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07/08/2015

Lu 110- Alejandra Pizarnik, L’enfer musical - Cahier Jaune – Extraction de la pierre de folie - La comtesse sanglante – Les travaux et les nuits, Arbre de Diane, (traduits de l’espagnol par Jacques Ancet) Ypsilon.éditeur

Commencer par la fin, remonter le cours des livres d’Alejandra Pizarnik (1936- 1972), figure majeure de la poésie argentine des années 60/70, tel est le choix de Ypsilon éditeur  qui s’est engagé dans la publication de l’œuvre complète de cette Dame de la nuit. A ce jour, six livres publiés, quelques dix autres titres à venir.  A partir de cet enfer musical, descendre dans les livres, ce sera comme remonter à contre-pente dans les éboulis des proses, les pierriers des poèmes, ce sera dénuder toujours plus ce désir du « poème-terre promise » où l’âme, ce « nœud rythmique » dont parlait Mallarmé trouverait à renouer sa mélodie, ce sera voir son fouet zébrer la nuit d’éclairs et se fermer au noir de leur tonnerre.

Parmi ces livres, Jacques Ancet qui, outre les traductions, assure ici ou là quelques courts textes qui accompagnent avec discrétion mais donnant toujours sur de beaux éclairages, a raison de placer La comtesse sanglante, à une de ces bifurcations où Alejandra Pizarnik jouait toujours sa vie.

Il convient de prévenir le lecteur de  La comtesse sanglante . Ce texte relève de cette prose que poursuivait Alejandra Pizarnik où la force qui devait soulever ses phrases visait à l’emporter loin  du corset des genres. Pour cela, ce livre vaut et par lui-même et pour ce qu’il nous apprend des hantises qui traversent la poésie d’Alejandra Pizarnik, notamment celle de la nuit et de la mort. A quoi je rajouterai volontiers qu’il a cette qualité de présence qu’ont les écrits qui s’arrachent tout saignant de la vie et dont « chaque mot dit ce qu’il dit et plus encore et autre chose aussi ».

 D’Alejandra Pizarnik, on ne saurait dire telle vie, telle œuvre comme on le dit souvent mais bien telle œuvre, telle mort. Alejandra Pizarnik rejoignit ses poèmes le 25 septembre 1972. Son sang la noya. A moins que ce ne soit le seconal qui le glaça.

Le sang ! Celui qui brille dans tant de nos expressions ! Sang de la vie et de la mort.

 La comtesse Erzsébet Bathory ne pouvait que fasciner Alejandra Pizarnik.

 La comtesse – ses « dents de loup » - et ses quelques 600 victimes. Toutes des jeunes filles. Toutes torturées. Toutes saignées. La comtesse et sa hantise de la mort. Du vieillir. La comtesse qui se baignait dans le sang des vierges pour rester jeune et belle. La comtesse et « la beauté convulsive » de son combat. De son affrontement à l’impossible : « nul jamais ne voulut à ce point ne pas vieillir, c’est-à-dire mourir. C’est pourquoi elle représentait et incarnait peut-être la mort ; Car, comment la mort pourrait-elle mourir ? ». La comtesse et son silence : « assise sur son trône » et qui « regarde torturer et écouter crier ». La comtesse et son miroir, habitante du pays froid des reflets. La comtesse et sa mélancolie.

 Alejandra Pizarnik pouvait-elle ne pas s’identifier à la comtesse ? Entendons-nous. L’une tue pour se maintenir en vie, l’autre écrit pour la même raison – Vous vous souvenez de ces mots d’Henri Michaux : « Ecrire, écrire : tuer, quoi » - L’une croit dans les vertus régénératrices du sang humain, l’autre se fait un sang d’encre. Les deux occupent la place de la mort. Si elle est « la Dame qui ravage et dévaste tout comme et où elle veut » quand elle prend les traits de la « Dame des ruines », elle est celle qui « (dit) un mot sans jamais cesser » de ne pas le dire, celle qui interdit aux « mains de poupées » d’Alejandra Pizarnik de se mêler aux «  touches » et d’entrer « dans le clavier pour entrer dans la musique et pour avoir une patrie ».

 Alejandra Pizarnik restera donc parmi nous, sans-patrie. Noir sur blanc. Présente dans les pages qui accueilleront ses écrits, leur amour sans fin du silence et du « langage des corps ».

 

*Note parue dans le journal L'Humanité

 

Turbulence 70- ça rime à quoi, A propos de la suppression de l'émission de Sophie Nauleau sur France-Culture

Après Lodève et ses Voix de la Méditerranée, après la fermeture de la Maison de la poésie de Saint-Quentin en Yvelines, au tour de la dernière émission qui donnait la parole aux poètes sur les ondes de France-Culture, ça rime à quoi de Sophie Nauleau de se voir retiré de la grille des programmes...

