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10/10/2007

Turbulence 15 - C'était l'été (2)

Midi Noir. Après les bûchers de l’hérésie. D’autres feux, aux flammes noires, grasses et mouillées. Cet été, on a touché au livre. Au libre. Au vivre. Quelques 10000 enfants de la solitude et du silence, de Saint Augustin à Catherine millet, ont été souillés, recouverts d’huile de vidange et de gaz oîl. C’était à l’abbaye de La grasse, dans l’Aude. À l’occasion du dixième Banquet du livre dont le thème cette année était « La nuit sexuelle », référence au titre à paraître de Pascal Quignard, qui en était l’invité d’honneur.
Et nous qui pensions que notre temps n’attendait plus rien des livres ! Qu’ils n’étaient plus qu’objets de consommation, vaguement décoratifs, marchandises livrées en pâture à chaque rentrée littéraire – Vous avez-vu les chiffres de Livres-hebdo : 727 romans et 568 esais et documents à paraître entre août et octobre ! – à l’on ne sait trop quelle faim.
Eh bien – Et c’est finalement assez rassurant ! - , les livres font toujours peur!
Une force insoupçonnée les hante, celle qui interroge le monde et semant à profusion des points d’interrogation, elle nous mène sur le chemin où le comprendre reste possible. Les livres restent des lieux de reconquête. De réappropriation de soi et du cours de sa vie.
 
(Extrait de l'éditorial du N°27 de la gazette Basilic, éditée par l'Association des Amis de l'Amourier ( 5 rue de Foresta, 06300 Nice) que je préside. Diffusée à plus de 1600 exemplaires, cette gazette de 8 pages paraît 3 fois l'an. On peut retrouver mis en ligne sur le site amourier.com les 26 premiers numéros. )

Turbulence 14 - C'était l'été (1)

Parti tôt, rentré tard. C'était l'été. Roulis de pierres et de mots, sous un ciel sans voix.

Si ce n'est ces deux chemins. Le premier de René Char dans sa Lettera amorosa : "Je vais souvent à la montagne dormir. C'est alors, en vérité, qu'avec l'aide d'une nature à présent favorable, je m'évade des échardes enfoncées dans ma chair, vieux accidents, âpres tournois";  Le second de Jacques Dupin dans son poème Sang, in Dehors: "alors il va aux montagnes / de préférence; - grises / et rauques, s'aguerrir / et sa vieille torpeur mettre en pièces".

Me voilà de retour "Dans les turbulences"! 

 

10/06/2007

Turbulence 13- Se souvenir du "singe de Zarathoustra"

C'était en 1967, dans le Nouvel observateur, le 5 avril, Gilles Deleuze répondait à Guy Dumur à propos de l'édition des Oeuvres complètes de Nietzsche pour laquelle Deleuze et Foucault avaient rédigés ensemble une préface.

Au détour d'une question, ces mots dont je vous laisse méditer l'écho:

"Il ne suffit pas de prendre le pouvoir pour être, comme dit Nietzsche "un maître". Ce sont même le plus souvent les "esclaves" qui prennent le pouvoir, et qui le gardent, et qui restent des esclaves en le gardant.

Les maîtres selon Nietzsche, ce sont les intempestifs, ceux qui créent, et qui détruisent pour créer, pas pour conserver." 

02/05/2007

Turbulence 12 - Liquider, il a dit...

Faut-il vraiment épiloguer? Faut-il vraiment faire une analyse lexicale du verbe "liquider"?

Et tout n'est-il pas dit dans cet extrait de Louis-René Des Forêts?

" Quelque soit le discrédit dont ce mouvement est l'objet de la part de ceux qu'il offusque et dérange, et qui s'emploient déjà à lui faire expier son défi insolent - dût-il lui-même déboucher pour un temps sur le vide de la désillusion - nous savons que demeurera intacte sa force d'ébranlement et que rien ne pourra altérer la pureté de son visage, nulle composition, nul accord avec une société qui s'abrite peureusement derrière une parole autoritaire contre laquelle s'est dressée, dans toute lasoudaineté de sa fraîcheur, cette parole bouleversante sortie comme la vérité de la bouche d'un enfant."

