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19/10/2006

Turbulence 5-

( Comme François Bon, nous ne supportons pas non plus la fin d'un éditeur. Quelque chose soudain dans le paysage poétique de ce temps se fige et s'opacifie. L'air se fait plus lourd. Devant, un nouveau mur.)
 
Nous ne supportons pas la fin d’un éditeur : un goût de mort remonte sur les livres que nous avons de cet éditeur dans notre bibliothèque, et nous rejoint.Nous nous étions mobilisés l’an passé pour la belle collection Poésie de jean-Michel Place. Nous apprenons qu’Al Dante en est réduit au tribunal de commerce.Al Dante qui fêtait ses dix ans en juin dernier. Al Dante qui a à son catalogue des démarches exigeantes et rares comme Philippe Beck, qui honore la mémoire si vive d’auteurs comme Christophe Tarkos. Qui prend des risques avec de jeunes écrivains singuliers comme Gwenaëlle Stubbe, les mythes de Véronique Pittolo, ou accueille les voix hurleuses de Prigent ou Pennequin.Dans les jours à venir, oubliez les book crossing martelés par la SNCF, oubliez les pompes nationales de Lire en fête : chez votre libraire, achetez du Al Dante. Au moins, ces livres-là seront préservés, honorés. Ils ne seront pas lâchés aux vautours, ou aux liquidateurs que nommera le tribunal...

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01/10/2006

Turbulence 4-

Basilic / Basilique
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Je me disais parcourant le N°25 du Basilic – vous pourrez le lire bientôt sur le site amourier.com - nom donné à la gazette que publie trois fois par an l’association que je préside aux côtés de Bernadette Griot, Raphaël Monticelli, Yves Ughes, Martin Miguel combien notre ami Martin Miguel s’était montré inspiré de jucher notre animal mythologique sur un pilier de Basilique un brin de balico dans la gueule!
Travaillant tous ces jours derniers sur André Frénaud, j’ai trouvé ça dans un article de Julien Busse, paru dans Pour André Frénaud, Obsidiane & Le temps qu’il fait (1993), à propos des basiliques. La basilique a succédé à l’emplacement du tombeau d’un martyre chrétien – ce que l’on appelait entre 500 et l’an 1000 une memoria.
Les basiliques accueillaient les pèlerins car se trouvaient là des reliques puis on y enterra les morts : « Longtemps les basiliques cimitériales se distinguèrent de l’église de l’évêque, de la cathédrale (…) qui ne contenaient aucune tombe. Les basiliques, au contraire, étaient remplies de morts… ». On s’y faisait enterrer non seulement pour être à côté des premiers martyres mais aussi pour prendre place dans la lignée.
Selon moi, notre Basilic est une telle memoria. Un tel lieu de passage entre deux mondes. Il fait pont sur l’absolue discontinuité des vivants et des morts. Nulle fusion mais conjuration d’une séparation sans retour entre les vivants et les morts – j’appelle morts ceux qui se sont rendus tels pour signer leurs textes et que nous accueillons dans notre gazette.

30/09/2006

Turbulence 3-

D’un mûrier à l’autre
Quand les éditions de l’Amourier se donnent pignon sur rue.

A Coaraze, un quartier se consacrait jadis à la culture des mûriers, si utile pour l’élevage des vers à soie ; en occitan, si on parle de cet arbre, on lui dit Amourier.Quand Jean Princivalle a créé cette maison d’édition qui est le prolongement naturel de sa passion pour les textes et les livres, il a tout naturellement donné à l’entreprise le nom de son quartier, ainsi ont vu le jour les Editions de l’Amourier.medium_JP_et_sa_Vitrine.2.jpg
On sait ce qu’il faut de ténacité, de volonté et de travail pour porter à bout de bras une action originale et culturelle dans ce monde de marchandisation effréné et frénétique. Dans ce combat qui dure depuis douze ans déjà, le mot Amourier a vu son sens s’enrichir d’une nuance nouvelle, il fait désormais écho à l’Amour des livres.
Pour toute forme d’amour, il faut bien un lieu. Un point où revenir, un espace pour accueillir, recevoir les autres.
C’est chose faite, le samedi 9 septembre, Jean Princivalle entouré de ses nombreux ami(e)s et nombre d’auteurs a pu inaugurer un local situé 1, montée du Portal, au cœur du village de Coaraze. La jonction est désormais visible, entre la population et les éditions, entre la création contemporaine et les murs séculaires du village.
Le lieu, aménagé par les mains de l’éditeur et de sa compagne, Bernadette Griot, est à la fois outil de travail et vitrine présentant le travail accompli.
Et le soleil d’ailleurs donnait fort sur l’apéritif offert pour la circonstance, le vin de l’Amourier (du Minervois cette fois-ci) se liait parfaitement à la pissadalière, aux fraises du jardin,
Et dire qu’il est de mauvaises langues pour penser que la littérature est une aventure dépassée, fatiguée et poussiéreuse…
Pour s’en dissuader définitivement…poussez la porte…elle se trouve non loin d’un Mûrier, solitaire et exilé, et qui retrouve là une belle occasion de justifier sa présence.