Je relaie ici la Lettre ouverte de Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes
à Olivier Poivre d'Arvor, directeur de France Culture


Monsieur le Directeur,
J'ai appris avec stupéfaction et consternation la suppression de l'émission Ça rime à quoi,
seul magazine consacré à l'actualité poétique de tous les média audio-visuels nationaux,
tant publics que privés.
Cette exception était l'honneur de France Culture précisément, n'était-ce pas aussi son
devoir, étant donné l'exclusion dont pâtit la production éditoriale poétique dans les lieux
uniquement régis par la loi de l'audimat ?
Si nous ne pouvons qu'approuver par ailleurs le retour sur l'antenne de lectures
quotidiennes de poésie, cette initiative ne saurait que s'ajouter, et non se substituer au
magazine d'information et de réflexion que Sophie Nauleau animait avec la plus grande
compétence. On ne saurait objecter qu'il y a d'autres émissions d'actualité littéraire,
l'expérience ayant prouvé mille fois qu'étant donné le poids de la fiction et des essais, la
poésie en est quasiment toujours la grande absente.
Au nom de tous ceux, nombreux, qui aujourd'hui se battent pour maintenir une place à la
poésie dans l'espace public, je me permets de vous demander de reconsidérer une
décision qu'ils ne peuvent admettre.


Nous appelons les poètes et les amateurs de poésie à faire part de leur désapprobation de
la suppression de l'émission Ça rime à quoi en écrivant au directeur de France Culture :
116 avenue du Président Kennedy, 75220 Paris cedex 16.

Lu 109-Jean-Marie Barnaud, Le don furtif, Cheyne éditeur, collection verte, 2014

J’ai toujours vu/connu Jean-Marie Barnaud fasciné par les poètes pour qui la poésie était chemin de l’homme dans le temps, humanisation du temps par la parole , recherche angoissée et souvent douloureuse de leur parole de vivant, la parole de la dernière chance. Car c’est toujours la dernière chance. Aujourd’hui comme hier. Demain aussi bien !

Un spectre hante la poésie de Jean-Marie Barnaud: la question de l’à quoi bon Je sais bien que les esprits forts ne croient pas aux fantômes mais la langue comme la science des membres absents le dit, ce sont des revenants !

Le nouveau livre de Jean-Marie Barnaud, Le don furtif, paru comme les précédents – dix sans compter les rééditions, chez Cheyne éditeur ! – en voilà un compagnonnage ! – ne déroge pas à ce retour : à quoi bon la poésie si elle n’a pas à voir avec « vivre », avec ce qu’il en est de vivre, ses contradictions, ses fatigues, cet épuisement qui parfois nous tient et nous serre encore plus peut-être alors que vient « le grand âge » et « ses jours friables » ? A quoi bon la poésie face aux « chiens de la force », quand l’Histoire bégaie, que les malheurs montent, que s’empourprent les dangers ? A quoi bon la poésie si elle n’est que jeu de langage, belles fleurs de serre stériles, simple jeu de l’intellect ? Que peut la poésie face à « la langue close / qui savoure ses outils » ?

De quoi souffre la poésie de ce temps, notre présent, si ce n’est de l’absence d’une image, de cette « grande image » dont Lao-Tseu pouvait dire qu’à partir d’elle on pouvait être du monde, le parcourir, en étant en accord – Ah ! ces jours où l’  « on se croirait encore / les élus d’un ciel » ! - , en harmonie avec les choses.

Il ya une profonde nostalgie chez qui « cherche encore / espérant que la chose se lève / de l’obscur / et qu’elle éclaire toute la scène » et donne sens par là au monde. Nostalgie qui fonde une mélancolie difficile à juguler. Mais elle a disparu la grande image et sa voix, « tout au fond ». Reste le ravin noir, le bord du précipice, le seuil du vide…Inquiétant pour sûr mais pas rien pour autant ce retour de l’ancien chaos ! Et si cette faille d’abîme était à accueillir ?

J’aime les mots qui terminent ce livre. Ces mots disent l’accueil : « Bonjour la terre qui vient / droit devant ». Cette terre vous l’entendrez comme vous voudrez, de celle des marins où reprendre pied à celle de la tombe où perdre pied, moi, j’y verrai bien cette « mère de toutes choses / et qui contient l’abîme » dont parlait Hölderlin souvent présent dans ce livre de Jean-Marie Barnaud. Et si ce qui soutenait était le vide, « la blancheur de l’inconnu : en avant de moi » aurait dit André du Bouchet ? Et s’il nous fallait cesser d’être dans cette douleur qui nous enserre sans nous déchirer entre constatation qu’il n’y a plus de « grande image » qui soutiendrait toutes les images - le monde avec ! – et le souhait qu’il y en ait une quand même, malgré tout, au fond ? La belle querelle de JMB, son drame – cette action sur lui du plus que lui-même – c’est de ne point arriver à décider : la voix de la « chose », celle du « disparu », de « celui qui avait fait briller l’éclat », n’est-elle qu’ »un rêve / un déguisement (…) une pantomine », oui ou non ?

