures partagées.
Pierre Dumayet avait tissé des liens forts avec la région. A Perpignan, il comptait quelques amis fidèles parmi lesquels la galeriste Thérèse Roussel qui avait consacré dernièrement une exposition aux travaux de son épouse Françoise. Dans l’Aude, il était devenu un proche du Centre Joë Bousquet pour lequel il donna de son temps en se révélant un soutien sûr dans l’organisation de bon nombre d’expositions et de rencontres consacrées à la littérature et aux arts plastiques.
Enfin, il était le compagnon de route du Banquet du Livre de Lagrasse et des éditions Verdier où il a publié pas moins de cinq romans. Car Pierre Dumayet, qui avait tant fréquenté les auteurs et les livres, était aussi un authentique écrivain, pas un écrivain « à temps perdu » mais l’homme d’une langue lumineuse par son élégance et pétillante d’intelligence. Une langue accueillante et radieuse.
Pierre Dumayet était un écrivain du soleil, de la sieste railleuse et de l’apéritif rieur : sa vie à Bages était un village, pour paraphraser le titre d’un de ses livres, et sa disparition laisse ses amis audois et catalans dans la peine, eux qui le voyaient comme un roc indestructible.
Alors puisqu’il parlait si bien, si juste, laissons à Pierre Dumayet le mot de la fin avec cette évocation nonchalantede la mort incongrue : « Dans une centaine d’années, je ne me souviendrai plus de la couleur de ma voiture. J’aurai perdu ma mémoire en même temps que le reste. Mon nom ne sera plus le mien. A ma place il n’y aura personne… ».
Serge Bonnery
(not) (1) Les citations sont extraites de « Brossard et moi » et « La nonchalance », romans publiés aux éditions Verdier. Pierre Dumayet est également l’auteur de « La maison vide », « Le parloir », « La vie est un village » (Verdier) et « Autobiographie d’un lecteur » (Pauvert et Le Livre de Poche).
18:46 Publié dans Dans les turbulences, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1)
01/11/2011
Hélène Sanguinetti - Voici la Chanson (extrait inédit)
Hélène Sanguinetti écrit depuis toujours et publie depuis dix ans. Elle participe à des revues françaises et étrangères, et sur le Net, des anthologies, émissions radiophoniques, mises en voix, festivals et entretiens en France, aux USA, en Belgique, en Slovénie et en Finlande (Salon du Livre d’Helsinki, octobre 2010). Son écriture polyphonique et polymorphe, qui utilise les registres les plus variés et opposés, la fait naturellement se rapprocher d’autres expressions artistiques : chorégraphie (Corinne Barbara a dansé, Les Editions du soir au matin, 2009), peinture (Gora soli, avec Anna Baranek, L’Attentive, 2008 et O 3, cahier d’artiste, 2006, Les Ennemis de Paterne Berrichon & Espace Liberté de Crest) interventions plastiques (Deux Noyaux Pour Commencer La Journée avec Stéphanie Ferrat, Remarque, 2009).
Ses livres, sortes de "partitions", sont le lieu où se rassemblent des voix éparses et distinctes, véritables "équipées" dans le temps et l’espace, cela se voit et s’entend : "du poème".
Elle vit et travaille en Provence.
L’extrait présenté ici appartient à son dernier livre (à paraître) : Et voici la chanson. Il est dédié à Ann Cefola, sa traductrice américaine.
Bibliographie :
Toi, tu ne vieillis plus, tu regardes la montagne& (Une pie) : deux ouvrages à voir et à écouter (Publie.net, Coll. "L'Inadvertance", 2009).
Le Héros (Poésie/Flammarion, 2008).
Hence this cradle (traduction en anglais de D’ici, de ce berceau par Ann Cefola, bilingue, Otis Books/Seismicity Ed., Los Angeles, 2007)
Alparegho, Pareil-à-rien (L'Act Mem, 2005)
D'ici, de ce berceau (Poésie/Flammarion, 2003)
De la main gauche, exploratrice (Poésie/Flammarion, 1999).
Dernières publications collectives et entretiens (2010-2011) :
RTBF, « La Pensée et les Hommes », La place du lyrisme contemporain en poésie : "les voix d’Hélène Sanguinetti" entretien avec Thierry Genicot, avec la participation de Muriel Verhaegen et Yves di Manno
L'Enigme-poésie: Entretiens avec 21 poètes françaises, John Stout, Ed. Rodopi, Amsterdam
Revue "Nu(e)", n°44 : Corse, 13 poètes, traductions en corse de Stefanu Cesari
Runoilevien naisten kaupunki (la Cité des femmes poètes), poésie nouvelle de langue française, traductions en finnois, de Marja Haapio Ed. Tammi Publishing, Helsinski.