C'était dans le N°6 de la revue L'éphémère. C'était à chaud durant l'été 1968. Aux côtés de ces "Notes éparses en Mai" Le Louis-René des Forêts qui ouvraient ce numéro figuraient "Sous les pavés la plage" d'André Du Bouchet et  "L'irréversible" de Jacques Dupin portant la mention "à suivre".

 

Le reste, à laisser aux loquaces! 

26/03/2007

Turbulence 11- 2007, l'année de toutes les commémorations plus celles que l'on va oublier...

C'est entendu, l'année 2007 est l'année René Char.

Mais c'est aussi l'année Maurice Blanchot. L'année André Frénaud (voir ici même en date du 21 novembre 2006 mon texte sur "André Frénaud, poète métaphysique?"). J'espère bien que nous parlerons aussi d'Eugène Guillevic. D'autres qui auraient aussi eu 100 ans cette année...

De toutes façons, le seul hommage que l'on puisse rendre à un auteur, c'est de le lire. Et peut-être même pas! Mais de le vivre, ça oui!

Souvenons-nous: "Il faut vivre Arthur Rimbaud l'hiver, par l'entremise d'une branche verte dont la sève écume et bout dans la cheminée au milieu de l'indifférence des souches qui s'incinèrent" et loin du "désert ergoteur" écrivait René Char.

Vivre, pas lire! ou plutôt vivre les mots d'un poète, cela est véritablement le lire!

Lire est du corps. Lires est du coeur. Tant lire épanouit un soleil intérieur: courage et amour, forces vitales par où de l'humain se trouve en action d'émergence, cela qui fait que la vie a un sens comme on le dit d'une route que l'on aime parce qu'elle ne promet pas le pays de sa destination, disait touours René Char.

Les poètes se lisent à coeur ouvert. À coeur battant.

Il faut emporter leurs poèmes comme le jeune pâtre Euphorbos emporte l'enfant Oedipe, tout contre son coeur, et c'est encore une image de René Char.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    © Alain Freixe                                                                                                                          

Turbulence 10 - Clermont-Ferrand-1987/2007- Vingt ans de poésie, et au-delà

Avancer dans l’inconnu

« Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. »
René Char


Je reviens de Clermont-Ferrand. Invité par la Semaine de la poésie pour son XXème anniversaire, fêtant pour l’occasion son fondateur, notre ami Jean-Pierre Siméon.
Se faire passeur de poésie est affaire de patience. L’autre rive n’est jamais très visible et la lenteur préside à la traversée. Celle qui n’évite pas l’errance, les doutes, parfois même les chutes mais sait se garder de celles, mortelles, dont on ne se relève que dos maçonné et regard rayé de mauvaise nuit.
Oui Jean-Pierre a raison : « Si l’écriture du poème nous apprend quelque chose, c’est d’abord ceci : il faut du temps pour faire sens et le chemin vers le sens implique les risques du chemin, tâtonnements, fatigues, impasses, éternels recommencements… »
Oui, Françoise Lalot et sa « brigade de fées organisatrices» de la Semaine de la poésie de Clermont-Ferrand ont raison, « il faut que le chemin perdure »
Oui, nous avons raison, nous autres d’ici, Yves Ughes, Raphaël Monticelli, Jean-Marie Barnaud, sophie Braganti d’animer qui La poésie a un visage à Grasse -10 ans en 2008 ! – qui La poésie des deux rives dans les pays du paillon – 7 ans déjà ! – qui les Rencontres des Ecritures Poétiques et leur Lézard amoureux – www.ac-nice.fr/daac/lézard -qui le printemps des poètes à Nice, avec tous ceux enseignants, poètes, bibliothécaires, éditeurs, artistes, enfants, adolescents, élus, bénévoles... dont le compagnonnage est nécessaire pour que rencontrer la poésie d’aujourd’hui, cette langue qui ne se soumet pas à être privé de sens, soit possible de la maternelle au lycée et plus généralement,  dans les institutions et la cité.
Je reviens de Clermont-Ferrand . Encore une fois émerveillé par le travail des enseignant(e)s, leur disponibilité,leur générosité,  leur inventivité pour que nos textes parlent, étonnent, émeuvent les enfants de la maternelle au CM2 comme en cette école d’Orbeil ou dans ce collège Audembron de Thiers ou le bien nommé Baudelaire de Clermont-Ferrand avant de rencontrer les PEC2 de l’IUFM d’Auvergne pour un échange de plus de deux heures sur la poésie, l’écriture, la poésie, sa transmission, le livre d’artiste.
medium_Clermont-20_ans.jpgJe reviens avec le livre des vingt ans édité par la Semaine de la poésie ( prix 10 euros, IUFM d’Auvergne, 36 Avenue Jean Jaurès, CS 20001, 63407 Chamalières cedex)magnifiquement titré Que l’éclair nous dure. Vous y trouverez les courts textes des intervenants de cette année : Marc Blanchet ; Louis Dubost ; Chantal Dupuy-Dunier ; Jean-Pierre Farines ; Alain Freixe ; Albane Gellé ; Jacques Jouet ; Christiane Keller ; Hervé Le Tellier ; Philippe Longchamp ; Jean-François Manier ; Nimrod ; Jean-Baptiste Para ; Emmanuelle Pireyre ; Thierry Renard ; Marie Rousset ; Valérie Rouzeau ; Alain Serres ; Jean-Pierre Siméon ; Claude Vercey.Pensant à René Char, qui s’inquiétait de l’avenir de la rencontre dans lces très beaux bandeaux de « Claire » (La pléiade, p.654/655), repensant à quelques rencontres marquantes,  j’ai donné comme titre à mon texte :
 
