14/05/2026
Exposition "Femme révolver" d'Eric Massholder- Texte Alain Freixe- du 22 mai au 20 juin 2026 - Galerie Quadrige-La Diane Française (Nice)
08:58 Publié dans Du côté de mes publications, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : eric massholder
11/05/2026
Alain Freixe, Parution de Ces pas encore, éditions La rumeur libre, 2026
J’avais écrit Comme des pas qui s’éloignent en 1999 aux éditions de l’Amourier voilà que je poursuis avec Ces pas encore à la rumeur libre. Des pas de langue. Et aller à pas de loup vers un plus loin en maintenant, trace après trace, passages et avancées. Ainsi vont dans ce livre les 12 pas d’un temps long « Ces pas encore » encadré par 2 temps brefs : « Parce qu’il le fallait » qui ouvre et « Pour ne pas finir » qui clôt sans fermer le livre.
Commande chez l'éditeur:
la rumeur libre éditions, 40 allée Saint-Julien, 42540 Sainte-Colombe-Sur-Gand
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Alain Freixe, parution de Ce qui reste aux éditions de l'Ormaie (Vence-06)
Vient de paraître Ce qui reste dans le son froid de l'air qui passe, Poèmes 1978-1998, portrait par Sylvain Besançon, illustrations de Marcel Alocco, Martin Miguel, Ernest Pignon-Ernest, Germain Roesz., format 22x28, 115 pages, Tirage de tête présenté dans un coffret toilé avec suite des illustrations.
Commandes:
- chez l’éditeur, éditions de l’Ormaie, 1156 chemin de l’ormée, 06140 Vence
* Exemplaire courant, 25 euros
* Exemplaire de tête sous coffret, 900 euros
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Lu 133- Michaël Glück, Ciel déchiré après la pluie - éditions de l'Amourier-2019
C’est peu de dire que le livre Michaël Glück trouble nos approches narratives, dérange nos habitudes de lecteurs, il nous « pique et mord », selon les mots de Kafka. Il nous laisse perplexe, tant il nous suggère plus qu’il n’exprime, tant il nous inquiète par les questions qu’il soulève, tant il nous porte à ouvrir piste de lecture sur piste de lecture. En quoi il importe selon moi, aujourd’hui.
C’est un récit fait de l’enchaînement de plusieurs histoires, de l’harmonie entre des éléments de récits, des moments du temps différents qui me font penser à cet art d’entrebezcar les mots des troubadours, un art de la composition, un art du secret et du silence…
Ce récit tourne autour et tente de conjurer, d’exorciser la peur, cette peur qui traverse nos temps de détresse. Ne sommes-nous pas toujours dans le temps des catastrophes ? Tout se passe comme si planait une menace, un danger imminent, quelque chose qui pourrait se produire de pire au sein même de nos jours comme une anticipation du malheur.
Ciel déchiré après la pluie mêle récits de guerres qui n’en finissent pas - exclusions, concentrations, exterminations… - et récit d’anticipation – la catastrophe nucléaire a eu lieu. Cette composition où se mêlent les temps permet d’aller chercher dans hier, voir si ne subsisteraient pas là quelques graines survivantes. Ce rapport de tension au passé permet non pas de se jeter vers on ne sait quel futur finalement mais bien d’éclairer notre présent au moyen de questions qui concernent ce qu’il en est de l’homme, de ses relations aux autres y compris amoureuses – et oui, il y a aussi une histoire d’amour - de son pouvoir de nomination, de son art de raconter…
Plus que des personnages, il s’agit dans ce livre de voix : elles sont multiples et font polyphonie. Il y a celle de Weg, d’Eva, de L’homme qui marche, d’une femme infirmière ou médecin, de la femme sans yeux, des 70 enfants qui formeront ce choral des septantes qui va scander le récit. Toutes résonnent comme autant de questions. Et nul ne sait. On se méfie des mots d’hier, vieilles histoires et pensées anciennes.