"Source, n°48, Women in translation, Special issue", "The Dirty Goat", n°21, "Presa 11/12", traductions d’Ann Cefola
Couleurs femmes, Poèmes de 57 femmes, Le Castor Astral
* La photographie est de Masa Pfeifer
Voici la CHANSON
(para bailar a dos)
Je viens dans le jardin
flamenquer existar por existar
et tu dis d’entrer
s’il y a un verger
pas de pommier tu es là
Nous dansons comment flamenquons
Là-bas de l’autre côté autre côté ? qui est là ? là-bas
derrière l’Atlantique ou Pacifique avenir
fin duvet fin cœur enfin tout
Arrive prince ou princesse l’alcôve de verdure
déploie une hanche puis 2
sodas passent nous dansons au frais
au chaud et dis-le au couple majeur de la chanson
Qui est là ? et dévalent escaliers besoin de toi
de secret l’eurydice l’orphée qui dansent à reculons
moi je flamenque avec toi dans le jardin on aime
le soleil eux tango ils reculent Aboiements lointains
une forge et flamenco prend flamenca Un verger
puis la mer éclatante puis le vent et oiseaux et
dansons qui est là ? horizon, à redresser l’horizon
c’est un "r" de trop l’air de ta chanson-son-son-son-son
pour danser por existar por flamenquer
por toi et moi Renversés sur le gazon Un avion
trace un fil tendu jusqu’en Oubli filant ici
un Chien une Ourse un Quoi
Il n’y a pas lieu d’attendre
Il n’y a pas lieu d’attendre
Il y a une barque
Il y a une barque
Elle avance
Elle avance
Comprends pas, Comprends, la peine n'est pas repue déjà
pour pleurer il faut rire il faut brûler
Paon montre son derrière c'est la visite
journalière on ne prie plus
dans le jardin les prunes tombent
sur le nez du visiteur veut exister
entre dans le poulailler, entre avec moi
je veux Danser por enjouir de joie et toi
Brume aboie on n'entend pas on joint les étoiles
des tresses des montagnes du Japon et jupes de soie
on entend les papillons et le paon il trompette
tant-tan-tan-tan tantantantan
qu'il y a des âmes por flamenquar por flamanquer
même la nuit c'est jour, c'est lucioles partout
qui godillent et torpillent et cymbalent
sans un son, les sourds font musiquer les arbres
fondent et l'âge de l'amour sort ses habits un à un
la tondeuse écarlate les pierres du jardin, enfer !
Ridicule ! et minuscule piqûre sur ton bras
Peau éclate au soleil, peau va partir à la rivière
Il faut enjamber Océan qu’est-ce que tu dis qu’est-ce
que tu dis ?
Il n’est pas de botte qui aille loin pas d’âge ni clairon
Pour enjamber Voici la Chanson qui fait pleurer
de joie Tu pleures oh pourquoi Pleure ? n'ai pu
prendre tous les chemins humains à la fois
oh là là un seul humain et ta main
Il n’y a pas lieu se lamenter
Il n’y a pas lieu se lamenter
Il y a une libellule
Il y a une libellule
Elle grésille
Elle grésille
Suis ici de l'autre côté c'est nuit et rire à l'instant
près de toi suis ici ailleurs et tourne
avec la Danse oh ces Bras
Sainte Foi est en moi oh là là là
Dans la côte flamenco suit flamanca
Suis-moi où nous allons si glisse le pied et torrent roule
une pierre ramassée au vol en descendant un champignon
mauvais retourné, tu l’as vu? Qui est passé ici avant toi et
moi
ici qui passera ? dessus dessous joïr viendra
por existar por flamanquer et flammes il y a
des incendies fermement du vent dans
tes cheveux le blé il chante je danse
et toi pierre emportée dans la poche elle tient ?
un poisson pierre une sorte je le jure Pins crochetés en travers
oh quel silence quel air quel beau cadeau c’est beau
c’est la montagne tout en haut oh, oh
Remercions tous les dieux de la nature ils se
cachent dans ces bois brûlent d’amour entre eux
des grappes et des jambes luisantes dépassent
tremblent d’amour les feuilles moi pour toi
Existar por existar Qui danse ici, qui chante ?