Gardez-nous la rencontre !

À Eliot,
Aux femmes et aux hommes – jeunes encore ! - que j’appelais – Dix ans déjà ! – les enfants-du-pied-des-tours de la ZEP La Charme,




    À mon sens, l’immense mérite de cette Semaine de la poésie est de donner chance à la rencontre.
    Seule, la rencontre est fécondante. Son « angle fusant » ne se résume ni dans la présence du poète, cet intervenant extérieur supposé en savoir plus que les autres sur ce dont il s’agit , dans une classe, ni dans la manière dont cette classe a été préparée par l’enseignant. Encore que pour se rencontrer, il convient que l’on se soit donné rendez-vous et quelque peu apprivoisé, et en ce sens le travail de l’enseignant est tout à fait important - Dirais-je qu’au cours de mes nombreuses interventions, au fil des ans, il n’a pratiquement jamais été pris en défaut? - Il lui appartient de préparer la venue du poète, de soigner cette attente, de la nourrir et la creuser d’interrogations, de lectures, etc...
    Mais, ce qui importe ce n’est pas encore cela. Ce qui importe ce n’est ni le poète, ni la classe elle-même, mais leur rencontre, soit cet entre-deux, cette dimension à chaque fois neuve et inouïe d’un je et d’un tu, cet espace tiers entre un toi et un moi, espace autre par où passer est possible.
C’est dans cette rencontre que je définirais volontiers par ses qualités, soit ce sens des entours - timbre, tons, résonances, couleurs... - que se joue la transmission.
Et n’est -ce pas de cela dont il s’agit dans cette Semaine de la Poésie?
Ne s’agit-il pas d’être des passeurs de poésie?


    



25/02/2007

Hommage à Jacques Dupin à Privas

( Jacques Dupin sera à Privas pour les manifestations qui auront lieu pour fêter ses 80 ans.medium_dupin1.jpg
Des Expositions-colloque-lectures auront lieu autour du poète du 27 février au 24 mars 2007
A cette occasion, la revue Faire Part publie une livraison exceptionnelleregroupant quelques quarante contributions et la reproduction d'une dizaine de peintres ami(e)s.
On peut se procurer la revue  auprès de Alain Chanéac, 8 chemin des Teinturiers, 07160 Le Cheylard au prix de 23 euros.
Je relaie ici les mots d'Alain Chanéac et Jean-Gabriel Cosculluela et donne à lire leur texte de présentation Matière d'origine, Jacques Dupin)
 
