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03/06/2008

Turbulence 23 -

"Comment garder mon sang vivant s'il sort de moi?"

Roger-gilbert Lecomte 

02/06/2008

Jo Falieu - Jeu d'ombres / je d'autres

bbf0e1f432c40a9e2b7176a017526e01.jpg(Jo Falieu est né à Claira, près de la côte catalane, e, 1944. Il enseignera la philosophie puis se fixera dans un mas de montagne, qu'il rebâtira avec  ses proches, au pied du Canigou. Art de vivre un chemin de poète - paysan-philosophe. Art de guetter dans le jeu d'ombres de l'homme-caverne quelques traces d'une semblance d'autres où se joue le je. Il publie Jeu d'ombres / je d'autres aux éditions Itaca, 66360 Nyer - http://editions.itaca.fr), 12 euros.)

Lui et moi savons des orties la lumière de feu sur la chair sur ces chemins de campagne où le consentement ne prend pas mais donne!

 

 

l'ortie


toute tendre
            quand elle vient
                                surgissant d'un nid de feuilles
bondissant sous la couverture automnale
                                                    encore là
fragile
        avec ses rares petites feuilles qui se balancent
avec ce vert naissant
                sirotant la douceur           appelant la caresse
pourrait-on seulement imaginer que l'ortie
                                        au bout de quelques semaines
    aura bond! avec fureur
                enflammant les pudeurs de celui qui s'y risque
qui s'y prend par mégarde
                                qu'elle prend dans sa rage
développant sa tige comme une hampe de soldat
                            carapaçonnée de poils ardents
        comme autant de cisailles
d'écailles de combat             pour défendre son antre
                empêchant toute approche
        développant ensuite ses graines urticantes
                        en un amas disgracieux
                                            repoussant foute étreinte
pourtant vous la domptez
                            Utilisant sa force
                                        dans une combinaison secrète
        qui transfère aux autres plantes
                                            un élan de croissance
                en un purin puissant
                            mettant en transe sa subtile alchimie
plus tard vous l'aimerez aussi
    si douce sous le palais          velouté de rocaille
                    comme une amie farouche
            elle surveille son monde et vous tient à l'écart
étrange gardienne des talus
                            à ['affût de la moindre étourderie
        véritable Don Quichotte                  des pas perdus


  © Jo Falieu

Turbulence 22 - Vous avez dit "Montagne"?

- Rilke, à Merline, fin 1920:

" Moi, "chasseur d'images", je monte dans mes montagnes, sauvage, taciturne, je me perds."

- Char, Lettera amorosa:

"Je vais souvent à la montagne dormir. C'est alors, en vérité, qu'avec l'aide d'une nature à présent favorable, je m'évade des échardes enfoncées dans ma chair, vieux accidents, âpres tournois."

- Dupin,Sang in Dehors:

"Alors il va aux montagnes / de préférence; - grises / et rauques, s'aguerrir / et sa vieille torpeur mettre en pièces // por être entendu, ou non, du ravin, ou identifié au torrent - // gorge et genoux saignent / et font corps avec la pente, / et le bleu vif traverse la laine / étreint le souffle"

Lu 25 - Coleridge, La ballade du vieux marin

( Vient de paraître, Samuel Taylor Coleridge, La ballade du vieux marin et autres textes, Poésie/Gallimard, Cat 7)113432f5134e6a0ccc338f32cb4acff8.jpg



Romantique Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) ?
Oui, et pour plusieurs raisons. Dans une très éclairante préface Jacques Darras qui a assuré la traduction de ces textes – l’essentiel de l’œuvre poétique de Coleridge -  s’attache à mettre en évidence ses errances de marcheur puissant – Il faut l’imaginer en « voyageur perdu au-dessus d’une mer de nuage », de dos, les yeux perdu au loin surplombant la nature sauvage du pays de Galles et des Lacs du côté de son ami le poète Wordsworth avec qui il composera durant l’année 1797 ces Lyrical ballads, publiées sans nom d’auteur, qui vont « révolutionner la sensibilité poétique » d’alors – ou de voyageur – Avant les deux années passées à Malte entre 1804 et 1806 d’où il reviendra profondément changé physiquement, ce sera l’Allemagne où il séjournera entre septembre 1798 et décembre 1799, année de rupture où il découvre les philosophies de Kant, Schelling et Hegel et d’où il reviendra profondément changé intellectuellement.
Romantique, certes, mais avec un pied déjà dans la modernité comme en témoigne son amour pour les grandes villes, Londres notamment où il retournera toujours pour ses lieux de parole : cafés, salles de conférence.
Pour Jacques Darras, il est la figure exemplaire de « l’esprit européen (…) pionnier, découvreur de langues, de littératures et de sensibilités », figure malheureuse tant il eut à vivre la césure entre sensibilité et rationalité, poésie et philosophie. De fait, les grands poèmes de Coleridge sont tous d’avant son séjour en Allemagne. Tout se passe comme si à 26/27 ans il « s’opérait vivant » de la poésie comme Mallarmé le dira plus tard pour Arthur Rimbaud !
Il faut lire ces poèmes dont la célèbre Ballade du vieux marin, cette errance maritime d’un vieux marin coupable d’avoir tué un jour un albatros, « l’oiseau par qui le vent soufflait ». C’est dans ses mots qu’erre le vieux marin. Et nous avec lui, pris au filet de sa parole, renvoyés à notre propre errance de sujet sans place. À l’image d’un souffle sur la mer, ainsi allons-nous !

Balise 31 - Kafka et les corneilles

"Les corneilles affirment qu'une corneille à elle seule serait capable de détruire le ciel. C'est indubitable mais cela ne prouve rien contre le ciel car les cieux sont justement le signe de l'inanité des corneilles."

Aphorisme 32 

21:45 Publié dans Balises | Lien permanent | Commentaires (0)