aux sources lave-toi et s’il vient un reflet un écho
oh, oh Sainte Foi Sable Rouge dansent là-bas chez toi
c’est loin Sur le pré chevaux dansent vaches dansent
nuages dansent
et toi
Il n’y a pas lieu de craindre
Il n’y a pas lieu de craindre
Il y a la mer
Il y a la mer
Elle brille
Elle brille
espoir S’invite sous la table monte ton pied descend
sur le mien Espère amour c’est heure de joïr et joïr
voici flamenco et flamenca
por existar por existar
Il n’y a pas lieu de craindre
Il n’y a pas lieu de craindre
Ils dansent
Ils dansent
♥♦♠♣♀♂
SE ACABÓ
FIN DE DANSE.ET FIN DE CHANSON
↓
22:09 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
31/07/2011
Georges Cathalo - Au carrefour des errances
( Georges Cathalo est né en 1947 à Albi et vit dans la campagne lauragaise, près de Toulouse. Il a publié une vingtaine de plaquettes de poésie depuis « Salves » qui avait obtenu le Prix Voronca en 1979. Il fait paraître régulièrement des notes de lecture et des articles dans de nombreuses revues. Parmi les publications poétiques les plus récentes, on peut citer : « Des mots plein les poches » (Milan éd., 2002), « Noms communs » (Gros Textes éd., 2004), « Quotidiennes pour oublier » (La Porte éd., 2006), « L’Echappée » (Encres Vives éd., 2006), « Quotidiennes pour dire » (La Porte éd., 2007), « A l’envers des nuages » (Encres Vives éd., 2009), « Noms communs, deuxième vague » (Gros Textes éd., 2010), « Au carrefour des errances » (Airelles éd., 2011) et « Quotidiennes pour écrire » (La Porte éd., 2011).)
*
Georges Cathalo vient de publier Au carrefour des errances (RL éd. Airelles, 4 euros, 2011). De ce volume, j'extrais le poème Résilience qu'il nous a permis de mettre en ligne.
Résilience
à Philippe-Marie Bernadou
Quand le malheur frappe
de la mémoire surgissent alors
Le premier lilas d’avril
La saveur d’une pêche
Le souvenir d’un regard croisé
Remontent du fonds du puits
Une odeur de livre neuf
Une date qu’on croyait oubliée
Une chimère vagabonde
Et puis surtout la petite clé
Celle qui ouvre
Les voyages impossibles.
19:19 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
20/06/2011
Claude Vercey - Ode au président S
( Claude VERCEy est né en 1943 à Dijon.
Après quelques années d'enseignement, administre de 1974 à 1984 le Théâtre de Saône-et-Loire, où il est pleinement associé à la vie théâtrale (comédien, assistant metteur en scène, dramaturge) et écrit une dizaine de pièces.
Crée en 1984 un poste de permanent dans l'association de poésie du collectif Impulsions (Chalon-sur-Saône). De la poésie il fait ainsi pendant plus de vingt-cinq ans son métier, œuvrant à la défense et illustration de la poésie contemporaine à travers lectures ou spectacles, en Bourgogne et dans toute la France. Conseiller artistique pour le Festival Temps de Paroles (Dijon).
Appartient au comité de rédaction de la revue Décharge. Responsable de la collection Polder. Chronique sur internet : les I.D sur www.dechargelarevue.com .
Dernier livre publié : Mes escaliers, Le Carnet du dessert de lune éd.)
*
A l'École Nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris, l'artiste chinoise Siu-Lan Ko a été censurée pour une installation jugée provocatrice à l'encontre du Président S, installation qui a été retirée avant l'ouverture de l'exposition. L'œuvre avait été mise en place sur le façade, et était composée de quatre banderoles géantes, chacune portant un des mots suivants : travailler, gagner, plus, moins.
(Selon Libération du 12 février 2010)
Une jurisprudence semble donc s'établir selon laquelle un mot ou une expression utilisés par le président (pov' con par exemple) doit être à la suite retiré du langage courant ou n'être utilisé qu'après autorisation préalable. Nous laisserons-nous ainsi confisquer des mots qui nous appartiennent ?
Ode au président S.
Je travaille moins
car je ne travaille plus
mais je gagne un peu
un peu chaque mois je gagne un peu
un peu un peu moins chaque mois.
Alors je travaille un peu
de loin en loin
pour gagner un peu
un peu plus que le peu que je gagne.
Et en effet miracle
plus je travaille plus je gagne, oui.
*
Travailler pour gagner sa vie
plus ou moins
Traverser la vie tout en travaillant
Gagner sa vie en travaillant
Ne pas perdre sa vie à travailler
Travailler moins pour travailler mieux
Travailler plus aujourd'hui pour
ne plus travailler demain
ou travailler moins
au moins
Pour ce qu'on gagne autant ne pas
se tuer au travail
travailler plus ou moins pour
s'en sortir
Mais qui vous travaille
qu'est-ce qui vous gagne ?