Faudra-t-il toujours être de ces « voyageurs », de ces « obstinés » qui « (repartent) en chasse (…) blessure aux yeux » ? Et s’il suffisait de s’arrêter, de se tenir debout dans le petit matin, - cette lumière du petit jour Jean-Marie Barnaud la nomme « la discrète » ! – qui, tous les jours, à la dérobée – le furtif, cet instant, tient du vol ! – vient et revient ? C’est à pas légers qu’ « il porte le temps sur ses épaules » et s’en va « dénouer les ombres ». Et si c’était ce passage-là qui seul importait – « tous les matins / cette jeunesse passe / notre chance peut-être » - ce saut, ce bond. Pour rien que la brûlure d’un passage. Mobilité pure. Musique sous le silence. Les mots manquent, les mains manquent, et alors ? A Jean-Marie Barnaud, j’aimerais offrir ces mots de Nietszche : « L’instant infinitésimal est la réalité, la vérité supérieure, une image-éclair surgie de l’éternel fleuve ».

 * Note publiée dans la Revue des Belles-Lettres

Lu 108- Entailles de Pierre Chappuis, éditions Corti

 On savait que la poésie de Pierre Chappuis – Entailles est le quatorzième ouvrage qu’il publie chez José Corti. J’aime au seuil de cette note saluer cette belle fidélité ! - était une poésie dans laquelle le poème est expérience où la parole se risque vers ce qu’elle ignore de ce qui se tient devant et qui la tire toujours plus avant. C’est là une mise en rapport avec l’inconnu, avec ce qui disparaît dans son apparaître, avec l’instant quand il est ce qui coupe. Instant qui est également ce qui, comme l’aube, est déchirure qui renouvelle, déprise et reprise. Entailles fait la part belle à ces déchirements qui instaurent, qui créent de la continuité dans la discontinuité comme ces eaux qui après avoir surgi s’empierrent et disparaissent avant de ressurgir plus loin, plus bas, toujours plus vives. « Elasticité mienne » dit Pierre Chappuis dans la mesure où « D’instant en instant / - ponctuation mouvante et brève - / air, espace se recréent ».

L’éclat déchire, la bande de brume aussi quand ce n’est pas le froid qui « (étrangle) les vocalises » des « lueurs sur le lac ». Entaille, demeure de nuit. Au commencement était la déchirure, l’entaille instauratrice de distance, aveugle – on se souvient de ce titre fondateur de Pierre Chappuis Distance aveugle – dans la mesure où c’est ce que l’on ne voit pas dans ce que l’on voit qui importe.

Séparation, soustraction, entrée dans la perte. Aux lèvres de l’entaille lève le vide. Coupure appelle couture. Bâtir sur le trou, la perte, l’en-allée des couleurs. Il y a de la nuit dans les paysages de Pierre Chappuis. Non pas l’autre du jour mais la nuit d’avant jour et nuit, ce « noir de source », ce « soleil souterrain «  dont parlait Joë Bousquet.

 Pierre Chappuis s’attache à figurer le rapport qui nous lie aux choses et qui nous en sépare, telle cette « Montagne encore, scindée en deux / Blanc, brume / bandeau hérité de la nuit / telle, coupée la parole. »

C’est là affaire de poésie, affaire de rythme qui seul régénère et vivifie la langue: saisir en plein vol ce qui disparaît dans son apparaître. Alors la parole se génère et se déploie sur ses failles.

Pour Pierre Chappuis, le travail d’écriture est travail d’une force qui vient d’ailleurs, d’avant le poème et que le poème ne parviendra pas à limiter. Cette force prend ses formes dans le poème mais c’est en le traversant. Reste le passage d’une intensité. Comme entre flux et reflux, quelque chose passe. Coupure, alla assure le saut, bond et rebond, un rythme naît là. Le poème ici est tout à sa vague - « viendraient à moi (…) une vague, la suivante, et la suivante » note Pierre Chappuis – comme en auto-mouvement, il renaît en quelque sorte de ses failles, ces coupures, ces entailles dans le massif de la langue.

 Entailler, c’est évider, donner place au vide, condition première du rythme. Le vide chez Pierre Chappuis est un mode de la présence, toujours en échappée, hors langage, les mots faisant tout au plus signe vers… Ce que l’on entend alors dans la poésie de Pierre Chappuis, écriture toute de concentration et d’abandon,  c’est la petite musique d’un sens qui file vers son  horizon impossible.  Le sens ici n’est pas explicatif. Il ne nous sert pas à faire main basse sur les choses et le monde. Le sens vient déranger, troubler, ouvrir, sans fin, entaille après entaille. Il ne fixe rien, il est agent de transformation.

 Transformation interminable qui fonde le fait qu’il n’y a aucune complaisance à soi dans la poésie de Pierre Chappuis, ici jamais la parole ne s’attarde auprès d’elle-même. Elle dit à chaque fois un rapport neuf. Coupe, et se relance toujours en avant de soi. Fille du vide, elle est dans le suspens du respirer. Or c’est cela que nous voulons : respirer, quand c’est l’asphyxie qui menace par trop d’homogénéité dans le temps !