medium_Faire_Part3219.jpgLe n°20 / 21 de la revue faire part: «Matière d'origine, Jacques Dupin » est l'aboutissement d'un projet porté par la revue depuis de nombreuses années. Nous devions trouver la manière de nous approprier différemment cette écriture, et outre du « grand poète» qu'il est, parler comme récrira plus loin dans nos pages Gil Jouanard, d'un « pays » en poésie et d'un « pays » d'Ardèche, restituer le poète à ses paysages.Nous concrétisons ce projet en 2007 ; pour les 80 ans de Jacques Dupin. En Ardèche où il est né le 4 mars 1927.Durant son enfance, Jacques Dupin a vécu à deux reprises à Privas, puis plus tard au Hameau des Salelles, à Saint-Maurice d'Ibie ; depuis 1944, il vit à Paris depuis 1944, et également dans les Pyrénées.Secrétaire des Cahiers d'Art de Christian Zervos, en 1952, il devient directeur des éditions de la galerie Maeght en 1956, puis co-directeur de la Galerie Leiong en 1981. Actuellement, il s'occupe de l'oeuvre de Joan Miro, pour lequel il a rédigé de nombreux écrits, dont une importante biographie.
Ami avec des écrivains dont Maurice Blanchot, André Frénaud, Francis Ponge, Pierre Reverdy, il est l'un des fondateurs de l'importante revue L'Ephémère en 1966, avec Yves Bonnefoy, Paul Celan, André Du Bouchet, Louis-René des Forêts , Gaétan Picon. Il en assuré la coordination.
Ami avec des artistes, il organise des expositions, écrit des articles ou des préfaces pour les catalogues, ou encore avec lesquels il crée avec eux des livres singuliers, des livres d'artistes : Constantin Brancusi, Victor Brauner, Georges Braque, Alberto Giacometti, Jean Hélion, Wifredo Lam, André Masson, Joan Miro, Henri Michaux, Pablo Picasso, Nicolas de Staël, Bram van Velde, et plus près de nous, Valérie Adami, Pierre Alechinsky, Francis Bacon, Jean Capdeville, Eduardo Chillida, Colette Deblé, Joan Mitchell, Raquel, Paul Rebeyrolle, Jean-Paul Riopelle, Antonio Saura, José Maria Sicilia, Antoni Tapies, Gérard Titus-Carmel, Raoul Ubac, Jan Voss.

Comme avec les écrivains, la compagnie et l'accompagnement des artistes sont déterminants pour le travail de Jacques Dupin, dans la lumière de l'autre qu'il recherche ardemment, dont il devine la tension. Ses écrivains et artistes contemporains, qui ont tous marqué l'histoire de la littérature et de Fart, sont ses « alliés substantiels ».

De Cendrier du voyage (GLM, 1950, réédition Fissile en 2006) à Coudrier (POL, 2006), en passant par Gravir (Galllimard, 1963), Dehors (Gallimard, 1975), Les Mères (Fata Morgana, 1986), Echancré (POL, 1991), Eclisse (Spectres Familiers, 1992), Ecart (POL, 2000), cinquante-six ans et de très nombreux livres. A côté des livres courants , il y a aussi ces livres d'artistes importants : La Nuit grandissante, avec Antoni Tapies ( Erker Press, 1968), Proximité du murmure, avec raoul Ubac (Maeght, 1971), L'Issue dérobée, avec Joan Miro (Maeght, 1974), Matière du souffle, avec Antoni Tapies (Lelong & T, 1991), Nacelle, avec Jan Voss ( Leiong, 1995), Impromptu, avec José Maria Sicilia (Michael Woolworth,1995), Combe osbscure , avec Jean Capdeville (Ecarts, 1999).... qui jalonnent l'histoire des livres d'artistes.
En 1988, Jacques Dupin reçoit le Grand Prix national de Poésie.
En 1998 , les éditions Gallimard reprennent plusieurs de ses livres dans Le Corps clairvoyant: 1963-1982.

Le n° 20 / 21 de la revue faire part est une reconnaissance, au sens de reconnaissance d'une œuvre forte, intense, « lieu hors de tout lieu » pour reprendre les mots de Claude Esteban, reconnaissance au sens aussi de gratitude, tant nous sommes reliés à l'œuvre de Jacques Dupin et lui sommes redevables. Quelque chose comme un exercice d'admiration.