Être travaillé par le travail
être gagné par la gagne
Travailler plus
pour plus ou moins gagner plus, vous raillez ?
Ne déraillez-vous pas un peu
plus ou moins ?
*
A travailler plus on
gagne plus et
qu'est-ce qu'on gagne ?
Qu'est-ce qu'en plus on gagne quand on gagne ?
Et quand on gagne ce qu'on gagne
qu'est-ce qu'au final on a gagné ?
La considération d'une foule émue,
celle de son patron, les embrassades de ses
collègues, ou gagne-t-on
la sortie ? La berge opposée ?
La vie ? A-t-on gagné sa vie au moins
ou aurait-on gagné du temps ?
Et qu'est-ce qui te travaille là
tout d'un coup puisque tu as gagné ?
*
Ceux qui travaillent plus
et ceux qui gagnent plus
sont-ce les mêmes ?
Ceux qui travaillent encore plus
et ceux qui gagnent toujours plus
sont-ce les mêmes
comme il était indiqué dans la notice ?
Un soupçon plus ou moins
me gagne
me travaille
plus ou moins.
*
Ce qu'on gagne
à travailler plus
c'est
ce qui se goûte à plein
dans les moments où on ne travaille pas
*
Travailler moins
pour goûter davantage
De temps en temps s'y mettre
selon l'humeur et le temps
partager la tâche
assurer sa partie
travailler juste
juste ce qu'il faut
Travailler en douce
Aller piano aller son train
Ne pas travailler
Ne pas gagner gros gagner son pain
travailler à mi-temps pour casser la croute
Bosser pour le plaisir
travailler selon ses moyens son âge
ses besoins prendre congés
donner de son temps
prendre son temps
battre le fer pendant qu'il est chaud
et le dimanche s'en aller tranquillou
rouler sa bosse à la campagne
s'en foutre
toujours plus ou moins
et de plus en plus
joyeusement reprendre la main
Claude Vercey
Dernière minute : Sur intervention du ministre de la culture, les Quatre mots incriminés ont été rendus à la liberté, et l'œuvre de Siu-Lan Ko réinstallée sur la façade de l'Ecole des Beaux-Arts.
15:31 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : poésie, claude vercey, revue décharge
10/04/2011
Une nouvelle revue - Phoenix
16:23 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : revue de poésie, phoenix, marseille
Colette Nys-Mazure - à propos d'Andrée Chédid
( Colette Nys-Mazure Écrivain et poète, a notamment publié Célébration du quotidien, Singulières et plurielles (DDB) et La chair du poème, petite introduction à la vie poétique (Albin Michel). Elle vient de publier L'eau à la bouche (DDB) livre qui propose une flânerie entre quelques poètes de son anthologie.
On lira ci-après le texte qu'elle a écrit le 22 février 2011 en hommage à Andrée Chédid.)
Une femme de notre temps : Andrée Chedid 1920-2011
Il y a 36 ans - en 1975 - à la suite de Frans Hellens, Anne Hébert, Jean Starobinski…, André Chedid a reçu, de l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises, le Grand Prix de Littérature hors de France pour l’ensemble de son œuvre. C’est dire que la Belgique n’a pas tardé à reconnaître sa qualité exceptionnelle. Son Contre-chant a mis très tôt l'accent sur l'impulsion profonde, la modestie souveraine du propos universel: Le Je de la poésie est à tous/ Le Moi de la poésie est à plusieurs/ Le Tu de la poésie et au pluriel.
L’émission de la série Ecrivains du XX siècle que lui a été consacrée Bernard Rapp est à l'image de la femme. Elle commence dans une classe de lycée où elle répond avec bonté et intelligence aux questions des étudiants qui l'ont invitée : beau reflet de sa disponibilité dont j'ai pu vérifier la permanence.On la voit comme passerelle entre les jeunes, qu'ils soient comédien (Bernard Giraudeau) ou chanteurs (son fils Louis et son petits fils M). On la voit femme multiple en poésie, au cinéma, en théâtre, en chanson, en romans. On y retrouve la femme née en 1920 et formée entre Nil et Seine, entre Le Caire et Paris.
Elevée dans l'aisance, Andrée Chedid est sensible à toutes les détresses. En témoigne cet aveu enregistré par Jacques Izoard, dont l’excellent numéro 232 de Poètes d'Aujourd'hui paru en 1977 chez Seghers devrait être remis à jour : Une grande maison au bord du Nil. Un frère un peu plus jeune. Des réceptions, des bals, le soir. Couchés sur une sorte de balcon circulaire troué au centre, nous regardons, mon frère et moi, ce monde clinquant, à la fois féerique et factice. D'autre part, la vie des rues frappe d'autant plus avec ses îlots de misère, avec ses mendiants sur les trottoirs, criante et bouleversante présence : un homme sans bras, un enfant-tronc, une vieille dans ses "robes-enveloppes". Les contrastes font mal. (Izoard p.20-21).