Ce livre est le livre des questions. Questions telles qu’aucune réponse ne saurait venir clore, achever, parachever. Alors que tout semble se fermer, se tenir serré sous neige, pluie, neige à nouveau avant reverdie, tout reste ouvert. Entre l’exil d’un homme voué à l’errance et l’exode choisi par les septantes sous la houlette de l’Ange – toujours aux prises avec la question des noms– ce « bataillon de nous » qui ne sait où il va, vers quelle guerre, quel lieu, on se demande, dans cette histoire « pas finie », si tout va recommencer comme avant « ou bien » si un vrai commencement est possible ? Répétition ou reprise ? Michaël Glück en sait lui-même si peu que c’est à l’écriture qu’il confie son désir d’apprendre, d’en savoir un bout de plus sur ce que lui-même cherche. J’imagine qu’il ferait sien ces mots d’Edmond Jabès : « Nous n’écrivons pas, nous sommes écrits. D’où l’ouverture et le risque. »
Beau risque à partager. Lire n’est-ce pas sortir de soi-même et « aller vers notre nom perdu » ?
09:58 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : michaël glück
10/04/2026
Exposition Martin Miguel jusqu'au 02 mai 2026 - Galerie Quadrige-La Diane Française (Nice)
09:13 Publié dans Du côté de mes publications, Mes ami(e)s, mes invité(e)s | Lien permanent | Commentaires (0)
06/04/2026
Centenaire de la naissance de Michel Butor-Alain Freixe/Martin Miguel dans la collection "Bonjour, Monsieur Butor" de Daniel Leuwers
11:05 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : alain freixe, martin miguel, michel butor
22/03/2026
Dans le cadre de l'exposition "Nous, compagnons de route..." présentation de 2 nouveaux livres par les éditions de l'Ormaie-Lecture d'Alain Freixe-Le 26 mars 2026
07:07 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : éditions de l'ormaie, alain freixe
26/02/2026
Lu 130-Patrick Laupin, Les Visages et les Voix & Thierry Renard, En première ligne, conversations avec Christophe La Posta, la rumeur libre
Patrick Laupin / Thierry Renard,
une même manière d’habiter le monde
« Les lois du cœur demandent des passeurs, des traducteurs ». Si Patrick Laupin est de ceux-là, Thierry Renard poète, infatigable animateur de l’Espace Pandora à Vénissieux est bien de cette trempe-là ! Je présentais ici même Patrick Laupin dans ma XVIIIème Chronique poétique, proposant aux lecteurs du Patriote Côte d’Azur de faire un pas de côté avec lui en découvrant son écriture à propos de son livre La mort provisoire publié en 2022 à la rumeur libre.
Retrouvons-le aujourd’hui à propos de Les Visages et les voix. Ce livre vient de loin. Cette troisième édition date de 2008 - la première chez Cadex avait vu le jour en 1991, la deuxième en 2001 chez Compa’Act – c’est à Lyon, en mars dernier, à l’occasion d’un salon du livre que Patrick Laupin me l’a offert. C’est « bouleversé d’humain » que l’on sort de sa lecture. Dans ce livre se tressent l’écriture de Patrick Laupin aux prises avec son enfance dans ces Cévennes aimées, avec celle en italique qui rapporte les propos de ceux qui vécurent la mine et ses travaux entre dignité, tendresse et solidarité ouvrière, et ces 46 photographies d’Yves Neyrolles, magnifiques images de paysages, d’hommes, de femmes et d’enfants. J’ai plaisir de proposer à voir et à lire à tous ceux, ami(e)s et camarades, prêts à se reconnaître en d’autres humains – ici ces mineurs de fond des Cévennes – ces Visages et ces Voix car je les crois capables d’être habités par cet écart : « trinité des larmes, de la chair et du soleil ».
« Comment se rendre proche du non-dit, de l’informulable, de l’indéchiffrable, de l’intransmissible (…)» se demande Patrick Laupin alors même que c’est cet inexprimable-là qui nous touche car ce n’est pas seulement dans les mots mais bien tout entre les mots, comme ces fumées, « étoile noire du puits émergeant dans l’amoncellent de «collines jaunes de genêts ». Tout dans ce livre résonne comme dans les fonds de ces ravins des cévenols, dans leurs plis de terre où le moindre bruit, la moindre voix trouve à multiplier ses ondes et sous le ciel desquels passent les merveilleux nuages des visages aimés.
