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18/11/2007

Balise 23 - Voyager en intensité

Vertigineuse, cette phrase de l'homme immobile de Carcassonne Joë Bousquet : "l'immobile est toujours ailleurs"!
Tournant autour, c'est encore une fois Gilles Deleuze qui m'a mis sur la voie de la deterritorialisation de Joë Bousquet:
« On sait bien que dans nos régimes les nomades sont malheureux : on ne recule devant aucun moyen pour les fixer, ils ont peine à vivre. Et Nietzsche vécut comme un de ces nomades réduits à leur ombre, allant de pension meublée en pension meublée. Mais aussi, le nomade, ce n'est pas forcément quelqu'un qui bouge ; il y a des voyages sur place, des voyages en intensité, et même si historiquement les nomades ne sont pas ceux qui bougent à la manière des migrants, au contraire ce sont ceux qui ne bougent pas, et qui se mettent à nomadiser pour rester à la même place en échappant aux codes. »
Gilles Deleuze, Pensée nomade, L’île déserte et autres textes, Les éditions de Minuit

20:00 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (2)

Frédéric Lefeuvre, constructeur d'images

7d54123767274bc0a4d49809514160e6.jpgMon ami Frédéric Lefeuvre m'envoie ses ombres frontières,sa reconquête du regard. C'est un livre d'artiste à douze exemplaires comportant 15 images originales.Il prend place dans cette belle collection des Cahiers du chêne rouge qu'il a fondé il y a quelques années à Seglien, 56160 (Tel: 0297280199) et dont le site est en construction: http://monsite.wanadoo.fr/lechenerougeeditions

 Dix volumes déjà:

-Les caresses de la terre, chant baroque d'Italie et d'Espagne (juin 2004)

-Les chemins du seigle, paysages de Bretagne, I (juin 2004)

-Les chemins du seigle, paysages de Bretagne II (juin 2004)

-De ballades en complaintes, Antonin Artaud, septembre 2004

57ed1784d257a28b3416f93b2fd1a723.jpg-Le passeur solitaire, Joë Bousquet, préface d'Alain Freixe (janvier 2005)

-Sous les drapeaux de l'illusoire, texte de Line Clément (Avril 2005)

-Raconte-moi un mouton!, vendanges 2005 (Octobre 2005, Hors série N°1)

-Sulle colline bruciante, Cesare Pavese, texte d'Yves Ughes, (novembre 2005)

-Faits d'hiver, Paris février/mars 1983 (mai 2006)

-L'odeur du granit, Territoires intimes d'Armorique, février 2007 

 Frédéric Lefeuvre est l'homme du juste loin. Il sait la bonne distance, celle qui laisse la lumière circuler parmi les visages. Et lève leur présence. On pourra se reporter à mes Archives du mois de novembre 2006 à la date du 01 /11/06 pour lire L'oeil de la main, texte que j'ai consacré au travail de Frédéric Lefeuvre.

Dans son Odeur du Granit, ses Territoires intimes d'Armorique, il faisait précéder ses12 photographies d'un texte où il revisite sa démarche de constructeur d'images au plus près de son "désir photographique". Eclairant!

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   "Le photographe tranche dans le réel, communément on dit qu'il écrit avec la lumière. Derrière la toile des apparences que capte la rétine, avant que les dès ne soient jetés, il a le pouvoir d'offrir une  face  visible au vécu  intime des choses.


    Je construis des  images en passant, en passeur si possible, tout en laissant disponible ma pensée,   et  en   pansant  les  plaies  du   temps  à   partir d' une géographie intérieure et muette. Aucune chapelle esthétique ne se cache derrière elles. Elles se veulent l'union d'une rencontre et d'une émotion. De celle qui est marquée par une quête de l'insaisissable.


    Tout d'abord, au niveau de l'acte de  prise de vue, mon cheminement se nourrit d'histoires anciennes et de la vibration des lieux ; c'est une forme de photographie contemplative à l'écoute des silences et des signes de ce qui « a été ».  On fait toujours les mêmes photographies, on marche toujours vers le même horizon, on creuse toujours le même trou pour faire  naître  toujours  plus  d'apparitions. Il faut toujours chercher ce qui est derrière le cadre assassin  du  photographe.