Andrée Chedid n'a jamais été infidèle à la vision d'enfance: Un soir, dans le jardin, il pleuvait. Je prononçai comme un serment de fidélité à l'enfance. Le monde adulte paraît faux, masqué, plein d'intrigues. On ne veut pas entrer dans la danse. Il sera, il reste toujours difficile de prendre son visage d'adulte; on voudrait sas cesse se délivrer des mailles qui enserrent et rétrécissent les champs du coeur neuf.( id p.21
Comme Van Lerberghe, Supervielle ou Saint-John Perse, c'est un poète de la célébration mais dont le lyrisme omniprésent, avec le temps et le travail, s'épure et s'allège sans jamais se dessécher. Elle affirme que, malgré le Cérémonial de la violence le monde est beau et que chaque visage nous est proche. Elle nomme pour le plaisir de nommer, elle invite à la fête grave et mesurée comme aux fantaisies et aux lubies, aux jeux de langage; sans jamais sombrer dans l'anecdote mais "en l'élevant au niveau de la fable" ainsi que l'observe justement Izoard. Sa poésie privilégie aussi bien l'insolite que le familier, On aborde des terres inconnues dont on pressentait l'air et le sel écrit-elle dans Visage premier.
Avec Héraclite d'Ephèse, elle croit que Sans l'espérance nous ne rencontrerons jamais l'inespéré. Dans la pulpe du coeur,/On ficha/ L'espérance. écrit-elle. Aux ténèbres, elle oppose la lumière sans faire l'économie de vide qui l'assaille à certaines heures: Je m'accouple au vide : /Plus de fond à mon être,/Les heures me traversent,/ L'âme est un cercle gelé. Avec réalisme et une conviction qu'elle a répétée à Bernard Rapp, elle observe Nous ne pouvons bâtir / Qu'adossés à la mort
La maternité a joué un rôle important : mise au monde analogue à celle du poème ainsi qu’en témoigne Prendre corps, cette étonnante suite publiée par Guy Levis Mano et reprise ensuite dans l'ensemble intitulé Cavernes et soleils Elle, qui excelle dans le poème bref, lapidaire ou ciselé, peut aussi prendre souffle pour soutenir un poème long et rythmé .
Elle a réfléchi à la poésie en tant que telle, avec une lucidité aiguë et sans complaisance narcissique; ainsi dans Poésie I (Visage premier de 1972)
Poésie
Tu nous mènes
vers la substance du monde
Lacérant en poèmes
le bandeau des mots
Rompant le cartilage
Dénonçant leurs lézardes
Questionnant la clairière
Cernant tout le brasier.
Andrée Chedid, comme Jean Cocteau, est poète à plein temps ; qu'elle s'exprime par d'autres genres littéraires ou s'en tiennent à la poésie répertoriée comme telle. A propos du théâtre, elle a souligné pour Bernard Rapp l'influence d'un professeur de l'Ecole Américaine du Caire qui l'avait projetée sur scène, lui donnant à découvrir ce langage direct . J’ai monté avec mes étudiants sa Bérénice d'Egypte et j’ai pu vérifier l’efficacité de son écriture dramatique.
Passant à la prose, elle, qui ne se croyait pas capable de dépasser la longueur d'une nouvelle, d'un conte, est venue au roman. Dans une suite d'aphorismes intitulée Terre et poésie in Visage premier en 1972 elle dit magnifiquement : « Le roman prend corps pour ensuite se vêtir. Prenant âme, la poésie demeure nue « . Ses textes sont proches du scénario de cinéma puisque le cinéaste égyptien Chahine a filmé Le sixième jour et Bernard Giraudeau l'Autre.
Avec ce même Giraudeau qui l’a précédée sur l’autre rive, elle avait publié dans la » Bibliothèque des voix » chez Antoinette Foulque Textes pour un poème Poèmes pour un texte. Je l’ai sous les yeux et dans l’oreille . S’y marient leurs deux voix qui n’en finiront pas de résonner dans notre mémoire.
16:00 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
Yves Ughes a lu L'internationale du rythme, ouvrage consacré à Serge Pey
Il est des notes impossibles à écrire et que l’on doit faire pourtant, impérativement, car les textes éblouissent.
Mais comment dire l’éblouissement ?