« Matière d'origine, Jacques Dupin » vient parcourir et reconnaître son travail, après d'autres reconnaissances : les expositions à V Ecole des Beaux-Arts de Quimper (1986), au Musée de Gravelines (1996), au Cipm à Marseille (1988 et 1992), à la Cité du Livre/Ecritures croisées à Aix-en-Provence (2001), ainsi que des cahiers et numéros de revues ; Revue des Belles Lettres n°3-4 (1986), Le Cahier du Refuge n°22 (CIPM, 1992), L'Injonction silencieuse, cahier Jacques Dupin (La Table ronde, 1995), Prétexte n°9 (1996), Cahiers de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet n°2 (1998), Strates, cahier Jacques Dupin (Farrago, 2000), Méthode ! n°8 (Vallongues, 2006). Ainsi que les livres de Michael Brophy, Maryann De Julio, Valéry Hugotte, John E. Jackson, Seiji Marukawa,
Nicolas Pesquès, Georges Raillard, Dominique Viart.

Le n° 20 / 21 de la revue faire part paraît au même moment qu'un livre « Mélanges pour Jacques Dupin » aux éditions POL, sous la direction de Nicolas Pesquès : de nombreux écrivains et artistes d'aujourd'hui y affirment la présence forte de cet écrivain, qui est plus que jamais notre « extrême contemporain ».

Jacques Dupin écrit dans « le bonheur de vivre à l'affût d'être touché par l’infime », il «écrit ce qu'il ignore », il « attend très bas la première goutte d'eau souterraine qui décomposera la lumière. L'éparpillement dans la terre des lettres d'un nom éclaté ». Il écrit, dans l'un éclaté, et s'adressant à l'autre, inventant sa présence, « à l'inconnu de tout lecteur».
Il écrit l’abrupt, l'aride, d'une lettre à l'autre, d'un mot à l'autre, d'un livre à l'autre, il laisse toujours un mot, dehors, une « matière du souffle », une « matière d'infini », pour ainsi dire une matière d'origine, de commencements, il reprend le fil, il revient à la ligne, comme au seuil de l'autre. La poésie et la pensée s'y défient dans l'attrait et l'affront proche du silence, tout à leur extrême solitude et à l'empoigne du réel, dans la recherche, coûte que coûte, de la lumière.

Un peintre et des poètes, Jean Capdeville à Carcassonne du 1 décembre 2006 au 31 mars 2007

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        "Un auteur chante, je danse autour", Jean Capdeville 

Nous sommes à Carcassonne. Dans la Maison des Mémoires, au 53 rue de Verdun où vécut Joë Bousquet. Le centre Joë Bousquet et son temps qui s'intéresse aux relations "écriture/peinture" depuis sa création en 1999 a invité Jean Capdeville à montrer ses livres peints.

L'exposition est à couper le souffle. Vitrines rythmées par quelques-unes de ses toiles où les mots inscrtits de sa main - ceux d'Edmond Jabès, André Du Bouchet, Paul Celan, Jacques Dupin..; plus une bonne dizaine d'autres dont Simone Weil, Yves Peyré, Serge Pey...les siens aussi, parfois - sont tirés du noir par quelques feux tournants dont les cendres blanches demeurent encore vibrantes, rayonnantes dans la dimension d'un possible toujours ouvert. medium_IMG_9617.JPG

Né en 1917 à Saint-Jean de l'Albère (Pyrénées Orientales), Jean Capdeville vit et travaille à Céret. Il a gardé de l'enfance deux yeux étonnés. Rieurs et malicieux, ils vont avec un sourire que son visage bruni à toutes les tramontanes et caressé de tous les soleils, laisse s'épanouir.

Vers les années 1950, deux événements modifient son orientation : la peinture romane et les écrits de la philosophe Simone Weil...«... Les notes de Simone Weil me fichaient alors une secousse, des couleurs donc, des traits, des moyens très simples, minces même, des à plats cernés. La richesse, la vraie, intense dedans...»