Si En première ligne est un livre d’entretiens - il s’agit pour Christophe La Posta d’amener Thierry Renard à remettre ses pas dans plus de 40 ans d’écritures et d’actions diverses : lectures, conférences, édition, création d’événements dont l’actuel Magnifique printemps, festival pluridisciplinaire qui en mars déferle sur la région lyonnaise - c’est aussi un livre rythmé par des poèmes, contrepoints verticaux, trous d’air par où se dit, y compris dans l’émoi, cette manière singulière qu’à son auteur d’arpenter le monde et ses terres les plus arides comme les plus fertiles.
J’aime voir, dans ce livre, un homme attaché à réduire la fracture culturelle, soucieux toujours de ne pas oublier les publics défavorisés, attentif à éveiller les consciences et « travailler d’arrache-pied à l’émancipation humaine ». J’aime les deux visages de cet homme : mélancolie et refus d’un côté et enthousiasme et consentement de l’autre, quelqu’un qui sait prendre la mesure des murs sans oublier qu’il doit toujours y avoir une porte, « une porte ouverte sur l’espoir », porte que l’on peut toujours dégonder, comme le rappelle souvent le poète Serge Pey, pour la transformer alors en table afin de partager nourritures diverses avec les ami(e)s en ménageant une place libre pour celui ou celle qui viendrait !
Alors que l’argent-roi et ses dévastations, guerres ici et là, massacres et famines, nihilisme généralisé, perte générale du sens courbent toujours plus l’humain en nous, pour Patrick Laupin comme pour Thierry Renard, « il n’est qu’un seul poème, celui de la dignité de l’homme ». Pour eux, pour nous, il est de toute nécessité de résister à ses sourdes, pernicieuses, brutales et violentes poussées et aider au désenvoûtement du monde et des consciences en se faisant ramasseur et colporteur de vent, passeurs de poésie !
20:28 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : patrick laupin, thierry renard, la rumeur libre
Lu 129- Thierry Renard, Œuvres poétiques, Tome II, la rumeur libre, 2018
Il y a deux ans, en avril 2016, c’était le tome I des Œuvres poétiques de Thierry Renard, voici maintenant le deuxième. Plus d’un millier de pages, la reprise de 7 recueils dans le Tome I et 14 dans le Tome II plus un inédit qui clôt le volume. J’observe que cet inédit a pour titre Le fait noir/deux qui fait écho au Fait noir, préfacé par Patrick Laupin qui ouvrait le Tome I, comme si 25 ans après le poème avait toujours et encore à témoigner du « passage inexplicable de la vie», son épreuve, ses rencontres, ombres et éclairs mêlés.
Deux tomes, c’est une somme ! Son ami Emmanuel Merle disait c’est une « cathédrale laïque » en pensant aux mots de Pierre-Albert Jourdan qui à propos d’un « amandier en fleurs tout bourdonnant d’abeilles » avait écrit : « c’est une cathédrale » ! Ce serait aussi comme un manteau de mots, un manteau de nuit troué de lucioles, traversé de quelques nocturnes « qui (traceraient) la chance d’un autre jour » selon les mots de Michel de Certeau.
La poésie est de l’ordre de ce combat, de cette guerre secrète – « combat spirituel aussi brutal que la bataille d’hommes » disait Arthur Rimbaud – pour garder ouvertes et battantes les portes de ce pays, ce « contre-sépulcre », même s’il n’est qu’un « vœu de l’esprit », cet inconnu devant soi qu’invoquait René Char sans lequel exister ne pourrait que s’effondrer dans les sables mouvants du libéralisme travaillés par l’argent-roi et le mépris des autres, proches ou lointains. Les poèmes de Thierry Renard, ces « éclats de réalité », disent l’urgence, tous sont écrits avec au bas des reins l’aigu d’une lame, celle du temps ; avec dans les poumons, comme une menace d’asphyxie et dans les yeux, le voile de quelques rêves non encore aboutis capables de tenir la bride au désespoir.
