28/03/2026
Lu 131- Armand Gatti, Comme battements d’ailes (Poésie 1961-1999),Collection Poésie/Gallimard, Choix et préface de Michel Séonnet,
Il y a 10 ans Les Amis de l’Humanité avaient organisé à La Maison de la Poésie de Paris une soirée Armand Gatti. Le fondateur de La Parole Errante avait alors 85 ans. Il avait fondé en 1975 ce Centre International de Création dans les locaux, à Montreuil, qui en leur temps abritèrent les studios Méliès, aventure collective en marge des routes toutes tracées, balisées du théâtre tel que les institutions l’envisagent.
Et c’est encore l’homme de théâtre auquel on pense quand on parle d’Armand Gatti.
On a raison et tort à la fois car depuis toujours ce que cherchait Armand Gatti, seul et avec son équipe, c’est quelque chose comme l’absolu de la langue par où passe l’humanité même de l’homme : « Nous sommes l’agonie d’une étoile. Seul, le verbe peut nous aider à retrouver l’éclat défunt de cette étoile. » C’est ce poète, là depuis toujours, depuis cette origine qui tourbillonnait dans les eaux de son devenir au-devant de lui, qui nous est rendu avec ce choix que Michel Séonnet, compagnon de création, compagnon d’étoile, a su opérer dans ces 40 années d’écriture. Choix, on l’imagine aisément, incomplet seulement 6 poèmes ont été retenus dont un dans son intégralité : Mort-Ouvrier de 1961.
Ce qui résonne dans ces pages, ce sont ces mots qu’Armand Gatti risqua un jour à propos de cette question qu’on nous assène si souvent : « Pourquoi écrivez-vous ? » : « pour changer le passé » répondit-il ! Et on comprend bien de quoi il s’agit : arracher l’histoire des mains des vainqueurs, parier pour le temps des cerises, rendre parole et vie à ceux qui en ont été privés. Ainsi peut-on vivre un aujourd’hui ! Ne pas renoncer à ses morts ! Ne pas se rendre !
Les poèmes d’Armand Gatti sont longs, spiralés, comme ces vols d’oiseaux - Gatti n’écrivait-il pas que « le fondateur de toutes les écritures est le vol des oiseaux » - qui vont, viennent et reviennent, s’approchent et s’éloignent dessinant au ciel d’improbables figures si bien que reste au ciel de ces pages comme un passage, une trace dans l’air. Et ce qui demeure en nous, c’est une résonance comme brûle une blessure - Verticale. Blanche – « version du vide dans la forme, et de la forme dans le vide ».
L’écriture d’Armand Gatti est d’une totale singularité dans les voix de notre temps. Elle dissone. Et dissonance vaut résistance. Armand Gatti dresse une langue singulière face à la GLAM, cette Grande Langue Molle dont parle Jacques Roubaud à propos des pouvoirs politico-médiatiques. C’est une langue d’oiseau entre rue et arbre, terre et ciel, hier et aujourd’hui. Aujourd’hui où « le champ est laissé libre aux arlequins de la propagande » - Georges Bataille écrivait cela dans Combat en 1944 – la parole d’Armand Gatti est bien de ce monde, elle se tient debout sur les heures. Elle est de ces combats qu’ont toujours initiés les hommes contre tout ce que certains d’entre eux ajoutent pour mieux asservir leurs semblables, pour mieux les briser, nez contre une réalité où « tout est perdu », comme l’écrivait Pierre Reverdy. Aussi quand on entend passer les oiseaux haut dans le ciel, on s’arrête, on lève la tête, on se redresse. Avec les oiseaux-poèmes, passe l’homme !
19:40 | Lien permanent | Commentaires (0)


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