* Note publiée dans la Revue des Belles-Lettres

 

Balise 92-

« On écrit pour orienter son inspiration et l’arracher aux conditions de l’écriture (…) et je cherchais l’anneau de vérité qui rend les mots invisibles dans les phrases - ; celles que l’on ne comprend que quand on a le cœur à les entendre. »

Joë Bousquet, Le meneur de lune

18:58 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : joë bousquet

20/05/2015

Turbulence 69- Saint-Quentin en Yvelines

La Maison de Poésie de Saint-Quentin-en-Yvelines est menacée de disparaître.
Je vous fait suivre le message que je viens de recevoir du collectif PoéSQY.
En signe de solidarité, qui voudra signera la pétition.
La Maison de Poésie de SQY est un lieu de rencontres poétiques, artistiques,  d'échange avec le milieu scolaire, de représentation théâtrale de haut niveau, et beaucoup d'autres activités, il suffit de regarder le programme des dernières années.  

 
"PoéSQY est l'association des Amis de la Maison de la Poésie de Saint-Quentin en Yvelines (SQY). L'existence de cette Maison est directement menacée par un vote de la majorité des élus de la Communauté d'agglomération (à une voix près)....
Il est urgent de réagir en signant, sur Change.org, la pétition "POUR maintenir ouverte la Maison de la Poésie de Saint-Quentin en Yvelines, et ses activités DANS SES MURS ET HORS LES MURS".

Nous avons besoin de milliers de signatures pour la sauver, et d'un maximum de soutiens
SIGNEZ en CLIQUANT sur le lien PETITION POUR SAUVER LA MAISON de la POESIE de St QUENTIN en YVELINES
ou sur :
https://www.change.org/p/m-m-laugier-pr%C3%A9sident-de-la-communaut%C3%A9-d-agglom%C3%A9ration-de-saint-quentin-en-yvelines-m-e-a-junes-vice-pr%C3%A9sident-charg%C3%A9-de-la-vie-culturelle-maintenez-ouverte-la-maison-de-la-po%C3%A9sie-de-saint-quentin-en-yvelines-et-ses-activit%C3%A9s-dans-ses-murs-et-hors?recruiter=299040013&utm_source=share_sponsor&utm_medium=email&utm_campaign=share_email_responsive
n'oubliez de valider ensuite votre signature, (à faire aussi si vous faites partie des premiers soutiens)
et faites suivre ce lien à tous vos amis et connaissances, pour que vive la poésie !

Merci ! Pour PoéSQY
Irène Clara, présidente             Sylvie Sohier, trésorière
PS : pour plus de détails, écrivez-nous à poesqy@gmail.com"

03/05/2015

Lu 107- La barque de Pierre, Poème pour un pêcheur de Sant Cebrià de Serge Pey, VOIXéditions

Serge Pey, Voix éditionsOui, ça commence toujours par les pieds. Les pieds font base. Ainsi les morts aident-ils  à se tenir debout. A risquer l’écart, le déséquilibre, c’est alors la marche. La marche en avant. Celle que vient de mener à bien Serge Pey entre le 16 et le 31 mai 2014 est un appel aux vivants. Le facteur de langue est parti de Toulouse pour déposer au terme de 15 étapes dans la boites aux lettres qui garde vivante la tombe d’Antonio Machado à Collioure, les courriers qu’il a fait écrire depuis octobre 2013 à « Don Antonio, le bon ». Enterré là depuis le 22 février 1939, « le poète du peuple » avait quitté  Madrid le 24 novembre 1936 contre son gré, pour rester aux côtés des républicains, ses compagnons de combat contre Franco et ses misérables. Dans la mémoire de tous ceux qui ont l’Espagne au cœur, sa langue et sa liberté,  Antonio Machado pérégrine encore. L’exil n’a pas effacé les « chemins sur la mer » qu’il a su tracer et dont il disait que c’était là  notre affaire d’homme. Ils écument encore de tous leurs sillages dans son œuvre comme dans celle de serge Pey.

 Dans sa marche de la Mémoire, dont la Poésie est fille, il a pris avec lui quelques munitions – ce sont livres chez Montaigne ! Outre ceux de Machado, Lorca, Hernandez, il a pris les siens et parmi les derniers : Le trésor de la guerre d’Espagne (Zulma), Les poupées de Rivesaltes (Quiero), L’agenda rouge du MIR – Mouvement indompté du Rêve – (Al Dante) et La barque de Pierre, poème pour un pêcheur de Sant Cebrià (VOIXéditions) dont j’aimerais vous dire quelques mots.

