11/03/2007
Balise 14
( Quand le printemps n'est pas la cinquième saison. Celle qui opère syncope dans la quaternaire. Et brise le cercle des saisons. Leur ronde. Quand il n' est pas bris de clôture, déchirure, clé des champs sous les nuages.Alors...)
« À chacun sa saison maléfique (« je hais l'été qui me tue» écrit quelque part Rimbaud). Pour moi, c'est le printemps qui me mine et me désunit de fond en comble : l'aigre printemps de France, acide, mordant, quinteux, giflé de grêle et d'orages. Ni la débâcle sauvage de la vie au travers des eaux et des airs qui est le printemps du Canada, ni la tiédeur fleurie des collines de l'Ombrie ou de la Galilée, mais seulement un entre-deux-gelées balayé de grains cinglants, le culte du printemps est en France un stéréotype d'emprunt, un implant pur, en milieu étranger, de la poésie de l'Antiquité et de la Bible. Je n'en excepte que les quelques jours de juin, juste avant la fenaison, où la terre tout entière est devenue tendrement pelucheuse, et quelques fins d'après-midi de mai couvertes où au soir tombant la pluie cesse et où une tiédeur surnaturelle qui se dilate sous le ciel brouillé me fait penser au mot d'Aragon dans Le Paysan de Paris: «J'en étais là de mes réflexions lorsque, sans que rien en eût décelé les approches, le printemps entra subitement dans le monde. »
Julien Gracq, Carnets du grand chemin, La Pléiade, T.II,p.1022/1023
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