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22/09/2026

RENCONTRE ERNEST PIGNON-ERNEST & ALAIN FREIXE Autour du livre d’artiste « Si le vent du nord ouvrait la porte », éditions d'art FMA, vendredi 2 octobre à partir de 17h, Galerie ANG à Nice

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Exposition Francesca Caruana- Voyage en Butorie- Médiathèque de Perpignan-Vernissage le 25 septembre 2026 à 18h

 A l’occasion des 10 ans de la disparition de l’auteur du Nouveau Roman Michel Butor, et du centenaire de sa naissance

la Médiathèque de Perpignan présente les œuvres récentes de

Francesca Caruana

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 Exposition « Voyages en Butorie »

Vendredi 25 septembre 2026 à 18 h 00

 Médiathèque centrale • Entrée libre.

15 rue Émile Zola • Perpignan.

Un catalogue préfacé par Catherine Millet sera présenté au public ainsi que deux œuvres issues du travail commun à Michel Butor et à l’artiste (éditions Éric Linard).

 Lectures par les poètes Alain Freixe et Christian Skimao

 Cette manifestation soutenue par l’Archipel Butor sera l’occasion d’une conférence le 1er octobre à 18h  et d’un « Pique-nique de mots » le 30 octobre à 14h

Exposition Rémy Sagier- La vague qui vient - 17 septembre au 7 novembre 2026- Lecture d'Emma Laurent le 2 octobre 2026 - Galerie Depardieu (06)

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Lu 136 - Marcher dans la blessure d'Ali Zare Ghanatnowi - éditions l'Amourier

Ali Zare Ghanatnowi, exil et poésie*

 

 

 

 

 

S’il est un fait qui s’impose de nos jours, c’est bien celui de l’exil, celui de tous ces êtres humains qui partent, sans trop savoir où ils vont mais en sachant seulement qu’ils ne peuvent plus demeurer où ils étaient. Exil comme saut hors du sol commun, d’un « où » à partir duquel ils pouvaient dire « nous ».

Et certes l’exil est un fait historique et politique, majeur aujourd’hui, mais il est aussi une expérience de tout l’être.

Ces départs sont blessure et traversée, le livre d’Ali Zare Ghanatnowi Marcher dans la blessure dit cela avec sensibilité, dignité et justesse. Il est publié,  aujourd’hui, dans l’urgence des temps, par les éditions L’Amourier dans leur collection « Livrets », où après La place du regard de Bernard Noël, ils avaient porté au jour  Point de suspension d’Olivia Elias et Michaël Glück (Voir le PCA, XXXème livraison où j’en rendais compte), ce livre qui entendait déchirer le silence qui invisibilisait en cette fin 2023 la bande de Gaza - 3 ans bientôt de flammes, de décombres, de morts et de silences !- On me permettra de remercier encore ici, dans ces pages, les éditions L’Amourier qui parient pour ces écrits irremplaçables qui résistent à la violence du monde, et où tout l’humain se trouve engagé (voir leur site : amourier.fr).

Blessure et traversée, c’est cela qu’eut à vivre Ali Zare Ghanatnowi, cinéaste, artiste visuel et écrivain, qui vit en exil, aujourd’hui, à Marseille depuis qu’un jour, partir ou mourir, cette terrible alternative se fit contrainte. Et ce fut la bouche même de sa mère qui, pour le sauver, se fit elle-même « le souffle et la bouche de l’exil », de ce moment où il faut partir, partir vraiment, s’arracher à TOUT, déchirer/casser le cours naturel de sa vie, connaître « le poids réel d’une valise dans le tremblement d’une main ».

C’est cela qu’il nous raconte dans ce livre Marcher dans la blessure qui se compose de quatre récits ,rythmés par la reproduction de quelques œuvres de l’auteur – le dernier étant une présentation d’une grande épopée persane de Ferdowsi « le shâhnâmeh » telle que la voix de son grand-père, conteur, a su lui transmettre et dont il se fait le passeur.

