28/06/2026
Lu 134 - Michel Ménaché, La paume des jours et autres poèmes, La rumeur libre, éditions 2018
À propos des peintures de Mylène Besson qui tournaient autour de La couleur des larmes, Michel Ménaché traçait quelques chemins intimes, prenant soin de laisser leurs portes grandement ouvertes, voies d’accès que Bruno Doucey rendit publiques en éditant ce beau livre en 2017. Ce sont d’autres chemins que nous propose de suivre aujourd’hui Michel Ménaché dans son dernier livre La Paume des jours et autres poèmes.
Michel Ménaché, cet homme de revues qui a toujours su lier approches critiques et écriture poétique, création et transmission ; cet homme du livre d’artiste qui s’est toujours plu à accompagner et à répliquer aux propositions plastiques des peintres et autres artistes - la dernière partie de ce livre « L’œil nomade » en témoigne - Michel Ménaché a choisi d’extraire et de composer hors chronologie La Paume des jours comme on tend sa main avant de l’ouvrir aux autres et au ciel. Aussi a-t-il réalisé un agencement de textes qui vise à la résistance, un se dresser et se tenir debout comme l’arbre qui « pense le ciel / en fouillant la terre / de toute son âme ». C’est alors que l’homme s’unit à lui-même et que dans ce même mouvement qui « le pousse toujours plus loin », il est amené à « reconnaître l’altérité féconde ». Alors d’œuvre en œuvre s’ouvre une route et comme la promesse de la suivre.
Comment ne pas penser à Jack Kerouac lui qui disait que la route était « la grande maison de l’âme », âme qui est au centre de ce livre dans des chapitres tels que « la pointe aux âmes » et « Au bonheur des âmes ». Comment ce « matérialiste lyrique » comme aime à se définir Michel Ménaché s’en tire-t-il avec ce mot chargé d’un si lourd passé métaphysique, pris dans les filets d’un dualisme bloqué sur lui-même. L’âme chez Michel Ménaché occupe une position centrale, c’est celle d’un entre-deux, espace vide et germinatif, entre le corps et l’esprit. C’est d’elle qu’il faut s’occuper. Et c’est en prenant soin de ses mots, en lisant, et si l’on écrit, en travaillant la langue, en la bousculant au besoin, en la « (prenant) d’assaut » va jusqu’à dire Michel Ménaché, que l’âme se retrouvera « toute entière : dans ces signes d’encre ». Ainsi le poète se fait « tailleur d’âmes ». Par là il « touche / au vif » - et du coup nous touche quand nous le lisons - alors qu’il croit seulement « creuser / dans le vide ». Là se rencontre l’espoir dont Emilie Dickinson disait qu’il était « une chose avec des plumes / qui est perché dans l’âme / et chante l’air sans paroles / et jamais ne s’arrête – jamais ».
Parce que « l’énigme de vivre / est fil tendu », les lendemains chez Michel Ménaché ne chantent pas, « les lendemains (…) hantent ». Les lendemains sont revenants, en attente de corps. La poésie naît de là et c’est aux fantômes qu’elle entend se mesurer. Elle naît de ce « vertige » qui nous prend et nous tient quand l’enjeu est non seulement littéraire mais aussi politique, quand il en va de l’homme, de l’humain dans l’homme, humain qui ne se tient pas du côté de je ne sais quelle essence figée mais bien du côté de la chance, du devenir en tant qu’exigence, celle qu’affirme Michel Ménaché quand il demande de « laisser lever l’homme » et d’ « accorder / au vent / la dernière / danse ».
Alain Freixe
10:06 | Lien permanent | Commentaires (0)


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