Ici, on écrit toujours au plus proche de ce que l’on ressent. Cela tient de la traversée, c’est une vraie expérience comme telle risquée car il ne s’agit pas seulement d’habiller de mots un vécu, il s’agit bien plus de l’interroger, de le mettre à la question, de le faire parler : « chaque poème est un raid dans l’inarticulé » dit Patrick Laupin des poèmes de Thierry Renard. Ici, on écrit « pour lire et dire le monde », « aérer le présent », se tenir debout, - quelque soient les coups qui jamais ne manquent surtout quand, comme Thierry Renard, on s’expose. Faut-il rappeler l’animateur infatigable, « l’agitateur poétique » selon ses propres mots, qu’il est, toujours sur la brèche de quelques projets nouveaux – passer avec armes et bagages du côté où l’homme n’est rien que cette chance du jour qui vient.
20:28 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : thierry renard, la rumeur libre
22/01/2026
A propos de Daniel Biga
Aux deux notes que je viens de mettre en ligne, je renvoie les lecteurs à mon "Lu-114" de 2015 à propos de son livre Bienvenue à l'Athanée publié aux éditions de l'Amourier.
Je mettrai prochainement en ligne l'entretien que Daniel Biga m'avait accordé et qui fut publié dans la revue Friches en 2013.
14:58 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daniel biga
LU 128- Daniel Biga, L'Amour d'Amirat, éditions Unes, 2025
Daniel Biga, retour à Amirat*
Pour commencer, je souhaiterais rappeler ce que j’écrivais ici même en mai 2018 dans le N° 240 du PCA qui consacrait à Daniel Biga un important dossier dirigé par Raphaël Monticelli : « Daniel Biga, c’est Nice. C’est un amour douloureux de Nice. Et même s’il en a souffert et souffre encore bien des colères par manque d’air, caractéristique essentielle de toutes les erreurs, les catastrophes, voulues ou pas, fruits des incompétences parfois et de l’avidité de quelques-uns toujours, il en aime toujours la beauté doublée de cette fragilité qui la rend si précieuse et si poignante. Il en aime toujours la langue qui erre, aujourd’hui, fantomatique sur les lèvres de quelques ombres. Qui toujours plus s’effacent. »
Voilà que L’Amour d’Amirat vient de paraître aux Editions Unes. C’est la troisième édition de ce titre. Les deux premières l’ont été au Cherche midi éditeur en 1984 puis en 2013. Celle-ci se présente avec bandeau portant la reproduction d’un portrait déjà ancien de Daniel Biga par son ami de toujours Ernest Pignon-Ernest accompagné d’un jugement de JMG Le Clezio : « Une grâce est venue, une luminosité », tiré d’un article que ce dernier fit paraître dans le journal Le Monde lors de sa première édition en 1984. Ce livre aujourd’hui s’ouvre sur un dessin inédit d’Ernest Pignon-Ernest qui place d’entrée de jeu celui-ci dans l’atmosphère d’un érotisme naturel, fait d’écart, de jeunesse et de fraîche lumière.
L’Amour d’Amirat relate une année passée - 1977-1978 - dans la solitude des hauteurs d’un arrière-pays niçois. Cette solitude into the wild au Barlet va être l’occasion de retrouvailles : d’abord ce corps qu’on oublie au sein des densités urbaines et qu’il s’agit de remettre au diapason des rythmes naturels et au travail physique : maçonneries diverses, débroussaillages difficiles ; ensuite celle de tous les vivants qui peuplent les entours : animaux comme végétaux et bien sûr parmi eux hommes aussi, rares et de ce fait uniques, hommes simples, à leur place sur ce bout de terre, avec qui toute parole prenait sens au point que Daniel Biga pourra écrire : « je devins l’enfant adoptif du domaine (…) oui, une vraie renaissance avec les autres » (extraits des entretiens avec Jean-Luc Pouliquen publiés dans Sur la page chaque jour, paru chez Z’éditions en 1990 dans la collection « Aux archipels de la mémoire », dirigée par Marcel Alocco).