C’est au travers d’une écriture, sans pathos, ménageant aspérités et formules tranchantes, qu’il nous amène à comprendre qu’il y a nécessité à raconter pour « ne pas mourir dans la version du pouvoir », pour déchirer ce brouillard de mensonges que tisse la république Islamique d’Iran, ces papiers que le pouvoir voudrait lui voir signer afin qu’ils deviennent l’Histoire.

Ali Zare Ghanatnowi nous donne à comprendre dans quelle mesure l’exil ne tient pas seulement dans le fait de se trouver jeté hors d’un lieu mais qu’il s’agit pour l’exilé de porter en soi le lieu dont il a dû se séparer.

Dans son chapitre, « Exil, ce que porte une valise »,  Ali Zare Ghanatnowi nous porte à prendre en considération ce mot bien controversé de « patrie », trop souvent gelé dans son étymologie de « terre des pères », nous invitant à y voir ce pays natal qui « n’est pas seulement l’endroit où l’on est né », « l’endroit qui ressort le plus sur la carte », « un territoire » mais bien plus « l’endroit où, pour la première fois, on vous a appelé par votre prénom avec amour » ; « le réseau vivant des liens, l’ensemble des attaches visibles et invisibles qui vous disent que vous avez été, qui vous êtes » ; « la langue intime de l’être ».

Telle est l’expérience, telle est la blessure : « l’exil prive l’être humain de cette langue privée ». On comprend bien qu’il ne s’agit pas d’un idiome que seuls quelques-uns comprendraient mais de cette langue antérieure ou souterraine qui ne figure dans aucun dictionnaire : inflexions des voix, noms de lieux, paysages, odeurs, gestes, mots d’enfant, accents, silences…une langue où habiter. On comprend qu’être exilé c’est moins perdre sa terre que subir la déchirure entre cette « langue privée » et ce qui faisait terre autour d’elle : les mots demeurent mais ils ne rencontrent plus les choses qui leur répondaient. Telle est la douleur quand quelque chose continue à parler en nous depuis un lieu qui n’est plus accessible.

L’exilé pourrait être tenté de transformer cette langue en terrier où se retirer. Fermé sur lui-même, en faire un lieu d’un malheur froid où fermenteraient amertumes et rancoeurs.

Non, nous dit Ali Zare Ghanatnowi, écrire n’engage pas une cicatrisation, histoire d’en finir mais au contraire, devient le moyen de garder la blessure ouverte et de faire de cette douleur une tension germinative qui dirait : quelque chose manque, quelqu’un manque, une maison, une langue, des mots et ce manque continue d’adresser parole au vivant., N’ayant plus tout à fait de terre où marcher, refusant le terrier qui fermerait la blessure sur celui qui  la porte, Ali Zare Ghanatnowi entreprend de faire terre nouvelle en marchant dans sa blessure, en écrivant.

C’est là qu’Ali Zare Ghanatnowi et sa décision d’écrire, de placer son espérance dans l’écriture nous donne une formidable leçon de vie. Là que le mot « résistance » prend tout son sens : faire de la perte une terre encore féconde en gardant la blessure ouverte, en ne la suturant pas, en ne laissant surtout pas croire que l’exil pourrait être réparé ; là, que les pouvoirs ont beau faire, ils ne peuvent pas détruire cette part irréductible de l’homme, cette chance qu’il est, ce pouvoir de se dresser, prendre la parole et voir dans un sourire se déclore une conscience non négociable, part essentielle d’humanité qui résiste à l’effondrement et persiste dans les ruines, ces trous de mémoire, ces fatigues, ces silences.

* Cette note est parue dans le Patriote Côte d'Azur du 3 au 10 septembre 2026

 