Saint-Cyprien, quartier de Toulouse où vécut Serge Pey est aussi le nom d’un village de pêcheurs sur la côte catalane, près d’Argelès où vécut dans un camp de concentration une partie de sa famille lors de « la retirada ». Serge Pey, « résistant du sens de l’homme », est un « esgardeur ». Sa main qui écrit a deux yeux, le premier est ouvert sur le passé, son regard l’empoigne : misère et grandeur, honte et fierté, meurtres et tortures, abandons et trahisons. La mémoire nourrit la révolte et la hargne. Le second se porte sur le présent qui se dissout dans l’actuel quand « les marchands vendent tout / jusqu’au soleil / qui ne leur appartient pas » , quand « les bouchers de la lumière (…) débitent la mort » pour « les passants de l’été », décérébrés, sans mémoire qui « passent devant le Bel Ange / échoué au Barcarès / sans savoir son histoire ». Sans savoir qu’ici, les bulldozers ont détruit le Bourdigou aux maisons de sanils et de vent, où « l’on pensait faire / des choses en commun / pour qu’elles ne soient pas communes ».

L’écriture de Serge Pey est résurrectionnelle. Elle fait lever les morts et ses « généalogies » « tirent sur le sommeil / avec de vieux fusils ». Alors les filets de Pierre ramènent dans le présent les images d’hier. Dans les brisements qui suivent ces chocs, sur les arêtes des images de Serge Pey paraissent des éclairs d’une durée nouvelle et sous leur lumière un « nous » prend forme. Un « nous », issu de l’ombre, « dans le dos de la mer », s’annonce. C’est un « nous » en marche qui dit : « nous sommes la vieillesse / nous sommes la jeune mer / et aussi la mer qui vient / et celle qui jamais n’arrive ». C’est un « nous » à « gueule de chien » qui hurle « l’internationale des anges ». Ce « nous » qui revient « parce que nous ne sommes / jamais venus », c’est nous. Demain.

( article paru dans la revue Europe )

 

 

 

Lu 106 - lmtv d'Emmanuel Laugier, NOUS, disparate

Pour un OVNI, ce ltmw, dernier livre d’Emmanuel Laugier, en est un ! Un acronyme, je veux dire, ce mot formé à l’aide des initiales d’autres mots. Et ici anglais ! - Il est vrai qu’on trouvera aussi de  l’italien - letters to my wife !

Des lettres qui n’en sont pas vraiment, des poèmes - tous numérotés de I à LXXXI – comme autant de blasons à la  manière de cette poésie galante du XVI, ces courts poèmes célébrant une partie du corps féminin – on se souvient du « beau tétin » de clément Marot ou du « front » de Maurice Scève - autant d’arrêts sur image d’un long plan séquence qui juxtaposés tiennent dans leur étreinte, bord à bord, l’inexprimable du sens de ce qui s’est passé entre celle nommée « émi », « my own mily one », ces senhals – mais oui, le trobar clus des troubadours n’est pas loin ! - de la « tua donna », poèmes d’amour, donc. Et l’amour aime le secret. Il aime à se cacher. Les poèmes sont cabanes dans le désert de la langue, abris fragiles pour celer, soit contenir et cacher comme le gant la main, l’amour. C’est en cela que le poète que cherche à être Emmanuel Laugier cèle son désir dans le corps de ce livre, dans ce ltmw.

Finalement banal dans leur propos – traduire cette traversée risquée qu’est l’expérience amoureuse - déconcertant dans leur forme et leur démarche, dira-t-on de ces poèmes que leur lecture est difficile ? Que s’y enchevêtrent bien des éléments hétérogènes ? Qu’elle charrie bien des nuages? Plutôt accepter cette obscurité apparente, ne pas vouloir/croire tout éclaircir, s’accomoder des  ombres. Ne pas en faire un épouvantail. Il n’y a pas de vérité cachée, d’ordre mystique, hermétique, cabalistique. Pas d’allégorie, pas de clé qui permette de tout comprendre. Pas de fil interprétatif à tirer.

Le texte, de poème en poème, certes peut égarer le lecteur tant il sème à foison des traces – n’en relevons que quelques-unes des chanteuses de jazz comme Jeanne Lee ou Billie Holliday et sa chanson « my man », des groupes ou chanteur de rock alternatif comme Sonic Youth, PJ Harvey en passant par des paysages comme ceux de la route des claps sur les Hauts de Grasse ou ce « paysage de la route d’Uzès » de Nicolas de Stael, des références littéraires à Ossip Mandelstam et à son « verbe à cheval » ou encore à Maurice Blanchot et  à sa « folie du jour », à Sandro Penna, Pier Paolo Pasolini… - mais il peut le conduire aussi bien, de lueurs en lueurs, d’obscurité levée en obscurité renouvelée à se trouver dans la situation de qui aime et tombe, perd ses marques en face de l’aimée. Peut-être n’est-il même pas écrit du tout ce texte, peut-être « n’est-il pas là pour être lu, comme l’écrivait Samuel Beckett à propos du Finnegans Wake de Joyce, ou plutôt  (…) pas là seulement pour être lu. » Mais « regardé et écouté. »

On ne lit pas Emmanuel Laugier les yeux fermés mais bandés et les oreilles attentives. Ainsi appréhende-t-on une singularité, l’intensité d’une langue en acte, une écriture qui est du côté de la frape, qui cogne et casse ce qui dans la langue est du côté du signe, des représentations, des idées toutes faites associées trop vite et trop aisément .