Le livre consacré à Serge Pey et l’internationale du rythme donne le tournis ; scandé, lancinant, fulgurant, jouant sur des accélérations et des instants de calme approfondissement il se bâtit à l’image de celui qui donne la parole aux bâtons, qui hâte la venue de la pluie et fait surgir le soleil. Une pluie de comètes dans la nuit des temps. Que le titre souligne.
L’Atelier des Brisants nous donne ici une leçon de vie, l’ouvrage fait cinq cents pages, et c’est de vitalité poétique qu’il s’agit.
Quelque soixante-quatre contributions s’appellent et se répondent pour laisser une trace lumineuse dans le ciel. A chacun de la lire, comme fulgurance. Car Serge Pey appelle d’emblée une réaction-manifeste : pas de statue pour le poète.
Tout chroniqueur ne peut qu’être confondu par la beauté des titres suscités par l’homme che impugnava un bastone…et qui se livre avec force –lo sforzo fisico- dans la mise en corps de la poésie. Tous les articles convergent pour dire ce claquement d’homme qui déchire le silence compassé du monde établi. Comment dès lors en privilégier certains et en taire d’autres ?
La note est décidément impossible.
Sauf, à prendre les grandes étapes du recueil et à procéder en descente, en spirale vers les horizons ouverts.
Esquisses et portraits de Serge Pey. Halte 1. Fraternité. Halte II. Théorie du poème. Halte III. Le guerrier du sens : éthique et politique du poème. Halte IV. La parole des bâtons. Halte V. Poésie d’action ou « mise en rite du rythme ». Halte VI.
Chacune de ces scansions est ponctuée par des textes de Serge Pey. Deux incursions permettent d’entrer dans le livre et de suivre les rayons d’un soleil qui bascule du XX au XXIème siècle dans une pulsation déclenchée, dans une transe radieuse.
Il faut lire « la porte et la table » comme un mode d’entrée dans ce monde. Parfois en ce temps-là, les animaux remplaçaient les hommes pour crier. Prend corps ici un monde de Gardes civils, de mue de serpent, de grève, mais aussi de raisin et de couteau. Plus d’invités que prévu ? Qu’importe, la porte verticale –faite à grand peine et avec grand soin- va devenir table horizontale, lieu d’accueil. De l’événement intensément vécu, du partage fraternel et militant mis en place autour des plats, naît un mode de poésie :
Ce trou dans la maison, durant toute une journée, est resté en moi comme la preuve d’un avenir qui accouche.
Pour manger ce que nous avions à dire ou pour écouter l’inconnu, il faut savoir ouvrir le monde.
Ce n’est pas les mots ni les choses qui firent de moi un homme, mais les trous.
On n’écrit pas de la poésie, on vit en poésie.
Et il faut entendre la gueulante poussée par Serge contre la dispersion quand « les avida-dollars et les roteurs d’euros se sont donnés rendez-vous à Drouot pour la vente de l’invendable ». Il s’agit bien sûr des objets agencés par André Breton en poème. Vendre ces objets qui sont les mots d’un Grand-Œuvre participe du génocide de la poésie.
Poème de bâton brandi, animé par la rage de traverser ce monde prédateur, qui accumule ses richesses pour se gaver de certitudes, ce monde toujours prompt à dynamiter toute parole qui le dérange.
Sur la tombe de l’amour fou, il ne nous reste que nos poèmes pour faire basculer le monde du côté de la plus haute clairvoyance.
Ce qu’il faut d’humanité pour entrer dans la scansion du monde, ce qu’il faut de puissance pour entrer dans le rythme de la fraternité…tout dans cette approche du poète donne à l’entendre. Et le CD accompagnant le livre donne de la vie, de la voie à la richesse des mots qui constituent cet ensemble fertile.
Puisse une note impossible appeler à ce partage.
Serge Pey, L’Internationale du rythme, Sous la direction d’Andréas Pfersmann
L’Atelier des Brisants. DUMERCHEZ, 35 €uros.
15:35 Publié dans Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : serge pey, poésie, yves ughes
02/03/2011
Raphaël Monticelli - L'écriture en bribes, livres d'artiste, oeuvres croisées & autres bricoles
40 ans que Raphaël Monticelli creuse son regard sur l’art et la littérature.
40 ans qu’il traque l’origine du sens dans cette mise en objet – physique et symbolique – de notre présence au monde.