Joël Clerget- A propos de Marcher dans la blessure d'Ali Zare Ghanatnowi

Au loin pleure une mère. Une mère dont le fils est parti. Non point de cette partance volontaire qui nous met en chemin, mais brisé par la contrainte d’un exil de son pays, l’Iran, de cette violence qui tue à quitter la patrie dont vous êtes arraché. Ce texte est poignant de vérité, de la vérité de la chose dite, soutenue par la nécessité de dire et de raconter. Tel le grand-père de l’auteur, conteur. Il s’agit de ne pas nourrir l’effacement ni davantage d’y souscrire. « On frappe d’abord les corps, puis les traces, puis le récit », est-il écrit page 11. Plus que la mort, règne la peur de l’effacement dont les tyrans se croient les maîtres, méconnaissant une intangible réalité. Tous les cisaillés des forces de répression, certes meurent, parce qu’elles les tuent. Or de quiconque est né demeure à jamais le nom donné pour une mémoire perpétuelle. Les tyrans tuent, mais ils n’ont pas le pouvoir de faire en sorte qu’un humain qui fut ne soit plus. Cet être ne cessera d’être né, d’avoir vécu et existé. C’est pour cela que les despotes détruisent la mémoire des archives, brouillent les traces, brûlent les corps et les livres.

Ce texte, tout en nuances, dit les subtilités de l’exil. Deux cyprès, l’un se tenant droit, l’autre courbé, qu’il soit dans la ville ou près de la maison, sont l’image d’une stature et la figure de l’arbre comme langue et profuse parole. L’exil n’est pas décrit. Il est posé comme le terme d’un parcours, celui des attaches invisibles, pliés que nous sommes à « vivre dans la faille », en cette endurance même.

Tel est le poids d’une valise aux mille kilos, quand il ne s’agit pas seulement de la distance géographique d’un s’éloigner, mais de la mort lente de qui pourrait perdre son ancrage à une patrie comme l’endroit où « on vous a appelé par votre prénom avec amour » (page 30). Là est le lieu de la mère qui nous a cajolé de sa tendresse. La migration dit ce point d’absence quand ne répond plus le téléphone dont le fil ténu relie à la voix des siens familiaux et amicaux. L’effacement s’entend alors dans la privation de la patrie, réseau vivant de relations nous reliant à la langue originale et originaire de la terre natale. Détruire cette racine, du moins en avoir le dessein, c’est ravager une langue qui, dans ses idiomes, est « le signe de la présence » (page 36). L’auteur vit, avec force et pertinence, le passage d’un ancien moi à un autre soi. Un soi qui refuse d’être le propre tombeau de ce qu’il a perdu dans l’exil et la migration. Écrire donne corps à la possibilité de ne pas être envahi par le perdu, forme renouvelée d’une torture qui noue les articulations (mot du corps et du parler) et terrasse les muscles.

Alors parle le Shâhnâmeb et la mémoire du grand-père naqqâl. Il incarne la narration, sauvegarde vivante et vivifère d’une « manière de ne pas mourir dans une version officielle du monde » (page 45). La lectrice ou le lecteur en découvriront la richesse, de même en ce qui concerne la stratégie de « l’attestation » dans les régimes de l’aveu. Bouffer la cervelle des jeunes et dévorer l’avenir, aucun pouvoir n’en est exempt, tant la peur des commencements (je l’écris au pluriel) vise à détruire la capacité de commencer, en ce qu’elle initie d’inédit et d’imprédictible.

À lire sans modération.

Commande du livre :

https://www.amourier.fr › livre › marcher-dans-la-blessure

Vient de paraître-Ali Zare Ghanatnowi, Marcher dans la blessure,L'Amourier

Couv Ali.jpegUn état autoritaire, un peuple martyr abreuvé de mensonges. Protester au risque d’en mourir, rester ou partir… L’auteur de cet ouvrage a été contraint à l’exil.
C’est de ce déracinement forcé, et des menées d’un régime totalitaire sur les corps et le psychisme des êtres à sa merci, qu’il est question dans les quatre récits qui vous sont ici proposés. Textes éminemment sen­sibles écrits dans une langue aux contours délicats…
“ Mon grand-père, en Iran, déployait des toiles peintes et racontait afin que le peuple ne perde pas sa langue, ses figures, sa mémoire. Moi, à Marseille, j’écris et je raconte pour une raison similaire : ne pas mourir dans la version du pouvoir.
Raconter pour que la peur ne reste pas cachée. Raconter pour que les aveux fabriqués ne devien­nent pas l’Histoire.”

Commander à amourier.fr, Ali Zare Ghanatnowi, Marcher dans la blessure, collection Livrets, 72p, 8, 50 euros