Il y a dans l’écriture d’Emmanuel Laugier comme un dynamisme immobile, une alternance d’accélérations et de ralentis, de rythmes et de contre-rythmes, des arrêts, des suspensions…Il y a là une manière de tourner autour d’émi, de jouer avec ses courbes. Une ronde.

Couper/recouper/mailler moins les faits que leurs traces. Certaines expressions, certains vers font tourniquet, ils reviennent en ritournelle.

Ainsi voit-on l’écriture d’Emmanuel Laugier se jeter à côté et en avant. Accélérer la langue, la déplacer : mots retournés, agglutinés ; phrases dis-jointes, concassées ou allongées ; stolons qui enjambent les lignes. C’est dans ces avancées aux fréquents arrêts, aux silences d’arrière que la langue d’Emmanuel Laugier prend sous sa sauvegarde les traces des regards perdus à l’avant et du corps qui les porte.

Importe l’intensité d’une langue en acte et, pour nous, de ne pas réduire les individualités, les singularités… méfions-nous de nous-mêmes, de notre paresse qui vite file à l’oubli des textes eux-mêmes. ltmw exige de nous une posture. Il faut rouvir ses yeux comme on remonte ses épaules. Il faut se ressaisir pour le lire. Ressaisissons-nous !

( article paru dans la revue Europe )

 

Lu 105 - Geoffroy Squires - Sans Titre, éditions Unes

couv G.Squires851.jpgIl y eut d’abord le feu aux Belles Lettres, puis l’eau et la boue à la galerie Remarque à Trans-en-Provence. Salamandre, les Editions Unes renaissent, reprises par un poète, François Heusbourg avec l’accord – ce serait peu ! – l’appui et l’enthousiasme toujours intact de Jean-Pierre Sintive, leur fondateur en 1981. A ce jour 5 livres publiés : Tréfonds du temps de Maurice Benhamou, Issue de retour de Jean-Louis Giovannoni,; Sans titre de Geoffrey Squires ;  A côté du mot perdu de Bernard Noël  et le troisième de Esther Tellerman.

J’aimerais glisser quelques mots supplétifs à ce Sans Titre, œuvre d’un poète irlandais, inconnu en France et dont François Heusbourg, son traducteur, nous donne la traduction.

Un poète traduit et au plus juste de l’inexprimable se risque dans la langue de l’autre et c’est la nôtre qui reçoit comme un air nouveau qui vivif-ie.

Geoffrey Squires est le poète de ces riens « suspendu(s) au-dessus », « dans l’air » qui se mêlent - « une chose coulant dans une autre » - se fondent sans que l’on ne sache plus « où cela fut » ni même « si cela fut » sauf que cela revient comme une hantise sans que l’on sache pourquoi. Poète de la relation, ou plutôt de la fusion des états de conscience, Geoffrey Squires se montre tout prêt à sauter hors de l’espace mesurable comme du temps des horloges – cet autre espace – où ne joue que la causalité pour, par delà toute chronologie, insister sur une chronographie, une inscription des choses les unes dans les autres. Choses qui de qualité à qualité – « douce(s)  intangible(s) comme le sont les qualités » - « s’étend(ent) de toutes parts », prolifèrent – rhizome pas racine ! – poussent à l’horizontale, s’étalent. Devant quoi nous restons « perplexes / incapables de nous en saisir », assurés du fait que « ça ne disparaît pas juste parce que ça a été oublié » mais sans prise sur une quelconque destination. Nous resterons là sans savoir « où tout cela peut bien aller » si ce n’est vers un « peut-être ».

C’est avec ce « peut-être » que nous aurons à travailler - « imagine ce que cela pourrait signifier » nous intime Geoffrey Squires – « travailler avec l ‘oubli : travailler avec ce que l’on ne sait pas » écrit Bernard Noël dans Livre de l’oubli. A quoi je rajouterais volontiers un ou que l’on ignore avoir su ! Et ce pourrait être inventer cela. Produire du nouveau !

 

( article paru dans le journal L'Humanité)

*

C’était là manière de saluer un retour, une exigence et en profiter pour inviter ceux/celles qui passeraient par Nice à aller voir du côté du 13 de la rue Pauliani à Nice la librairie/galerie Arts 06 que François Heusbourg anime. Passant dans cette rue, ils pourront aussi pousser la porte de la Galerie Quadrige pour voir les éditions de la Diane française que dirige Jean-Paul Auréglia.