Amirat, ce lieu montagnard fut une expérience : la traversée risquée du « naufragé volontaire », du fuyard contemplatif, du nomade immobile, de l’ermite qui s’émerveille et retrouve le grand dans le petit, l’infini dans le fini, le lointain dans le proche. D’où la présence dans l’Amour d’Amirat des poèmes zen tels que « Quelle surnaturelle merveille ! / Et quel miracle ! voici / je tire de l’eau et je porte du bois ». Ainsi L’Amour d’Amirat est-il fait de « paroles courtes, denses, simples, ordinaires et qui pourtant soulèvent l’évidence », fulgurances où se mêlent instants et souvenirs, proches souvent de l’aphorisme ou du haï-ku.
J’aime à lire ce livre comme un éloge de la fuite. Déguerpir : se jeter à l’écart, faire le pas de côté, quitter un monde qui se ferme toujours plus sur lui-même, sur ses conventions, ses menteries multiples, ses mots et images privés de sens, sa violente latente ou déclarée - guerres et morts à la clé -, cette asphyxie générale qui gagne. Fuir, devenir indien, pour se retrouver et « tenter d’être soi-même à plein temps ». Fuir afin de ne pas oublier, afin de tenir ouvert le chemin de la source, celui de l’eau, de la circulation et de la fluidité qui fait du monde une présence nue et pure, occasion d’une de ces extases matérielles qu’aimait DB chez son ami JMG Le Clezio.
Bientôt 50 ans, vous me direz. Est-ce bien raisonnable de s’intéresser à cette aventure singulière ? N’y-a-t-il pas là vaine nostalgie ? Oh ! que non !
Il est urgent de lire Daniel Biga, de lire ou relire cet Amour d’Amirat pour son amour de la saveur mortelle du monde, son goût de l’intériorité, son sens tout particulier de la recherche spirituelle à partie du plus physique, sa pratique singulièrement jouissive de l’écriture poétique qui ouvre le poème sur émotions et vie nouvelle.
Oui, Il faut lire Daniel Biga. Il faut le lire soit dans ce mouvement d'amitié qui fut le sien lorsqu'il rencontra et écouta pour la première fois, Julien C., berger d'Amirat, sur l'alpage, "immobilisé dans une sorte de charme" et qui vous porte "au plus proche, au plus lointain", vous pousse plus haut, vous élargit vers plus grand ; soit dans l'urgence, comme quand on a froid, que la nuit tombe et qu'il faut vite installer un campement même précaire dans quelques ruines de rencontre.
L’Amour d’Amirat est un refuge, mieux un ref(o)uge comme il l’écrira dans ce Carnet des refuges que publieront en les éditions l’Amourier, un de ces lieux de passage où les fous que nous sommes aussi pourraient refaire leur plein d'énergie avant d'affronter la route qu'éclaire la lumière indécise du matin. Car il y aura un matin, un demain de luttes où relever épaules et tête. Ce livre est un livre fraternel.
(Publié dans le Patriote Côte d'Azur du 16 janvier 2026)
14:54 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daniel biga, éditioins unes
Lu 127- Daniel Biga, Quodlibets, 2018, éditions de l'Amourier
Daniel Biga, c’est Nice. C’est un amour douloureux de Nice. Et même s’il en a souffert et souffre encore bien des colères par manque d’air, caractéristique essentielle de toutes les erreurs, les catastrophes, voulues ou pas, fruits des incompétences parfois et de l’avidité de quelques-uns toujours, il en aime toujours la beauté doublée de cette fragilité qui la rend si précieuse et si poignante. Il en aime toujours la langue qui erre, aujourd’hui, fantomatique sur les lèvres de quelques ombres. Qui toujours plus s’effacent.
Daniel Biga, c’est une vie artistique exemplaire. Deux sources l’alimentent : les arts plastiques d’une part – on oublie souvent sa participation, au début du moins, à ce que l’on a fini par appeler l’école de Nice – et la poésie, la littérature d’autre part – je pense à sa participation dès 1962 à la revue Identités de Marcel Alocco, Jean-Pierre Charles, Régine Lauro… Là, la modernité se trouvait convoquée et interrogée. La pratique du cut-up – héritée des poètes de la beat generation – et du collage – héritée des surréalistes - a toujours correspondu pour lui à la rumeur de fond du monde, à la multiplicité des voix, au tohu-bohu des images. Dans son œuvre : tons, idées, accents, langues se mêlent, s’entremêlent pour favoriser l’émergence d’un drôle de millefeuille, produit d’une écriture épaisse, crémeuse et craquante à la fois, une écriture en volume au relief tourmenté, au souffle ravageur « entre zut et zen ».