40 ans d’amitiés – on ne saurait toutes les citer ! – de Marcel Alocco aux éditions de l’Amourier en passant par Martin Miguel, Max Charvolen, Henri Maccheroni et les écrivains : Michel Butor, Martin Winckler, Jean-Marie Barnaud…
40 ans que cette amitié – cet autre nom que je donne à la création quand elle se pense comme question ! – d’une part, interagit avec son travail spécifique d’écrivain – On sait que Raphaël Monticelli est l’homme des « bribes » ( 4 tomes des Bribes tirées de la mort de Dom Juan sont parues à ce jour aux éditions de l’Amourier), ces restes d’une expérience du monde, des êtres et des œuvres tels qu’ils se mêlent dans l’histoire, expérience vouée à l’éclatement et à la dispersion et qu’il s’efforce de recueillir en mendiant errant à la poursuite de quelque issue – et d’autre part, a pris la forme de livres particuliers qui naissent de la rencontre entre un artiste et un écrivain que l’on désigne aujourd’hui sous l’expression peu claire de « livre d’artiste ». Ce sont eux qui vont être montrés du 2 mars au 8 mai 2011 à la Bibliothèque à Vocation Régionale Louis Nucera de Nice (Vernissage le 3 mars à 11h). Plus d’une centaine de livres d’artiste et d’œuvres croisées à quoi Raphaël Monticelli n’hésite pas à rajouter le terme de « bricoles ». Oui, « bricoles », ces livres improbables, nés de l’intimité, du croisement des recherches d’un artiste d’un artiste et d’un poète, de la volonté de donner à ces croisements un lieu spécifique d’expression qui ne soit plus tout à fait un livre ni tout à fait un tableau, une toile ou une gravure. La « bricole » est là dans cet entre deux – Avec parfois en tiers, l’intervention d’un éditeur ! – ni tout à fait ceci, ni tout à fait cela. Allant quelque part, les acteurs du livre d’artiste ne savent pas où ils vont. Ils inventent les routes au sein de ce lieu plastique, sorte d’utopie en acte, présente et agissante, dit parfois Raphaël Monticelli. Le livre, cet objet tangible, manipulable qui a une forme et des limites, ici se transforme, s’ouvre. De messager d’un ailleurs – cet auteur inconnu - il devient rôdeur de crêtes, éclaireur de lisières, veilleur aux confins mal assurés.
La randonnée sera belle. De vitrine en vitrine, d’écart en écart, toujours à côté des livres avec Martin Miguel, Max Charvolen, Serge Maccaferri, Henri Maccheroni, marcel Alocco à ceux avec Leonardo Rosa, Jean-Jacques Laurent, Gérard Serée, Gérard Duchêne en passant par François Goalec, Gilbert Pedinielli, Armand Scholtès, Luc Warneck, Martine Orsoni, Monique Thibaudin, Yves Popet, Valérie Sierra, Anne-Marie Lorin, Max Partezana, Giuseppe Becca, Fernanda Fedi, Eric Massholder, Claudio Casavacca, Giorgio Robustelli, Renato Bonardi, Giacomo Lusso…
On n’oubliera pas les mots de Claude Levi-Strauss : « la poésie du bricolage lui vient aussi et surtout, de ce qu’il ne se borne pas à accomplir ou exécuter ; il raconte (…) le caractère et la vie de son auteur. » Ce sont des vies, des bribes de vie que vous viendrez voir à la BMVR de Nice, si vous passez par là. D’infinis @font-face { font-family: "Cambria"; }p.MsoNormal, li.MsoNormal, div.MsoNormal { margin: 0cm 0cm 10pt; font-size: 12pt; font-family: "Times New Roman"; }div.Section1 { page: Section1; }paysages – Tiens, le libellé du Printemps des poètes 2011 ! – d’amitié.
A cette occasion, la BMVR publie un catalogue dans lequel j'ai publié le texte qui suit:
Je lis les écrits de Raphaël Monticelli comme…
1) ceux de quelqu’un qui tente une approche effilochée de la réalité. Toujours à l’écoute de cette polyphonie des voix du monde, de la littérature et de la langue.
2) ceux de quelqu’un toujours dans le déséquilibre, la rupture tant je le vois, je le sais debout, essayant de tenir les deux bouts entre transmission et création : 2 rives, 2 arches d’un pont…dans le danger d’un effondrement sans cesse remis. Toujours possible !
3) ceux de quelqu’un toujours en route. Une sorte de Don Quichotte, ce chevalier du désir. L’homme qui disait « el camino es siempre mejor que la posada » tant c’est sur le chemin que se produisent les rencontres essentielles
4) ceux d’un qui aime se laisser dérouter. Par les œuvres en général, celles des artistes en particulier ceux-là dont il aime la fréquentation depuis les années 1970. Et pour qui il écrit et c’est toujours manière de reprendre pied…dans les mots.