 

 

 

 

 

 

 

Balise 91 - A propos du nom de Dieu

« Leur raisonnement, c’était que Dieu ne peut désirer que nous lui donnions un nom, car l’idée de nom suggère celle de sujet, de verbe, de prédicat, on va donc vouloir que Dieu soit ceci ou cela, on le cherchera pour ce faire dans une de nos perceptions, qui s’opposera à d’autres, on se battra pour l’une ou l’autre, on s’entredéchirera en son nom ! Un nom pour l’absolu, ce n’est pas la désignation, encore moins la célébration, c’est le piège que nous tend , hélas, le langage. Le nom de Dieu est le mal. Dès que Dieu a nom le blé brûle, on perce le cou de l’agneau. »

Yves Bonnefoy, extrait de Les noms divins in L’heure présente et autres textes, Poésie/Gallimard, 2014

09:38 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)

In Memoriam Charles Dobzynski (1929 - 2014)-III

Notre ami Michel Ménaché nous avait envoyé cette note parue depuis dans la revue Europe que Charles Dobzynski avait écrite à l'occasion de la parution du livre de Michel Ménaché et Josette Vial : Istanbul –Kilim des sept collines paru à La Passe du vent en 2014.

 Que la reprendre ici soit notre manière de rendre un nouvel hommage à l'immense passeur de poèmes que fut Charles Dobzynski.

"C’est un album à trois têtes, ou plutôt à trois cœurs : photographie, poésie, correspondance, dans un élégant format à l’italienne qui s’accorde à son sous titre : Kilim des sept collines. Le  Kilim est un tapis d’Orient qui inclurait ici, dans son dessin, les sept fameuses collines de la mégapole Istanbul, chevauchant par le Bosphore à la fois l’Europe et l’Asie. Cette ville fabuleuse - misère et merveille souvent juxtaposées -  le poète Michel Ménaché en compagnie de la photographe Josette Vial, en parcourt non seulement les apparences, prises dans leur actualité en saisissants instantanés,  mais les strates de mémoire. Celles-ci se trouvent entrecroisées en réseaux d’émotions, de remémorations, de reconstitutions mentales infusées d’une nouvelle vie. Ce n’est pas le journal de bord ou le bloc-notes de voyageurs curieux, de touristes avides de pittoresque, de témoins circonstanciels, mais un roman qui s’invente sous nos yeux en réseaux multiples de langages : celui de l’image illustrante et illuminante, celui de la poésie en vers ou en prose, tantôt dans des séquences brèves et intenses, tantôt dans l’alternance des missives adressées par son grand-père Marcos, juif sépharade et stambouliote, à son petit-fils supposé être alors âgé de deux ans. C’est le petit-fils qui reconstruit et nous restitue, à partir d’ échos d’un vécu sans doute familialement transmis, l’expérience singulière d’un homme heureux dans son cadre natal, mais très tôt victime d’une condition trop précaire, de suspicions et de persécutions, conduit à contrecœur à émigrer jusqu’en ce carrefour de l’Argentine, Buenos Aires, alors  refuge privilégié de cohortes d’Européens démunis et parmi eux beaucoup de juifs plus ou moins hispanophones, en quête d’une terre d’asile où règne enfin la tolérance et la possibilité de vivre et de travailler dans la dignité.

     La vie de cet homme est un puzzle que Ménaché s’emploie à rendre déchiffrable, sensible, attachant, à commencer par cette histoire d’amour et de mariage suspendu, reporté de deux ans par les exigences d’une époque où la pauvreté accablante est le ressort de l’émigration. Le roman de son grand-père Marcos, l’imagination de Ménaché, constamment gouvernée par le souci de la vérité des faits, des détails, et la tendresse générique qui l’irradie, nous le restitue miraculeusement de lettre en lettre. Cette correspondance-fiction semble transiter dans l’espace avec les ailes des oiseaux migrateurs. Mais c’est surtout l’histoire qu’elle traverse et transcrit  molécule par molécule, mot par mot. L’histoire légendaire de Constantinople, devenue Istanbul, l’évocation de son quotidien,  de son ancienne communauté  juive dont le judéo-espagnol, depuis  l’expulsion d’Espagne en 1492,  demeure la langue d’expression, l’histoire de l’arrivée et de la prise de pouvoir des Jeunes-Turcs, puis de Mustapha Kemal qui tentent  de tirer du marasme et de l’effondrement de l’empire ottoman, après la première guerre mondiale, « l’homme malade de l’Europe». Marcos a suivi les cours en français de l’Alliance israélite. C’est un homme d’intelligence, de culture, d’irréductible passion pour la vie, qui rejette des « superstitions ridicules et des préjugés pernicieux »  et pour qui la France est un phare : « L’exposition universelle de 1900 n’en finissait pas de nous enthousiasmer. A cette même époque, un officier juif injustement  condamné bouleversait nos quartiers. J’accuse d’Emile Zola avait fait l’effet d’une bombe sur les deux rives de la Corne d’or…»  Histoire tumultueuse et complexe où se conjuguent les antagonismes des Grecs, des Arméniens, des Musulmans. Et des juifs assignés au recommencement de leur diaspora…

      Le Kilim biographique du poète est tissé des commentaires et des pérégrinations incessantes de son Grand Père, d’Istanbul à Buenos Aires et Barcelone, puis en France où il connaîtra, à l’heure de l’occupation nazie, de nouvelles et dramatiques tribulations. Lettres admirables de justesse et de véracité dans leur réalisme. Mais il importe de souligner qu’elles participent d’une subtile orchestration,  constamment ponctuée par les photographies qui piègent pour nous des moments, des sites surprenants (tel ce fronton rescapé d’une synagogue incrusté de caractères hébraïques)  des visages, des personnages furtifs mais réels. Ponctuée d’autre part comme d’une mélodie qui remonterait du fond des temps et des êtres, par les vers limpides de Ménaché, fils conducteurs – petits-fils conducteurs aussi – de ce livre. Par exemple lorsqu’ils servent de filigranes à  l’image de la synagogue retrouvée :

 

        La langue hébraïque

        Survit dans un théâtre d’ombres

        Tant de livres ont brûlé

        Tant de cris se sont perdus

        dans les cendres.