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Pour ses relations avec les poètes et les philosophes, le peintre Jean Capdeville explique ainsi sa démarche :

«Des livres illustrés - un auteur chante, je danse autour, avec l'imprimeur et l'éditeur aussi bien sûr -Mon premier livre, en 1968, avec des poèmes de Georges Badin «traces», a été imprimé et édité par Gaston Puel à Veilhes. Quatre choses de moi étaient prévues, reproduites en clichés simples «au trait» que je voulais reprendre à la main. Je n'ai pas aimé les clichés après tirage ; les chosess'écrasaient dans le papier et devenaient lourdes. J'ai repris les clichés, à la main, en les recouvrant de peinture ; sur la lancée, j'ai rempli pareillement 13 pages d'images ; le tout dans un tirage de soixante exemplaires. Renouant ainsi avec les tout premiers livres imprimés et enluminés. Intervenir directement, pour un tirage normal à gravures, était devenu chez nous, dans l'édition, depuis les premiers temps de l'imprimerie un processus totalement étranger ; tout étant mécanisé.L'évolution de l'approche picturale, plus franchement liée au geste et au sériel, autorisant la multiplication des images dans la rapidité et le nombre, mais toujours une à une. Quelques livres au départ : Hommage à Simone Weil, Georg Christoph Lichtenberg, «notes de lectures» en livres,«Ludovic Massé» - tous pareillement illustrés, peintures, réécrits moi-même ou bien en typo locale artisanale. Par la suite tout s'est fait dans la prise en charge matérielle d'éditeurs d'art et de leur imprimerie...»

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C'est cette danse qui nous est donnée à voir.Autant de livres, autant de "Fièvres de paix" écrit Yves Peyré, cela suffit pour une joie! Son dernier livre est une collaboration avec Jacques Dupin. Bleu et sans nom est publié par Jean Lissarague aux éditions l'écart. Peinture et poésie se touchent comme deux voix étrangères et complices, respectueuses de leurs différences. Affaire de rythme!

 © Alain Freixe

07/01/2007

Turbulence 9-

Voeux 2007 

Ami(e)s qu passez olù la poésie fait carrefour, embarras toujours, mais de passage! Quand les chemins sont libres à inventer, puissiez-vous trouver dans ces mots de Paul Celan dans Renverse du souffle, énergie et force de vie pour aider l'homme à rester cette chance qu'il est:

"Tenir debout, dans l’ombre
du stigmate des blessures en l’air.

Tenir-debout-pour-personne-et-pour-rien.
Non reconnu,
pour toi
seul.

Avec tout ce qui a ici de l’espace,
et même sans
parole."



17/12/2006

Turbulence 8 - À Grasse, une Maison de la Poésie? Oui!

Il était temps de le faire savoir! Sa naissance officielle date du 5 septembre 2006.medium_Maison_Poesie.jpg

On la trouve :rue de la Lauve 7-9 place du Rouachier 06130 Grasse (Tél :0493405640- lapoesie.aunvisage@laposte.net) Depuis peu de jours, elle est membre de la Fédération européenne des Maisons de la Poésie.

Il faut savoir que La poésie dans ce département des Alpes-Maritimes a un fonds de poésie contemporaine riche de quelques 30000 volumes. On l’appelle le « fonds Vendel », du nom de Monsieur Henri Vendel, inspecteur des bibliothèques pour le sud de la France qui, amoureux de poésie, décida qu’un des trois exemplaires du dépôt légal arriverait à Grasse à des fins de conservation et rayonnement. Cela dura entre 1953 et l’ouverture de la Bibliothèque François Mitterand. Et même si au passage la bibliothèque de Toulouse s’offrit quelques cartons, il y a ici de quoi faire !
Ce fonds est unique en France. Cette richesse culturelle entre Poésie et Patrimoine dépasse la ville de Grasse. Le département. La région. Je passe sur le rôle de l’éducation nationale, les stages qu’elle a pu y organiser. Je passe sur le rôle de l’association Podio, pour la défense et l’illustration de la poésie à Grasse – Bientôt 20 ans ! – que j'ai animée avec Jean-Marie Barnaud avant qu'Yves Ughes ne prenne le relais dont l’objectif était d’une part, d’animer du point de vue de la poésie la Bibliothèque Municipale de Grasse et faire rayonner ce fonds et d’autre part, de travailler à l’ouverture d’une Maison de la poésie qui gérerait et valoriserait ce fonds. Je n’insiste pas sur la manifestation La poésie à un visage, créée il y a maintenant neuf ans – Avant même la fameuse semaine du Printemps des poètes et qui d’ailleurs l’encadre sur tout le mois de mars – pour médiatiser encore plus l’existence de ce fonds.
 