Yves Ughes
Publié dans le Patriote Côte d’Azur

03/07/2006

Turbulence 2

Oui, lire de la poésie

« Je n’ai jamais rien demandé à ce que je lis que le vertige. Merci à qui me fait perdre, et il suffit d’une phrase, d’une de ces phrases où la tête part, où c’est une histoire qui vous prend. Aucune règle ne préside à ce chancellement pour quoi je donnerai tout l’or du monde. »
louis Aragon


On s’engage dans la lecture. On fait confiance. On se fie à…sans trop savoir où l’on va mais sûr du fait que s’éloigner de quelques pas de ces rives, on le veut. L’obscurité n’est pas celle qui règne là devant moi mais bien celle des brumes qui bouchent à l’arrière les chemins du retour vers les niches.
On lit. Fort de ce savoir selon lequel « le poème est toujours marié à quelqu’un » selon les mots de René Char. Sera-ce celui-ci, un autre ? Allons, avançons. Lecteur, j’ai la faiblesse de croire qu’un poème m’attend toujours quelque part et auteur, j’ai la faiblesse de croire que les miens peuvent être rencontrés de la même manière, aventureuse et risquée.
On lit comme on s’avance non vers un rendez-vous mais vers une rencontre possible, un coup de vent. Ou du sort.
Un poème, c’est un événement dans le tissu du langage. Ça vous habille ou pas ! C’est une surface traversée de courants marins pour les amoureux de cette mer que chériront toujours les hommes libres. Electriques pour ceux qui des montagnes aiment les orages d’été.
Un poème, ça vous branche ou pas ! ça vous porte ou pas ! Vous flottez ou pas ! Un poème est d’abord un pur jeu d’intensités. Des forces sont là au travail. Soulèvements / éboulements.
À ce titre, il est moins à comprendre qu’il ne nous comprend. Nous serre. Nous tient de toute son obscurité. Ou sa désarmante simplicité. Vous le savez bien, il est des Haïkus – ces formes brèves japonaises – dont la transparence mène au vertige !

Après vous ouvrirez, si ça vous chante, les boites à outils. Après le regard ébloui. Les coups au cœur. Après vous ravauderez du sens. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie…vous vous engagerez alors dans l'interminable.

Entrez dans les poèmes. Risquez ces lectures. Engagez-vous dans ces mises à nu. Le monde s’il n’en ressort pas plus compréhensible risque de gagner inexplicablement d’abord en saveur…alors le savoir n’est pas loin !

19/06/2006

Turbulence 1

On le sait – Et ces temps-ci certains de nos proches le savent mieux que nous – si quelque chose est vivant, c’est toujours quelque chose qui passe par notre corps. Je crois qu'en permanence, surtout quand nous n’y pensons pas, nous exposons notre corps.
Rencontré ces mots de Michel Leiris dans Frêle bruit : « Aussi radicale qu’elle soit, nulle transformation du monde n’est capable de changer du tout au tout ma vie, conditionnée notamment par ma certitude d’être appelé à mourir. Il est une part de moi que la révolution, même totalement aboutie, laisserait intacte, et c’est à cette part rebelle que, rebelle elle-même, s’adresse la poésie, et dans ce terreau-là qu’elle plonge ses racines. »
Peut-on pratiquer autrement la poésie, la peinture la musique…que comme un acte déchirant qui fasse trace, quelque soit le support, et que ces plaies-là – C’est Henri Michaux qui disait : « les traces sont des plaies » - soient les témoins sensibles de cette énergie cruelle dont nous sommes traversés?