        La pierre se souvient

        elle signe

        le passage d’une main amie

        au bord d’une pierre tombale.

 Oui, il est vrai que tant,  que trop de cris se sont perdus. Mais la voix du grand père Marcos persiste et signe, gravée dans l’écriture lumineuse d’un héritier qui possède  l’art et le don d’un diamantaire de la mémoire."

 

                                                                            Charles Dobzynski

 

 

 

 

 

01/05/2015

In Memoriam Jacques Kober ( 1921 - 2015 )

« ô ange nu console à jamais ce traître à la mort que je suis »

Pierre-Jean Jouve

Pierre Grouix disait de Jacques Kober qu’il était le « cadet des surréalistes ». Il l’était devenu en effet à partir du moment où Aimé Maeght lui confie la revue Pierre à feu et le lancement de la collection Derrière le miroir dans les années 44/45. Il lui sera donné alors d’être connu et reconnu par Breton, Eluard et tant d’autres porteurs de lumière, constructeurs de murs qui tremblent comme de travailler dans cette compagnie qu’il aimait : celle des peintres Matisse, Bonnard, Rezvani, Adami…

auteur_129.jpgJacques Kober incarnait cette poésie qui ne loge pas dans les rêves de quelque ailleurs factice, hors d’un Ici et Maintenant que nous avons à habiter. Il n’y avait pour lui que du connu et de l’inconnu, du Supérieur Inconnu dirait son fils Marc !

La poésie était pour lui l’expérience même de ce qu’il en est de vivre. Relisons son poème « L’existence du puits » :

 Aimer juste ce qu’il faut pour faire bouillir la marmite

 Ou bien ramener par l’anse de l’imagination

 Un grand seau d’existence du puits nommé plongeon

 Le matelot a embarqué le lundi 19 janvier 2015.

On peut imaginer sans y croire que son nouveau pays aura nom Jasmin *!

 Alain Freixe

*A propos de ce Jasmin, tu es matelot, paru aux éditions Rafael de Surtis en Novembre 1998, j’avais écrit une note de lecture publiée dans un numéro de la revue de poésie Friches en coup de cœur à la mi-mars 1999. La voici telle quelle.

"Pour moi, Jacques Kober, c’est un sourire. Quand je le croise à la faveur d’une conférence, d’une lecture ou d’un vernissage, c’est son sourire que je vois d’abord. Présence d’un visage, donc.

C’est ce sourire que je retrouve aujourd’hui porté par ses mots d’il y a 50 ans - C’était hier, ils ignorent les rides! C’était le temps de « la pierre à feu » ou encore de « Derrière le miroir » que Jacques Kober allait créer chez Adrien Maeght - ceux de Jasmin tu es matelot que les éditions Rafael De Surtis ont eu l’heureuse idée de reprendre. Les trois textes qu’il comporte sont ici augmentés d’une postface de Jacques Kober et présentés avec, en couverture, un dessin de Rezvani resté inédit à l’époque.

Il y a quelque chose d’irréductiblement jeune dans ces textes forgés au « frais de l’amour » et sous ce que les paysages méditerranéens aimés peuvent aussi abriter de sombre, cette part noire d’une mer réputée calme. Ici, le surréalisme est dans toute sa force ascendante. Jacques Kober donnent à ses mots « la force brisante » des images afin qu’ouverts, ils libèrent cela qui en eux cherche à aller plus loin que leurs toujours trop étroites déterminations, et qu’allégés, ils remontent vers un de ces « clairs de terre » - Personne n’a oublié ce titre d’André Breton! - où le ciel, dans « le bégaiement du tonnerre », pèse de toute sa foudre bleue où il lui arrive de trouver à s ’incarner.

Dans ce livre, on tutoie le rêve sous une lumière solaire telle que la mort qui passe dans l’angle obtus du ciel n’est là que pour entretenir la vie.

Vous manquez d’air?

Lisez ce livre de Jacques Kober. Il y souffle l’air salubre du large. Air qui donne corps à ce qui s’exténue dans les signes et se caille dans les mots. Le jasmin, ses effluves, sont les bordées d’un matelot qui dans sa prise de terre - « Ma fête, c’est la terre », écrit Jacques Kober - lance ses mots -   Mots d’ « un langage de la passion à ciel de sable » - sur la portée du jour.