ça y est, nous y sommes. On Y accueille des chercheurs et des curieux; des groupes et des classes. On Y organise des lectures, des conférences, des rencontres avec des poètes, des stages de formation à la poésie contemporaine...Cette structure municipale dépendant de la Bibliothèque Municipale est un lieu de vie (voir note du 21/11/06 sur André Frénaud ici même et celle du 30/09/06 sur le blog Les voix du Basilic, amourier.podemus.com).
 Alain Freixe

 

09/12/2006

Turbulence 7 - Jérôme Bonnetto, Vienne le ciel et le personnage de roman

Le 18 novembre 2006, à la Bibliothèque Municipale à Vocation Régionale Louis Nucéra de Nice, Jérôme Bonnetto après une très belle lecture, retenue et juste, d’extraits de son livre Vienne le ciel publié dans la collection Thoth des éditions de l’Amourier, a énoncé une idée bien intéressante concernant la création littéraire recoupant celle d’inspiration, de plan de travail, etc…La question était celle de savoir si Vienne le ciel était un roman. Jérôme Bonnetto a accepté l’idée que s’il y avait une chose dont on pouvait être sûr, c’était que le personnage était essentiel au roman – Y compris après les divers décapages du Nouveau Roman encore que nous ne lui ayons pas posé cette question – Du coup, il nous a présenté sa manière à lui – difficile et de type chantier entre décombres, gravats et matériaux divers– de chercher et de faire naître un personnage .Deux possibilités, a dit Jérôme Bonnetto , soit on part d’une structure préétablie, une architecture de récit et des personnages déjà à peu près définis, à l’armature psychologique forte…- Et avec quelque talent, on écrit – soit – et c’est la voie de Jérôme Bonnetto – la langue est première. Ainsi pour Jérôme Bonnetto il lui faut errer dans la langue et par tâtonnements, essais d’écriture, mots, tours syntaxiques, rythme, remuer la langue jusqu’à trouver une langue, celle du personnage, celle qui mettra au monde le personnage.
Le personnage comme être de langue, c’est là une voie de poète. Le personnage qui en sort ne peut qu’en demeurer marqué. D’où l’importance pour lui des monologues intérieurs. Ada est d’abord un phénomène de langue. Du coup les autres personnages de Vienne le ciel, le photographe surtout, Alexandre même ont moins de présence.
Pour les poètes, le langage n’est pas un simple instrument de communication, il est ce qui toujours naît au point de friction de notre conscience et du monde. Là, des images, un rythme qui s’habille de mots, naissent.
Dirais-je qu’une fois trouvée la langue et donc le personnage, le danger que court un romancier tel que Jérôme Bonnetto, c’est de tomber amoureux de son personnage. Pourquoi danger ? Parce qu’il risque de s’enivrer de sa musique et oublier le drame du sein duquel est né le personnage, non ?
© Alain Freixe

13/11/2006

Turbulence 6- Bernard Noël : Le permis de chasse

   ( Je relaie ce texte de Bernard Noël parce que je partage avec lui ce désespoir des poings fermés dans les poches crevées qui continuent à s'en aller sous le ciel vide pour crier "non devant..., ni de... mais crier à la mort"- Ainsi parlait Deleuze de Bacon - et que j'entends sous ses mots sonner, au plus haut de leur moment, ce couple de "la force sensible du cri et (de) la force insensible de ce qui fait crier" )medium_noel1.jpg
 
 
 
