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03/11/2026

Lu 138- WernerLambersy - Ligne de fond, entretien avec le psychanalyste Philippe Bouret, La rumeur libre

Werner Lambersy, notre contemporain*

Capture d’écran 2026-11-03 à 09.53.20.pngLe printemps est la saison des poètes, dit-on, depuis plus de 20 ans. Le courage est le thème de cette 22ème édition. Le mot est lourd, intimidant. On peut ne pas l’aimer. Mais si, ouvrant son ciel, on y voit cette manière dont un cœur se hausse, s’ouvre, sort de lui-même, se risque au dehors et se donne dans tel ou tel acte de la vie, du plus quotidien au plus héroïque, alors se livrer au poème relève de cet ordre-là, alors Werner Lambersy est un juste témoin.

Werner Lambersy est né à Anvers. Avant d’animer de longues années durant à Paris le centre Wallonie-Bruxelles, il a exercé bien des métiers et a beaucoup voyagé à travers le monde. Il est l’auteur important d’une œuvre importante, œuvre écrite en français comme acte de résistance et d’antifascisme par rapport au le milieu flamand dont il est issu, œuvre diverse qu’il publiera chez de nombreux éditeurs, œuvre traduite en quelques 20 langues et qui a reçu de nombreux prix (Yvan Goll, Apollinaire, Mallarmé, grand prix de la FGDL etc…)  œuvre qui fait entrer en interaction les sensibilités occidentale et orientale…

Parmi les parutions récentes de Werner Lambersy, je retiendrai d’abord ce livre Ligne de fond paru à La rumeur libre Editions dans la collection « Le psychanalyste dans la cité ». Il s’agit d’un fort livre d’entretiens de quelques 270 pages entre le psychanalyste Philippe Bouret et Werner Lambersy dont Serge Pey qui signe la 4ème de couverture dit qu’il est comme « échappé de la haute clairvoyance de l’amour (…) livre (qui) est une leçon d’humanisme pour les enfants qui viennent ». Nous sommes toujours ces enfants-là ! Pariant pour la rencontre, Philippe Bouret y aborde toutes les questions, dans un dialogue clair, au nplus près des réalités de la vie et des préoccupations du poète Werner Lambersy, toutes les questions qu’un lecteur, quelqu’un qui veut savoir, qui veut se faire un savoir de plus pourrait poser à un poète tel que notre auteur. Jamais ion ne flotte, comme en surface le flotteur d’une ligne soumis aux fluctuations du courant. On choisit ici d’aller au fond. L’ensemble de ces questions / réponses constitue cette Ligne de fond. On va ici jusqu’aux hauts-fonds, au plus près de cette limite, ce ravin noir où tout s’efface. Au fil des pages, on voit Werner Lambersy « se faire un N.O.N », parier pour la poésie dont il dit qu’elle est « le dernier obstacle pour s’opposer aux dictatures » et le premier bélier pour renverser aliénations et déshumanisation, ces menaces sur le sens et l’humain.

Au détour d’une page, on lit qu’à propos de ses Petits rituels sacrilèges (1997), Werner Lambersy déclare : « L’Amourier m’a puissamment aidé et ce n’était pas simple ». Depuis Coaraze , d’autres ont suivi : Ecrits sur une écaille de carpe (1999), Je me noie (2001), Echangerais nuits blanches contre soleil même timide (2004) , Parfums d’apocalypse (2006), et ce dernier en 2018 Du crépuscule des corbeaux au crépuscule des colombes.

            On prend ce livre en mains et non seulement son titre nous arrête : ce mouvement entre deux crépuscules, celui des corbeaux et celui des colombes, du noir au blanc, du couchant à l’aurore mais également son sous-titre : « tristiques pour le siècle présent ». « Tristiques » parce que l’ouvrage est essentiellement composé de poèmes courts, de 3 vers irréguliers et « pour le siècle présent » parce que Werner Lambersy s’efforce d’être notre contemporain, je veux dire quelqu’un qui se décolle de son temps pour mieux le voir et frester ensuite au plus près des choses du monde afin de s’y « ensilencer ». Il s’agit donc d’une suite de poèmes brefs où se trouve contractée la parole et la pensée, où se trouve saisie la réalité comme dans un instantané photographique. Un exemple : « il est mort / c’est un frère soudain / sans voix // et la foule va / son bonhomme / de bonheur sans le voir ». Ainsi Werner Lambersy associe-t-il les images comme si c’était elles qui avaient à mener le combat du poème « si l’on veut mettre le monde au monde et les hommes dans le monde des hommes » me confiera-t-il dans un entretien pour la gazette Basilic N°60 en 2017. Et certes c’est bien cela que vise, livre après livre, poème après poème, Werner Lambersy. Cela qui nous importe ! Que la poésie soit au travail « à travers les ténèbres du beau comme un chemin vers le vrai », comme le disait Joë Bousquet.

            Il y a chez Werner Lambersy exprimée et vécue cette idée que « la poésie peut nous sauter dessus n’importe quand ». Et n’importe où, dans un livre comme dans la rue ! C’est cela que j’aimerais souhaiter aux lecteurs du Patriote Côte d’Azur pour dernier pas à cette première chronique.

* Article paru dans le Patriote Côte d'Azur en 2020-Chronique poétique I

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