5) Ceux de quelqu’un qui essaye d’intégrer dans la pratique de la littérature les problématiques qu’il partageait dans les années 70 avec ses amis peintres : soit écrire comme on peint quand on pratique le commage/décollage (Charvolen, Miguel) ; écrire comme on tisse quand on pratique le patchwork (Alocco) ; écrire comme on sculpte quand on compose comme Pagès.
6) Ceux d’un crocheteur et donc comme autant de rossignols – Voyez ces rossignols d’un crocheteur ! – oui, ceux d’un voleur. Quelqu’un qui aime à faire chanter les serrures. Sauter les verrous. Qui aime entrer par effraction – voir ses intrusions – là où il n’était pas attendu.
7) Ceux de quelqu’un qui multiplie les pistes au lieu de les fermer. Quelqu’un qui ouvre les possibles du regard. Qui pratique une écriture d’expansion.
8) Ceux de quelqu’un qui a formé ce projet un peu fou de tenter de rendre par le texte littéraire la complexité de ce que nous vivons et pensons. Ce train qui toujours nous emporte. Dans le quotidien. En quoi il retrouvait ses auteurs de prédilection : son ami, Michel Butor mais aussi Joyce, Simon, Pound et Proust bien sûr…
9) Ceux de quelqu’un dont on sent battre l’inquiétude sous les pages. Celle d’une insatisfaction comme si le compte n’était jamais bon – et il ne l’est jamais, on le sait ! – toujours il y a de l’inassimilable, du réel. Mais quelqu’un qui sait que c’est avec ça qu’il lui faut vivre. Et donner ce qu’on peut donner.
10) Ceux de quelqu’un qui joue là sa vie – la bribe plus qu’un nouveau genre littéraire ( ce qu’elle pourrait être) est un mode d’existence – et ce sur le mode mineur du mendiant. Il y a un héroïsme de l’humilité chez RM.
11) Ceux de quelqu’un qui pousse l’humilité jusqu’à dire que s’il écrit de Bribes c’est pour personne. Surtout pas pour que ses amis écrivains et/ou peintres lui disent en retour que c’est bien, et ceci et cela mais « pour comprendre et aimer ce qu’écrivent ou peignent des gens comme eux ». RM est un homme de la praxis. Quelqu’un qui a besoin de passer par la pratique pour assimiler la théorie.
12) Ceux de quelqu’un qui entend ne se couper jamais de la communauté des hommes. Même si en apparence le risque est celui d’une certaine illisibilité, celle d’une parole vive contre la parole morte qui dévide la clarté morne et hébétée de son évidence et dont on bout du compte on finit par se dire : « Ah ! ce n’était que ça… ! »
13) ceux de quelqu’un qui embrouille, s’empègue moins par perversité que parce que c’est là notre position d’être parlé/parlant, d’êtres jetés dans la langue et le sens, à partir d’une blessure première, cela autour de quoi nous tournons moins pour la cacher ou la suturer que pour la tisser autrement. Toujours autrement !
14) Ceux de quelqu’un qui pratique une écriture de la Reversion, soit le fait de tirer la vie de la mort et donner par là présence à l’absence
15) Ceux d’un ami fauteur de troubles et fauteur d’échanges. Un passeur généreux.
16) Ceux de quelqu’un avec qui je partage l’essentiel. Et c’est une Dame. RM et moi l’appelons Madame !
+1
Ceux de quelqu’un d’empêché. Quelqu’un qui aurait aimé être romancier mais qui n’a pas pu. « Les bribes sont un impossible roman. »
Quelqu’un qui a toutes les qualités pour l’être mais quelqu’un dont l’expérience de vie passera dans la pratique littéraire. Or celle-ci implique l’abandon de l’hypothèse de Dieu, le passage de jeune catholique au matérialiste d’âge mûr. Et rejeter la fiction de Dieu, c’était rejeter toute fiction. Tout récit supposant un être tel que Dieu comme garant de la continuité, de la chronologie, donc du sens.
La pratique du roman n’est possible que si on croit – consciemment ou non – en la fiction d’un Dieu, que si l’on se met face à la fiction comme Dieu face au monde.
Où trouver un référent en l’absence de Dieu sinon dans la langue aussi sacrée que le monde qu’elle figure ?
La langue comme métaphore du monde. Lieu du symbolique « cerveau hors de nous, dans lequel nous naissons, vivons, sans cesse ».
Travailler la langue, c’est nous travailler nous-mêmes et le monde.
11:32 Publié dans Du côté de mes publications, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monticelli raphaël, livres d'artiste, poésie, littérature