Daniel Biga, c’est l’homme du mesclun. C’est là sa « nissardise » ou sa « nissardité », ce goût du mélange : érotisme et mystique, registre soutenu et registre familier, noblesse et trivialité, intérêt pour les Traditions et pour la modernité, pour les connaissances les plus diverses…ce goût de mettre ensemble ce qui a priori n’avait rien à faire ensemble.
Daniel Biga, c’est le poète de la PoéVie. On lui doit ce mot valise. Il l’a inventé pour signifier cette fusion, cette relation d’infusant-infusé entre la poésie et la vie/la vie et la poésie – cette force qui va de l’avant contre toutes les aliénations que notre monde secrète à l’envi. C’est cette force d’insoumission que Daniel Biga installe au cœur de la langue, c’est elle qu’il jazze. Dans son oeuvre, on a ce tissage-métissage de tons, de sons, de langue; ces ruptures de syntaxe, ces jeux de mots, ces collages-citations. C’est par là que la vie entre en force dans la langue. La vie, toujours première. La vie, ça va et ça vient, ça vient et ça va, « entre les deux se prépare pour les deux parties, le bienfaisant orgasme » dit Daniel Biga. La PoéVie, une puissance germinative, une « germinaction » contre tous les empêcheurs de jouir en rond, pour « se libérer de son cadavre ».
Il est urgent de lire Daniel Biga, pour son sens de l’ange. Cet archétype qui se retrouve dans toutes les Traditions, livres sacrés, mythologies. L’ange que l’on trouve du côté des ombres, des plantes, des reflets, des parfums, des eaux vives, des caresses : légèreté et imperceptibilité. Ange, « à l’écart du compromis religieux » aurait ajouté René Char, ce qui, à l’intérieur de l’homme, tient l’homme, résistant et debout.
Alors lisons son dernier livre publié. C’est dans le fonds poésie des éditions de l’Amourier. Son titre : QUODLIBETs signifie ce qui plaît. Et ce qui plaît à Daniel Biga, c’est ce saccage de langue, encore et toujours. Jamais, peut-être – en quoi il se montre toujours jeune ! – il n’avait mené cette lutte amoureuse dans la langue contre la langue elle-même aussi radicalement que dans ce livre. Il y brise les mots, joue des sonorités, heurte les significations, les démultiplie. Dans cette mise en flottement du texte qui se développe comme une écharpe trouée se déplierait sous rafales de vent plus ou moins violent, ainsi se crée la langue-Biga. Elle combat le cliché en jouant des clichés, en les parodiant, en les sapant. Elle construit en détruisant. Daniel Biga fait jouer les mots et se joue d’eux avec la jubilation de « l’enfant analphabète, ou le peuple », selon les mots de José Bergamin. C’est une « Docte ignorance » (Nicolas de Cuse) qui voit le poète avoir la nostalgie de l’enfance, de l’innocence, de cette « vie imaginative de la pensée » que José Bergamin appelait « analphabétisme » où l’esprit souffle et passe tel Hermès. Ce qui nous plaît, c’est de voir/entendre cette langue-Biga comme une langue trouée, hachée, désarticulée qui va s’étirant, sautant blanc sur blanc. Avec la mort qui rôde, le silence qui menace, c’est la vie qui va, qui gagne. QUODLIBETs ne parle pas du monde mais de ce monde dans lequel vit, aime, souffre, vieillit Daniel Biga et c’est alors le monde qui se lève. Comme Maïakovski, Daniel Biga écrit « selon des motifs personnels sur l’existence générale ».
Il est urgent de lire Daniel Biga !
(Publié dans le Patriote Côte d'Azur en mai 2018)
14:50 Publié dans Du côté de mes publications | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : daniel biga, éditionns l'amourier