 
Imaginez que depuis l’au-delà de votre mort, vous regardiez votre assassin. Il s’avance vers vous, l’air arrogant et satisfait, puis lâche ces mots dans votre direction -    Excusez-moi, je vous ai tué par erreur !En vérité, il vous a tué du premier coup, mais comme il ne vous trouvait pas assez mort, il vous a mortellement frappé encore onze fois. Vous aviez beau être mort avec obstination, cela ne lui suffisait pas pour la raison qu’il désirait, à travers vous, exterminer tous vos semblables.    Il est dommage pour les bourreaux que leur victimes ne meurent qu’une seule fois : ils les tueraient de mieux en mieux tant qu’ils les ont sous la main. A défaut de ce raffinement, les bourreaux trouvent leur plaisir dans la récidive et dans la quantité. Ainsi, depuis qu’il est privé de son abattoir libanais, Monsieur Ehoud Olmert assassine chaque jour quelques palestiniens. En fait, cet exercice de chasse à l’homme est un sport qu’Israël pratique depuis longtemps, mais Monsieur Olmert l’a renouvelé en rendant son permis continu. Et il doit se proposer de faire mieux puisqu’il vient de nommer vice-premier ministre un certain Avigdor Lieberman, qui souhaite nettoyer la Palestine de tous les Arabes.    Pas de jours, depuis trois mois, sans que des femmes et des enfants palestiniens ne figurent au tableau de chasse, mais les hommes y sont assez rares. C’est qu’en Palestine, l’homme est moins commun que l’activiste, lequel de toute évidence n’a rien d’humain et doit être abattu. Qu’est-ce en effet qu’un « activiste » ? C’est un résistant qui n’accepte pas d’être occupé, d’être humilié, d’être affamé. Il a tort bien sûr de se révolter contre la condition que veulent pour lui des Elus à tous égards ses supérieurs.    Et puis, qu’on le sache une fois pour toutes, un mort est responsable de sa mort : tout autre point de vue est bêtise et superstition. La chose est d’ailleurs si évidente que pas un gouvernement occidental ne condamne le sport israélien ni son garde-chasse en chef. Après tout, le monde est accablé de misérables et en supprimer quelques-uns ne peut que le soulager. De plus, cette suppression exige l’expérimentation d’armes nouvelles, qui seront bénéfiques au marché du travail, tout comme de méthodes nouvelles de surveillance et de démoralisation.     Les opprimés sont coupables de l’être. La preuve : tous les media occidentaux parlent du chaos palestinien, de la guerre civile entre factions politiques rivales, d’une corruption endémique. Ils avaient reconnu que le Hamas accédait au pouvoir d’une manière très démocratique, mais un même mot d’ordre leur fait dire que le Hamas fait le malheur du peuple qui a voté pour lui. Pourquoi ? Parce qu’il est incapable de payer ses fonctionnaires et d’assurer le pain quotidien.     Pas un de ces media n’explique que si le gouvernement palestinien n’a plus un sou, c’est d’abord parce qu’Israël ne lui reverse pas sa part des droits de douane (plus de cinq cent millions de dollars lui sont dus) et tous trouvent normal que nos grandes démocraties aient suspendu leur aide en décrétant que la victoire démocratique du Hamas était intolérable. Il faudra bien qu’un jour ce peuple, qui parasite son propre territoire, comprenne qu’il est de trop chez lui et que l’esclavage est plus désirable que la résistance.    A moins qu’Israël ne préfère disposer d’une réserve dont il contrôle absolument les clôtures et qui, en connivence avec son Grand Allié, lui sert à sélectionner les diverses variétés de gibier humain, de la forte tête dont on fait des cibles, au pauvre indic qu’on achète pas cher. Où trouver un meilleur endroit pour entraîner les troupes au mépris de l’adversaire et des droits de l’homme ? Avouez qu’après soixante ans d’exodes, de camps et de tueries, si les Palestiniens s’entêtent à prétendre qu’ils sont les seuls habitants légitimes de leur pays, c’est qu’Israël entretient chez eux cette illusion afin d’exciter parmi ses citoyens une volonté de domination qui cimente leur unité. L’Arabe de Palestine est un épouvantail pratique pour maintenir Israël sur pied de guerre : sa chasse fournit un entraînement peu coûteux et sans grand danger.    Il n’y a pas une grande différence entre un bon chasseur et un bon tueur, sauf que le premier est muni d’un permis qui légalise ses actes tandis que le second peut toujours être désavoué par ceux-là même qui l’incitent à tuer. Il serait dans l’intérêt d’Israël, dont l’économie souffre de ses dépenses guerrières, d’organiser des battues d’activistes avec dégâts collatéraux mis secrètement aux enchères. Cela pourrait lui rapporter gros, le monde ne manquant pas de Républicains et d’Evangélistes prêts à payer fort cher pour avoir le permis de chasser au nom du Bien.