    Ce qui m'émeut, c'est le contact direct de la main avec les fibres du papier bromure qui révèle le négatif exposé par la chambre noire. Je procède avec des  produits actifs par tamponnage, par caresses et par glissements successifs d'arabesques sur le support baryté. Les vapeurs murmurent avec le hasard. Parfois l'émulsion dégage des saveurs délétères, elle fume, elle brûle, elle irrupte des ombres sorties de mes mirages ; ce qui doit « être » depuis mes chaudrons infernaux,  persistera et existera.


    Dans mes paysages de Bretagne, j'espère renouer avec l'authenticité et la beauté d'un territoire qui souffre d'un déficit esthétique dans sa perception. Je recherche le lien, puis l'empreinte. La pensée ne se détruit pas,  elle remonte toujours le puits du temps. C'est tout le contraire d'un système : le mode opératoire est aléatoire et détaché de la technique ; le  but est de se perdre en chemin, de se mettre en danger parmi une mosaïque de paysages et de nouvelles frontières.    


    En fait, j'opère en utilisant une forme d'écriture automatique portée par une sensibilité en rupture. C'est une histoire de respiration et de fenêtres ouvertes sur  une ballade poétique. Ma démarche est  une oeuve de « déconstruction » des images telles que la société les conçoit.  Notre regard est devenu économique et sous contrôle. Aussi, il m'importe plus que jamais de maintenir mes désirs photographiques dans la magie et le souffle  si  vulnérable de la vie."


© Frédéric Lefeuvre
  

 

12/11/2007

Turbulence 20 - Vie et mort des revues de poésie

Ainsi donc s'en est fait: le Nouveau recueil s'arrête. Avec le N° 85, la revue que dirigeait depuis 1995 Jean-Michel Maulpoix, soutenue par les éditions du Champ vallon - revue qui avait pris la suite de celle intitulée Recueil et qui avait vu le jour en 1984 - disparaîtra sous la forme visible que nous lui connaissions.

Nous irons tourner d'autres pages.

Celles, virtuelles, d'un nouveau Nouveau recueil, mis en ligne à l'adresse suivante : http://www.lenouveaurecueil.fr/ "revue gratuite, numérique, plus prompte, plus réactive, plus présente, plus vivante...", écrit à son sujet Jean-Michel Maulpoix.

Souhaitons lui bonne navigation.

Et souhaitons aussi bon vent, à l'enseigne de l'Atelier du Grand Tetras, à la revue Résonance générale qui publie son N°1.b18f7da7da3711f2d63969e35001ba2f.jpg

Cette maison d'édition implantée dans un petit village du Massif jurassien, se dit animée par une vision écopoétique du monde. Elle dispose de 3 collections: "Terroir vécu" qui regroupe des textes fixant la singularité d'un art de vivre régional, tourné non vers le passé mais vers l'avenir; "Ecriture" est consacrée au roman et "Glyphes" à la poésie."Hors des sentiers battus, résister", son mot d'ordre me va. Et c'est là le propre d'un certain nombres de ces éditeurs que l'on dit petits!

Résonance Générale est dirigée par Daniel Leroux. Ses rédacteurs sont : Serge Martin, Laurent Mourey, Philippe Païni. Une revue  qui dans son premier numéro affiche une préface/manifeste, c'était dans nos sombres temps devenu chose rare.

Résonance pourquoi? "Parce que nous sommes du langage et parce que vivre dans le langage refuse de séparer lire-écrire-penser-vivre, parce que nous sommes des écoutes actives autant que des activités d'écoute. La résonance est à penser comme une poétique plurielle de la voix et des voix dans chaque voix".

Résonance générale Pourquoi? "pour entendre le sujet comme un rythme, une relation, une pensée du mouvement."

Il n'est dès lors pas étonnant de voir ce premier numéro tourner autour de la pensée du rythme de Henri Meschonnic. "poète libre" comme le nomme Serge Martin,  pour qui "le problème poétique majeur, aujourd'hui comme toujours, n'est pas la poésie mais le poème", le poème comme oeuvre de langage.

(coordonnées : Résonance générale, l'Atelier du Grand tetras, au-dessus du village, 25210, Mont de Laval. Tel: 0381689191. Mel: latalierdugrandtetras@wanadoo.fr.

La revue est semestrielle, Abonnement pour 3 N°s: 40 euros. 15 euros le N°)