28/03/2026
Lu 132- Jean-Pierre Siméon, Levez-vous du tombeau, Poèmes- NRF, Gallimard, 2019
Ce dernier livre de Jean-Pierre Siméon qui paraît chez Gallimard, nouveau chemin éditorial pour lui après le long compagnonnage avec Cheyne entamé en 1984 avec Fuite de l’immobile, est placé sous le signe du feu. On y entend parier pour « une morale de feu / de rocailles de hautes révoltes » ; on s’adresse aux « ardents », onze compagnons en flammes, « visiteurs de l’aube », « princes lumineux du chant et du vertige » ; on est pour une « langue révoltée / qui met le feu dans la gorge ». Ce feu est celui de la parole de poésie dont Jean-Pierre Siméon se fait le gardien et le passeur depuis ses Trente élégies de l’ardeur, paru chez Rougerie en 1985.
Audace, ardeur et ferveur, avec l’impatience heureuse, l’allégresse pour quatrième, il faut ces quatre-là pour franchir les passes, traverser le « roncier des peines », sans savoir où l’on va, si ce n’est vers cette présence à soi au travers d’une langue au service d’une vie battante qui serait en même temps présence au monde et aux autres.
C’est une Politique de la beauté (Cheyne, 2017) que poursuit Jean-Pierre Siméon et c’est le sens même de cette injonction qui fait titre Levez-vous du tombeau. Parole de réveil, insurgée contre la narcose qui anesthésie les cœurs, met « le désir à l’ancre », contre un nihilisme souffreteux, les passions tristes dans lesquelles s’enferment les « harassés », les « fatigués », les « (lucides) désespérés » d’un monde sépulcral. Une Politique de la beauté qui parie pour qu’enfin un jour ce soit la poésie qui « gouverne » ! La poésie, comme « arme miraculeuse » contre la mort. La poésie comme parole fondatrice « qui réconcilie le rêve et l’action, le rêve et la réalité » selon les mots d’Aimé Césaire. Ainsi voit-on Jean-Pierre Siméon poursuivre son « retour à la poésie / notre pays natal ».
Le livre s’ouvre sur « les sept cordes de la lyre ». Outre l’hommage aux Anciens, à Hermès et à Apollon – rappelons que celui-ci sans Dionysos qui nourrit de tout son désir que l’on sait être sans satisfaction possible, la tension qui fait briller le Brillant, « assommerait » disait Paul Valéry – une voix se fait entendre dont la résonance est celle d’une poésie fraternelle qui « comprend l’énigme par la peau », nous « délivre du temps des horloges ».
Là est toute l’intempestivité de Jean-Pierre Siméon qui n’entend pas obéir aux mesures du temps, qui y contredit par ses appels à des images capables de secouer le monde, sa recherche d’une harmonie rythmique, son parti pris d’un lyrisme mesuré et assumé, par son recours, alors que « tout tombe », à un « langage qui monte / qui érige un désir au-delà des larmes ». La poésie est « parole montante » - « signe ascendant » disait André Breton dans sa défense de l’image – vers ce pays de poésie qui pour n’être qu’un « vœu de l’esprit » est bien ce « contre-sépulcre » dont parlait René Char dans l’exergue de son poème « Qu’il vive ! ». Maintenir l’accès ouvert à ce pays de poésie est parier pour « l’humain / la famille humaine et son chant profond » car là il peut y avoir « essor de l’homme en lui-même / au-dessus de lui-même », là bat cette exigence qui « dans l’évidence d’une bourrasque » porte l’humain dans son plus propre devoir : cheminer hors chemin, le chemin se faisant « al andar » , selon les mots d’Antonio Machado, dans « un printemps sans preuve ». C’est alors que nous advient cette « joie batailleuse » qui nous accorde au monde, aux autres et à nous-mêmes ».
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